LIVRE II, CHAPITRE I
mouvement serait lui-même une forge. Mais nous venons de démontrer que le mouvement , au contraire , ne passe jamais immédiatement d'un atome dans un autre : ceci fait déjà de la force quelque chose de spécifique, quand bien même elle résiderait dans l'atome matériel. Mais nous avons reconnu , de plus , que ce qui établit entre deux points matériels le rapport que nous appelons attraction est nécessairement en dehors de l'atome , et ceci maintenant fait de la force qui établit ce rapport quelque chose de spécifiquement distinct.
En d'autres termes très clairs , I'élément intermédiaire dont nous venons de constater l'existence n'est en aucune façon une substance douée de force : il constitue une force dans son essence même. Et telle est certes sa fonction la plus caractéristique.
Continuons patiemment notre œuvre de critique et d'élimination. Nous ne tarderons point à reconnaître que cette fonction caractérise toute une classe d'éléments analogues.
Réfutation de la doctrine qui attribue les phénomènes dits des impondérables à des mouvements de la matière , dus à l'attraction universelle.
Nous voici arrivés à l'examen de la doctrine à la fois la plus spécieuse et la plus vivace de toutes celles qui se sont produites dans les temps modernes. A part même l'ensemble des physiciens qui cherchent et acceptent une théorie quelconque, par ce seul fait qu'elle semble correcte, et sans s'occuper des conséquences philosophiques, les camps les plus opposés l'ont adoptée comme l'expression la plus satisfaisante de la vérité , sans même se douter les uns et les autres
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du but où elle conduit quand on y regarde de très près. En d'autres termes plus précis, spiritual ist es et matérialistes l'acceptent, et se rencontrent ainsi en amis sur un terrain qu'ils croient neutre, sans se douter le moins du monde de l'écueil contre lequel viennent ici se briser leurs deux doctrines antagonistes. C'est ce que, en temps convenable, je ferai ressortir avec évidence, peut-être au grand étonnement dç beaucoup de mes lecteurs. Mais tenons-nous encore dans le cercle de la science pure, comme nous l'avons fait précédemment.
Dans l'hypothèse en question, on accepte l'attraction universelle comme un fait que l'on évite d'examiner. Sous l'action de cette force supposée unique , il est visible que tous les atomes d'un corps se mettraient en contact les uns avec lés autres , et tous les corps occuperaient le volume minimum qui répond au zéro absolu de température.
«Si cela n'a pas lieu, dit notre hypothèse, si tous les « corps , dans les conditions où nous nous trouvons , occu- « pent des volumes apparents souvent bien supérieurs au vo- «lume minimum, c'est uniquement parce que leurs atomes, « loin d'être en repos comme nous le croyons , oscillent les « uns vis-à-vis des autres, et n'arrivent que temporairement eau contact, pour se séparer de nouveau : le volume qu'oc- «cupent pour nous les corps se compose de celui des atomes, « plus de la somme de tous les espaces qu'ils parcourent en c oscillant. Ce sont ces mouvements oscillatoires qui , de fait, € constituent les phénomènes de la chaleur, si longtemps c attribués à un principe spécial.
«Et en général, tous les phénomènes attribués aux impon- « dérables ne sont autre chose que des mouvements des «atomes et des molécules, ou groupes d'atomes. C'est l'es- « pèce de mouvement qui détermine l'espèce de manifestation : t.la lumière, l'électricité, la chaleur (et la vie avec tous ses « attributs : la pensée, la volonté, la mémoire etc., ajoute