‹ Conséquences philosophiques et métaphysiques de la thermodynamiqueChapitre 104 sur 171 · LIVRE V, CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE

mot, est tellement impliqué dans cette élude, que ce que l’analyse de I’univers animé perd en grandeur géométrique, elle le gagne en grandeur idéale!

L’étude de la vie a de tout temps été le but suprême des efforts des penseurs. C’est à l’interprétation des phénomènes de la vie que se sont exercées surtout les trois grandes doctrines que, dans ce travail, nous avons à plusieurs reprises soumises à l’épreuve des faits. L’une d’elles, remontant de la matière à I’ame , a , en quelque sorte, éteint sur sa route tout ce qu’elle prétendait expliquer; l’autre, descendant de V esprit pur ii la matière, n’a que trop souvent enlevé aux deux leur réalité substantielle, ou bien, dotant à son insu la matière des qualités de la vie, elle n’y a plus vu qu’un ennemi h dompter. La troisième , par une généreuse exagération d’une idée juste et élevée, a effacé toutes les lignes de séparation , et a confondu en un même tout vivant les parties distinctes, dont l’aspiration la plus énergique est précisément l’individualité.

L’examen patient et approfondi auquel nous avons soumis le inonde physique, nous fait la partie belle maintenant, et nous facilite étrangement l’étude du monde vivant. A une méthode prudente et presque cauteleuse d’investigation , nous pouvons désormais, sans crainte, substituer une marche rapide et directe. Tandis que nous avons, par tous les moyens possibles, dû nous convaincre que, pour l’interprétation correcte des phénomènes physiques, quels qu’ils soient, deux éléments génériques sont nécessaires et suffisants, ici nous pouvons poser carrément, sauf à la démontrer après coup, la nécessité de l’existence d’un troisième genre d’ËLÉMENTS , sans lesquels il n’y aurait pas de vifi possible , et qui constituent la vie par la réalité même de leur existence. Nous avons, en effet, laissé bien loin derrière nous l’une de nos doctrines: le matérialisme est pour nous mort en route. Une théorie qui ne sait interpréter logiquement la formation d’un cristal ou la

UNIYKltS ANIMÉ.

sia

marche d’une horloge, ne saurait aspirer à nous expliquer la pensée. Nous avons épuré et consolidé le spiritualisme, en en réfutant cette forme mystique qui prétend ne trouver dans l’univers qu’esprit pur et matière, et qui ainsi a donné au matérialisme le plus de solidité et le plus déraison d’être. L’un des faits dont la réalité est ressortie avec le plus d’énergie, c'est la permanence de l’individualité, tout au moins générique, des deux genres d’éléments dont l’existence s’est révélée à nous dans le monde inanimé. Cette permanence est en pleine contradiction avec l’assertion fondamentale du panthéisme ; elle ne réfute pas encore celte grande doctrine dans sa totalité, mais elle lui enlève du moins sa vraie force d’existence; toute idée de transmutabilité étant bannie de l’univers inanimé, nous n’avons plus trop le droit d’affirmer a priori cette idée dans le monde vivant.

Je dis que nous pouvons désormais nous abandonner à une marche plus rapide : c’est à condition pourtant qu’elle reste toujours prudente et sûre d’elle-même.

Si la nature se pliait à nos classifications arrêtées , si les doctrines elles-mêmes par lesquelles nous interprétons les phénomènes de l’univers pouvaient se renfermer exclusivement dans les limites définies que nous leur assignons méthodiquement à un moment donné, notre travail serait dès à présent des plus faciles ; nous n’aurions plus aucun doute à éliminer. Le matérialisme étant réfuté radicalement, le panthéisme étant eu quelque sorte annulé dans sa moitié, il ne nous resterait plus qu’à mettre le spiritualisme en harmonie avec le progrès de l’ensemble de nos sciences , sans nous occuper de démontrer encore la vérité de cette interprétation, désormais unique.

