LIVRE I, CHAPITRE II
«Et maintenant, nous diront certains philosophes, que nous importent vos dissertations sur la divisibilité ou l'indivisibilité de l’élément matière! Nous font-elles faire un pas en avant ou en arrière dans la solution des grandes questions qui nous divisent, nous autres, depuis des siècles? Perdez-vous tant qu’il vous plaira dans les détails de vos sciences physiques : vous n’y trouverez pas un argument valable pour ou contre le spiritualisme, le panthéisme, le matérialisme, et c’est à nous exclusivement qu’appartient le droit, et que reviendra la gloire d'une décision finale !«
Comme la décision finale se fait attendre depuis très-longtemps, et que tout ce qui y a été substitué provisoirement peut s’appeler, sans aucune épigramme, des indécisions , nous pouvons laisser ces esprits indépendants planer fièrement au-dessus des faits qu’ils méprisent, au-dessus des sciences expérimentales qu’ils dédaignent. Ne nous laissons intimider ni par leurs anathèmes ni par les siècles d’indécision qu’ils nous opposent. Mettons de suite l’une an moins de nos trois doctrines fondamentales à l’épreuve des faits positifs.
Le panthéisme pur, son nom même nous le dit, ne peut admettre dans l’univers entier qu’un élément unique susceptible de mille et mille modes de manifestations, de mille et mille transmutations; cet élément affecte, ou successivement, ou à la fois, les caractères d’élément mû ou mobile, d’élément moteur, d’élément vital ou animique. Chaque être, le cristal, la plante, l’animal, l’homme, chaque être fait partie du grand Tout, dont il ne reste détaché que temporairement, dans lequel il rentre pour en sortir sous d’autres formes. Virgile, dans son exposition philosophique si remar qualité :
Principio cœlum ac. terra/, camposqne liqnentes
Virgile n’est qu’à demi panthéiste; il admet très-clairement
UNIVERS INANIMÉ
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doux éléments distincts : l’esprit cl l’élément pesant. L’esprit, il est vrai, est universel :
Mens agitai molcm
il 11e se localise que temporairement,
Inde hominuin pscndumque genus, ....
mais sa nature spéciale et distincte n’en est pas moins caractérisée et mise en opposition avec celle de ce qui constitue la masse :
Igneus est ollis vigor,
quantum non noxia corpora tardant.
C’est là évidemment déjà un panthéisme très mitigé et s’approchant des limites inférieures du spiritualisme. Dans le panthéisme proprement dit, Dieu n’est pas seulement dans tout, mais il est Tout, et Tout est lui. Il n’existe plus ici ni matière, ni force, ni âme à jamais distinctes les unes des autres, et chacune de ces prétendues essences distinctes n’est qu'une manifestation particulière d'un même élément général.
C'est bien là la doctrine qu’admettent quelques-uns de nos philosophes modernes, et des plus éminents, lorsque, pour expliquer les phénomènes des êtres vivants, par exemple , ils disent que la matière, en s'organisant, peut s’élever à devenir pensante, et transmettre à d’autres matières celle faculté. L’organisme de l’être vivant n’est plus ici une simple forme , mais bien une manière nouvelle d’existence d’un même principe.
Il est visible que , pour que cette grande et belle doctrine put être soutenue dans son intégrité, il faudrait que la transmutabilité élémentaire lut reconnue comme réellement possible. Voyons ce qu’il en est.
Pour la grande majorité des hommes, — et ici il n’est pas