LIVRE II, CHAPITRE II
Elles sont , en un mot , partielles et , de plus , essentiellement systématiques; elles résolvent les unes et les autres certaines faces du problème général, mais négligent à dessein d'autres faces tout aussi importantes. Les deux doctrines des élhcfs universels s'accordent avec les données de l'astronomie, de l'optique etc.; mais elles échouent complètement dans l'ap* plication du phénomène dynamique le plus élémentaire. Les deux doctrines de la matière et de ses mouvements ne tiennent nul compte des données positives de l'astronomie, entre autres ; mais elles rendent compte en apparence des phénomènes de travqil mécanique ; je dis en apparence , car leur solution est un simulacre, une image des phénomènes et. non leur réalité ; elle repose sur une inconcevable erreur, sur l'aiïirmation que le mouvement de la matière ne peut dériver que d'un autre mouvement antérieur.
Une discussion approfondie des phénomènes nous révèle , en un mot, comme je l'ai dit en terminant le chapitre précédent, la fausseté radicale de toute hypothèse qui prétend àl^ tribuer la totalité des phénomènes d'attraction, de répulsion, de chaleur, de lumière, d'électricité, à de simples mpuveraents de la matière ou d'une substance qui na différerait de la matière que par l'absence de certaines qualités. La matière avec ses mouvements est, je le répète, encore plus insuffisante peut-être pour expliquer ces manifestations dynamiques que ne l'est l'élher universel de l'ancienne physique. Et ceux qui, dans ces derniers temps, ont appelé les éthers des ordures dont il faut enfin balayer le terrain de la science, se sont,. en vérité, montrés, à leur tour, de bien pauvres logiciens, en se réfugiant dans la matière comme dans un Palladium. Car tandis que les doctrines de l'éther répondent au moins, à l'un des besoins de la question à résoudre, celles de la matière a:vee ses- mouvements heurtent en plein les faitsJes mieux observés. - Viendrais-je maintenant, à mon tour, proposer quelque nouvelle interprétation plus ou moins ingénieuse , mais con-
jecturale aussi ? Je le dis hautement , ce serait là la condamnation de toutes ces pages. Et j'ajoute que cela est, dieu- mer ci, inutile. Lorsque , dans l'interprétation des phénomènes de l'univers, on se trouve heureusement en face d'un dilemme, et que l'un des termes se réfute de lui-même en laissant à nu son caractère purement artificiel, il suffit de savoir développer rationnellement l'autre terme , de savoir en tirer les conséquences , pour aboutir à coup sûr à l'expression de la vérité , pour fonder, en un mot , ce que dès lors on peut à juste titre appeler une synthèse naturelle. Celle-ci alors , au lieu d'être éphémère comme tout système , est née viable : elle est sujette à être perfectionnée et modifiée par suite du progrès ultérieur de la science, mais elle reste inaltérée dans sa base.
De toutes nos négations successives sort , en effet , l'affirmation la plus simple et la plus positive à la fois.
t Ce qu'on a appelé improprement les fluides impondérables t forme une famille de principes naturels spécifiquement «distincts de la matière sous tous les rapports possibles. »
Et, de plus , il ne peut rester le moindre doute sur Y espèce de ces éléments, supposés multiples : leur analogie essentielle avec celui qui détermine le phénomène de l'attraction universelle est évidente. Comme lui, ils sont capables de tirer la matière du repos et de l'y faire rentrer; comme lui, ils constituent des principes dynamiques, des forces, dans leur essence même, et non pas simplement des substances douées de forces. C'est donc un son-sens complet que de parler de pondérabilité quant à ces éléments constitutifs de l'univers. .
Nous aurons à chercher en temps et lieu s'ils sont des essences distinctes entre elles ou seulement des manisfestations distinctes d'une essence unique ; concluons provisoirement de la diversité des effets à celle des cause*, et admettons l'existence de plusieurs éléments analogues. Ce qui est