LIVRE II, CHAPITRE II
11 faut un cerlain temps à la lumière et au calorique rayonnant pour passer d’un point de l’espace en un autre; de plus, ce rayonnement s’opère dans une étendue définie et mesurable. Il faut un certain temps à l’électricité pour s’équilibrer à travers les meilleurs conducteurs ; de plus, le courant est compris aussi dans une étendue définie et mesurable. Cette manifestation des éléments intermédiaires est donc soumise aux conditions finies du temps et de l’espace, tout contrairement à leur manifestation comme forces. Nous sommes, par conséquent, en droit de conclure qu’elle se fait à l’aide d’un mouvement proprement dit. Dans sa forme , quelle qu’elle soit d’ailleurs, ce mouvement peut être comparé à ceux dont est susceptible la matière elle-même ; dans son essence, la comparaison cesse d’être possible, même de loin et à titre d’image, car elle conduit droit à l’absurde.
lin mouvement quelconque de la matière suppose un effort exercé antérieurement : un mouvement qui a lieu dans le principe même qui constitue la force, ne peut être considéré, au contraire, que comme un mode d’existence de ce principe, et ne présuppose aucune idée d’effort. Un mouvement quelconque d’une masse matérielle représente effectivement une somme d’aclion dépensée ; un mouvement quelconque dont est susceptible un élément intermédiaire ne peut représenter que virtuellement une telle somme d’action.
La différence entre ces deux mouvements est tellement caractéristique, qu’une distinction nominale devient indispensable pour éviter toute confusion. J’appellerai mouvement dynamique ce mode d’existence de l’élément intermédiaire.
J'appelle toute l’attention du lecteur sur ces considérations si simples et si élémentaires , qui vont d’ailleurs prendre un degré de clarté de plus en plus frappant. Je puis bien me permettre de le dire ici : c’est faute d’y avoir eu égard qu’on est parvenu peu à peu à jeter tant d’obscurité sur la nature de ce
UNIVERS INANIMÉ
qu’on appelait les impondérables , et que l’on a abouti finalement à faire une assimilation grossière de ces principes avec la matière elle-même.
L’élément intermédiaire n’étant pas, à titre de force, soumis aux conditions finies du temps et de l’espace, se trouve, par ce fait même, partout dans l’espace occupé ou non par la matière. Il ne peut pas s’en trouver plus ici que lâ; le mot de quantité, du moins dans le sens qui s’y attache vulgairement, devient ici absurde. Un corps qui s’échauffe ou qui se refroidit ne reçoit ni ne perd rien : mais l’intensité, l’activité, comme force de ('élément intermédiaire qui s’y trouve, s’accroît ou diminue. Le mouvement que nous appelons, par exemple, chaleur rayonnante, ne peut, à aucun titre, être considéré comme quelque chose qui s’ajoute ou se retranche, dans les corps qui s’échauffent ou se refroidissent; ce mouvement, quelle que soit sa forme, ne peut être considéré que comme un mode, en vertu duquel l’activité dynamique de ce qui se manifeste comme force se trouve modifiée en plus ou en moins en un point donné de l’espace. Ce que nous disons ici du calorique peut se dire rigoureusement de l’électricité, de la lumière.
Il est extrêmement important de bien établir la connexion qui existe entre les deux modes de manifestation dont nous parlons , entre l’attribut force et l’attribut mouvement dynamique. C’est ce que je vais faire à l’aide de quelques citations expérimentales très simples.
Un fil métallique isolé et roulé en hélice se comporte exactement comme un aimant dès qu’il est traversé par un courant électrique. La ressemblance est telle entre ces deux ordres de phénomènes, que l’on croyait si distincts, qu’il n’est plus possible aujourd’hui de séparer l’étude du magnétisme d’avec celle de l’électricité en mouvement. Ampère a démontré qu’un barreau aimanté peut être représenté rigoureusement par des courants électriques circulaires s’exécutant autour