FORCES
C’est ce que, pour ne point innover inutilement, j’avais fait dans plusieurs de mes travaux antérieurs ; j’avais pensé qu’il suffirait de bien préciser le sens réel du mot force, pour éviter tout malentendu. Mais les critiques qui m’ont clé adressées de côté et d’autre , par des penseurs à l’opinion desquels j’attachais le plus grand poids, m’ont bientôt fait reconnaître mon erreur en ce sens, et m’ont montré tous les inconvénients qu’il y a à employer, dans un sens défini et unique, un terme qui a tant d’acceptions diverses qu’en réalité il n'en a plus aucune de certaine. Le rôle de forces, de principes de mouvement entre deux points matériels disjoints , si important qu’il soit dans la nature, n’est d’ailleurs pas, comme nous verrons, à beaucoup prés, le seul que jouent les éléments dont nous venons de mettre l’existence hors de doute.
Je leur laisse donc la dénomination générique très claire et très simple d'ÉLÉMENTs intermédiaires, dont la convenance deviendra de plus en plus évidente , et je ne me servirai du terme de force que quand il faudra spécifier le point de vue sous lequel nous considérerons leurs fonctions.
Étudions maintenant de plus prés les attributs et les manifestations de I’élément intermédiaire , considéré provisoirement comme un principe multiple.
UNIVERS INANIMÉ
Le premier attribut de ces éléments, celui qui domine les autres , c’est leur puissance dynamique, c’est leur aptitude à tirer la matière du repos , et à l’y faire rentrer, à rompre temporairement ou définitivement la position respective d’équilibre des parties matérielles des corps , à se manifester comme causes de mouvement, sans nécessité d’un mouvement antérieur dans la matière même, comme forces , en un mol.
Accentuons beaucoup mieux que nous ne l’avions fait d’abord, le caractère typique d’une force.
Laplace, dans la Mécanique céleste, et ensuite M. Pontéeoulanl, dans \' Exposition analytique du système du monde, ont démontré que si l’action de la force gravifique se propage dans l’espace , que si elle n’y a pas lieu partout à la fois , celte propagation est en tous cas plusieurs cent millions de fois supérieure à celle de la lumière (318290000™''). On a donc admis, et très légitimement, que si vitesse il y a, elle est infinie.
De plus, aussi loin que l’observation peut atteindre, l’action de la force gravifique reste identique à elle-même. Du centre de gravité du soleil à celui de Neptune (planète Le Ver rier), elle procède suivant la raison inverse du carré des distances. L’étoile la plus rapprochée de nous est à une distance telle que la lumière met trois ans à nous en arriver (30000000000000000 mètres). C’est là aussi très probablement la distance minima de deux étoiles quelconques entre elles. Les étoiles doubles connues jusqu’ici , c’est-à-dire celles qui forment ensemble un système conjugué, décrivent des ellipses autour d’un foyer virtuel commun : l’action de la gravitation s’étend donc aussi sans nulle altération de l’un des centres de gravité à l’autre.