INTRODUCTION
Les lésions du foie des tuberculeux ont été l’objet de très
nombreux travaux ; il peut paraître osé de vouloir apporter
quelque contribution, si modeste soit-elle, à ce sujet si fouillé auquel tant d'auteurs distingués ont consacré de très belles recherches cliniques, anatomiques et expérimentales. Toute une série. de procédés ingénieux ont permis ces dernières années d'explorer plus intimement les:fonctions diverses de ce « laboratoire de l'organisme » que constitue la glande hépatique et de révéler les troubles très fréquemment apportés à ces fonctions par le processus tuberculeux, maladie générale, certes, mais à prédominance pulmonaire dans les cas qui nous occuperont.
Au cours de notre séjour de trois années dans le service de tuberculeux de l'Hôpital Cochin, confié à M. le docteur Pissavy, que nous ne saurions trop remercier ici de tous les encouragements qu’il nous a prodigués et de la faculté d’user de toutes les ressources de ses laboratoires qu’il nous a largement ouverts, nous avons eu l’occasion de pratiquer de nombreuses autopsies.
Les recherches poursuivies avec tant de persévérance par notre ami, le docteur Monceaux, et couronnées du succès que l’on sait après la publication de son ouvrage sur le Métabolisme protéique dans la tuberculose pulmonaire exigeaient, en effet, de fréquentes vérifications anatomiques et ont attiré notre attention sur limportance des manifestations hépatiques, souvent discrètes, mais parfaitement réelles, qui eussent pu rester inaperçues sans de patientes et délicates études chimiques, et méritaient la confirmation d’un examen histologique soigneux. Nous avons été très heureux de pouvoir fournir à notre collaborateur un certain nombre d'observations microscopiques qui lui ont permis d’ajouter à ses arguments chimiques quelques arguments anatomiques. Ces obser-
. , L , vations, dans lesquelles on retrouvera consignés les résultats d’un
certain nombre de dosages pratiqués par Monceaux, constituent environ le tiers de celles qui ont été l’objet de notre étude ; elles ne sont pas les moins intéressantes ; elles montrent, en effet, la corrélation des constatations histologiques et des résultats d'analyse qui ont permis à l’auteur d’établir très solidement sa conception personnelle de la déviation et du ralentissement de la nutrition chez les tuberculeux, par insuffisance des oxydations et de montrer toutes les conséquences chimiques et thérapeutiques qu’ils comportent.
Personnellement, nous n’avons pas la prétention d’apporter ici des faits histologiques nouveaux et on pourra nous reprocher non sans raison de fouler une fois de plus des sentiers déjà bien battus. Pourtant il nous a paru qu'il ne serait pas indifférent d’essayer quelque participation à l'étude des lésions du foie des tuberculeux d’après les constatations faites sur cent malades soigneusement suivis, d’après la lecture de plusieurs centaines de coupes personnellement pratiquées, d’en établir, la fréquence et les rapports éventuels avec les lésions pulmonaires ou autres et leur évolution, d’en examiner l’histogénèse et d’en discuter les causes étiologiques à la lumière des acquisitions scientifiques les plus récentes. Cela d'autant plus qu’en réaction probable de certains abus d’interprétation de procédés d’investigation à signification encore discutable, certains phtisiologues, et non des moindres, en sont venus à douter des conséquences fonctionnelles de certaines altérations hépatiques, à moins qu’elles ne soient très prononcées ou généralisées. Cette question de l'insuffisance hépatique des tuberculeux, nous ne l’aborderons que très peu ; il n’est pas dans nos intentions de reprendre et de discuter ce sujet sur lequel les auteurs modernes ont fourni nombre d’intéressants travaux ; nous nous contenterons de passer en revue successivement les principales lésions du foie, lésions parenchymateuses, lésions congestives, lésions scléreuses, lésions amyloïdes et lésions folliculaires au point de vue anatomique, histogénétique et étiologique, en apportant à l’appui de nos conceptions les résultats d’un travail que nous avons poursuivi pendant de longs mois et pour lequel nous revendiquons seul la responsabilité de nos conclusions. Nous placerons, tout au début, un cours chapitre consacré à l’exposé de da technique que nous avons adoptée tant pour la pratique des autopsies que pour l'examen histologiques des pièces, et un aperçu général résumé
Fu
en tableaux de la nature des cas sur lesquels nos investigations ont porté. Nous éviterons dans la mesure du possible de donner de longues descriptions des types anatomiques depuis si longtemps classiques ; désirant nous attacher davantage à l’étude de chaque lésion en elle-même, qu'aux aspects histologiques si complexes et si fréquents dans le foie des tuberculeux en réalisant la synthèse, dès notre premier chapitre, nous nous contenterons d’un simple tableau donnant, dans les différentes évolutions de la tuberculose pulmonaire, les types anatomiques principaux des cas qui servent de base à notre travail, types décrits par les plus grands maîtres de la Médecine française et qui correspondent en l’esprit de chacun à des figures parfaitement définies.
Sur quelques points, nos recherches ont échoué, nous l’avouons franchement : les conditions d’études histologiques sur des pièces provenant d’autopsies humaines ne sont pas comparables à celles de la médecine expérimentale ; il est possible aussi que des fautes ou une insuffisance de technique interviennent. Nous exposons à chaque occasion le but que nous poursuivons et les motifs pour lesquels nous n'avons pas réussi: nous souhaitons de tout cœur que d’autres soient plus heureux.
Nous tenons à faire remarquer, d'autre part, que notre travail a été poursuivi dans un service de Tuberculeux pulmonaire adultes. Que l’on ne s’attende donc pas à trouver dans nos observations des faits d'affection hépatiques d’étiologie plus ou moins discutée et ne se compliquant que .secondairement d’une tuberculose aiguë, subaiguë ou chronique, pulmonaire ou généralisée. Nos malades, à de très rares exceptions près, étaient tous des tuberculeux pulmonaires antérieurement à l'apparition des symptômes hépatiques bruyants ou discrets qu’ils ont pu présenter, ce qui expliquera et excusera, si besoin en est, la banalité fréquente de la plupart de nos cas et ce fait que nous n’aborderons certaines formes de lésions du foie que juste assez pour nous permettre une comparaison ou une discussion histogénétique et étiologique.
Nous aurions voulu illustrer ce travail de quelques microphotographies en couleurs que nôus avions réalisées à cette intention ; les exigences des reproducteurs ne nous ont point permis de le faire ; que l’on veuille bien nous en excuser.
Nous ne voulons pas terminer ces lignes sans adresser au docteur P. Ameuille, qui voulut bien, dès 1913, guider nos premiers pas