Tel n’est pas notre cas cependant, il s’en faut. L’homme ici-bas semble prédestiné au doute; chaque nouvelle conquête qu’il fait sur l’obscurité, chaque pas décisif qu’il fait vers la vérité, semblent faire renaître de nouvelles énigmes. Ilydre

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aux cent tctes, le cloute nous suit pas à pas au milieu de nos triomphes, et une brume trompeuse s’obstine à nous voiler l’horizon. La matière seule ne suffit pas pour expliquer les phénomènes de ce monde, si faussement appelé l’univers materiel-, la thèse de l’unité des forces, qui a aujourd’hui tant d’adhérents , même dans les écoles philosophiques dont elle est l’ennemie mortelle ; celte thèse, qui n’est autre chose que la négation de la force, est, nous le savons, une grande erreur moderne. L’atome matériel, sans l’élément dynamique, ne saurait expliquer le dernier des phénomènes physiques, ou chimiques, ou mécaniques. L’atome matériel, sans l’élément dynamique, ne saurait expliquer non plus la moindre cellule organique. La pensée, qui sait découvrir les mondes dans l’espace et le temps, les peser et en indiquer le cours, n’est point l’œuvre de ce Dieu là ! C’est ce qu’il serait même absurde de chercher à démontrer.

Mais à peine avons-nous réduit les limites de l’empire de la matière, à peine avons-nous réduit à néant les assertions les plus audacieuses du matérialisme, à peine avons-nous réfuté le panthéisme lui-môme par une de ses faces, que nous voyons naître une doctrine nouvelle, mille fois plus puissante peut-être.

Nous avons nettement limité les attributs de la matière, cela est certain. Mais ce que nous lui avons vu perdre en puissance est allé directement accroître les attributs d’un autre élément constitutif, de I’élément intermédiaire, de la force. Tandis que nous avons pu assigner à l'atome matériel le caractère essentiel du fini, dans l’espace et dans le temps, nous avons vu l’autre élément prendre un caractère tout à fait transcendant.

La question qui maintenant se présente presque spontanément à l’esprit est celle-ci : les forces du monde inanimé ne nous suffisent-elles pas pour expliquer complètement les phénomènes du monde organique, de la vie?

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Cette question, qui est désormais la seule à laquelle nous ayons à répondre sous toutes les faces , renferme toute une doctrine philosophique. Ce n’est plus le matérialisme, ce n’est plus le panthéisme, mais c’est bien moins encore le spiritualisme, Cette doctrine, que nous pouvons appeler le pandynamisme, est née tout entière dans nos sciences modernes ; et ce n’est qu’à l’aide de ces sciences que nous pouvons la réfuter.

Tandis que l’on a pu de tous temps trouver des arguments valables contre le matérialisme et le panthéisme en faveur du spiritualisme, sur un terrain complètement distinct des sciences naturelles, tandis qu’on a pu créer, par exemple, une psychologie qui ne louche que par des points très accessoires à la physiologie, à la physique, à la chimie, il est impossible, au contraire, d’attaquer le pandynamisme moderne avec des armes étrangères, avec des arguments cherchés ailleurs qu’au sein de la force elle-même.

C’est là évidemment ce qui inspire une crainte, presque légitime en un sens , et même de l’aversion pour l’étude des sciences , à certaines personnes qui tiennent avant tout au repos de leur esprit, qui ne se sentent pas assez de force pour scruter, pour creuser longtemps un même sujet. Ces personnes, il est vrai, ressemblent passablement à l’enfant qui croit se mettre hors de certains dangers, qui croit devenir invisible en fermant les yeux ou en se cachant la tête; elles s’imaginent que c’est créer un ennemi que d’en parler; elles se persuadent volontiers que pour réfuter une négation pénible, il suffit de penser à autre chose, ou d’empêcher les autres d’y penser.

L’étude analytique de la constitution élémentaire des êtres vivants se présente à nous sous deux faces , qu’il importe de distinguer soigneusement.

Nous pouvons et nous devons les considérer dans l’espace, abstraction faite de l’idée de succession, c’est-à-dire tels

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