LIVRE II, CHAPITRE II
Nous disons qu'au moment du choc, la bille d'ivoire aussi bien que celle de plomb s'échauffent. Mais la rupture de l'équilibre calorifique est bien loin d'être la même en tous les points de la masse ; en certains points les atomes se rapprochent , et là il se produit une élévation de température ; en d'autres points , les atomes s'écartent : là il se produit un abaissement de température; ce n'est que la différence de cette élévation et de cet abaissement d'énergie qui est proportionnelle au travail que représentait le mouvement. Si courte que soit la durée du choc , il s'opère un flux dynamique des parties échauffées vers les parties refroidies. Par conséquent l'énergie de la force calorique accrue par la destruction du mouvement change de valeur dans les différentes parties de la bille, avant ou pendant que le mouvement en sens inverse s'effectue. Dès ce moment donc aussi, ce mouvement ne peut plus être établi dans son intégrité initiale , et à chaque choc une nouvelle partie de la force calorique reste disponible en se manifestant par une élévation de température.
Lorsque la bille d'ivoire reste en repos , elle a donc gagné un accroissement d'énergie calorifique proportionnel au mouvement de translation détruit, absolument comme la bille de plomb , bien qu'à l'inverse de celle-ci elle n'ait éprouvé aucune déformation définitive.
Ce qui précède nous explique parfaitement pourquoi un diapason ou tout autre corps en état de vibrations sonores cesse rapidement de vibrer, alors même qu'on l'isole dans le vide, et comment il s'échauffe proportionnellement à la force vive que représentaient ses oscillations. A chaque oscillation des branches, l'équilibre calorifique rompu se rétablit partiellement par un flux dynamique, et la force calorique , au lieu de rétablir à chaque fois le mouvement perdu ? s'accroît peu à peu en intensité dans la masse totale.
Cette interprétation si simple de l'extinction des vibrations dans un corps sonore nous fait comprendre dans tout son
ensemble le phénomène du frottement, si longtemps appelé en mécanique une résistance passive. Par suite du glissement des deux surfaces l'une sur l'autre-, il s'établit des vibrations sonores (auditiUes ou non) dans la masse entière , et ici , comme dans le diapason, ces vibrations s'éleignent, parce que la force calorique, dont l'énergie est continuellement modifiée en plus ou en moins d'un point en un autre, s'équilibre sous forme de flux dynamique avant que chaque oscillation isolée ait été rétablie par elle. D'où il résulte un échauffement continu proportionnel au travail externe dépensé à faire vibrer les parties des corps frottants.
L'explication précédente s'applique, même sans aucun changement, à réchauffement des liquides par les frottements qu'y provoque une impulsion venue du dehors.
La proposition II a un corollaire aussi important que naturel. La position relative, stable ou instable, des atomes est déterminée par la somme des intensités des forces qui agissent sur eux ; si parmi ces forces il s'en trouve deux dont l'iaiensité est de nature variable, la variation, si elle a lieu, portera sur la somme des intensités de ces deux forces, et se mani- „ festera au dehors par le mode Mouvement spécial à chaque élément intermédiaire. C'est la somme de ces deux mouvements qui représentera alors la quantité d'équilibre troublée. Dans une combinaison chimique, par exemple; la force gravifique, la force électrique et la force calorique agissent à la fois. Pendant toute la durée du phénomène de combinaison, il se manifestera donc un mouvement électrique et un mouvement calorique , et c'est la somme de ces deux mouvements qui représentera la variation d'intensité des deux forces entre les atomes ou les molécules des corps qui se combinent ou qui se séparent. Il suit de là :