‹ Considérations Cliniques sur Les Pneumonies des DiabétiquesChapitre 8 sur 20 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Constantin James, In Marchal de Calvi.

:M. X... est pelit, trapu, bien musclé, sanguin, avec un cou de taureau. :

-Il a 62 ans. Je l’ai soigné, il y a une vingtaine d'années, pour uñe pneumonie qui exigea 3 saignées. J'ignore s’il était diabétique dès lors, chacun sait combien il est difficile d’être renseigné sur l'invasion du diabète. Ce fut seulement il y a une dizaine d'années que le voyant dépérir sans cause appréciable et apercevant quelques traces suspectes sur son pantalon, j'eus l’idée qu’il était diabétique. Je soumis ses urines à l'action de la potasse et elles devinrent noires.

M. Mialhe y trouva 63 grammes de glycose par litre. Le régime spécial et 2 ou 3 saisons à Vichy firent tomber le sucre à une moyenne de 5 à 8 grammes.

Du reste le malade observait fidèlement le régime. Vers le milieu de décembre dernier, ii me fit appeler, je le trouvai au lit, le pouls plein, le visage animé, couché sur le cô'é droit, se plaignant d’une douleur vive dans tout le côlé gauche de la poitrine qui lui coupait la respiralion.

Je l’auscullai avec le plus grand soin et ne nolai aucun râle,

aucune bulle pouvant faire croire à une pneumonie. Comme le

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sujet est habituellement rhumatisant, j je crus à une pleurodynie, je prescrivis un vésicatoire volant à panser avec la morphine. Le lendemain, le malade était beaucoup plus mal, la nuit avait été très mauvaise, fièvre, un peu de délire, suffocation, anxiété inexprimable, idée de la mort.

dé auscultai de nouveau, et cette fois, j'entendis un râle crépilant, type dans tout le tiers inférieur du poumon gauche. Je l'aurais saigné immédiatement, mais comme il avait pris un bol de consommé je remis la saignée à l'après midi. Quand je revins vers les 3 heures, la crépitation occupait les 2/3 inférieurs du poumon gauche: peut-être empiétait-elle déjà sur le 1/3 supérieur. Je fis une saignée de 4 bonnes palettes, le sang était comme carbonisé, mais tout le temps il coula en jet ; je revis notre homme le soir, le sang était coagulé dans une bonne moitié de son volume, le caillot était recouvert d’une couenne verdâtre, livide, dont la résistance et l'épaisseur dépassaient tout ce que j'avais vu; je soulevai le caillot par le bord du godet qu’il formait sans qu’il se déchirât. Je m'attendais à être obligé de revenir à la saignée et j'augurais assez mal de cette pneumonie. Eh bien les choses marchèrent tout autrement à dater de la saignée ; non seulement l’engorgement pulmonaire n’a pas fait de progrès, mais peu à peula résolution s’est opérée, la fièvre a diminué graduellement, ies forces n'ont jamais élé déprimées, le malade ayant continué à se lever pour qu'on fit son lit. Sauf 2 jours où la fièvre était vive et où il buvait de l’eau simple, je lui faisais boire de l’eau rougie, un verre de vin pour 3/4 d'eau.

Vers le huitième jour, pour hâter le dégorgement du poumon, je lui ai fait appliquer un grand vésicatoire sur le côté gauche, lequel après avoir suppuré beaucoup pendant 3 jours, s’est séché tout seul ; enfin le quatorzième jour le malade ou plutôt le guéri est allé se promener en voiture, et depuis ce temps, il se

porte infiniment mieux qu'auparavant. J'ignore ce qu'est devenu

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le diabète pendant tout cet épisode. Quand le malade s est senti tout à fait rétabli, j'ai examiné ses urines qui pesaient 1, 024. Du reste, aucune trace d’albumine et seulement un peu de coloration, sucre d'orge par la potasse et par la chaleur. Ce prompt succès prouve que quand les diabétiques s’astreignent depuis longtemps au régime spécial, et quand la glycosurie ou mieux la glycohémie est réduite à de faibles proportions, la pneumonie n’a pas toute la gravité que je lui avais attribuée et peut être attaquée résolument par les déplétions sanguines ; seulement et malgré le bon succès de M. James, je préfèrerais encore la saignée locale au moyen des ventouses. La haute gravité de la pneumonie diabétique s’est révélée ici par l'extrême promptitude avec laquelle l'inflammation

s'était étendue ».

Nous n’oserions affirmer que cette observation soit le seul exemple-publié de pneumonie survenue chez un diabétique et terminée par la guérison, mais nous avons vainement consulté nos meilleurs auteurs pour en retrouver d’autres. Et pourtant, il semble que les cas de guérison ne soient pas absolument exceptionnels. e

Dans un assez grand nombre de cas, en effet, la pneumonie des diabétiques se comporte comme une pneumonie

franche, et peut comme elle avoir une heureuse terminaison.

Nous avons consulté, à cet égard, quelques-uns de nos maîtres. | |

M. le D' Landouzy, nous a déclaré avoir été appelé en consultation, il y à deux ans, près d’un diabétique atteint de pneumonie lobaire. En raison même du diabète, en raison aussi de certains symptômes observés chez le malade, il porta un pronostic très grave que vint bientôt

démentir l’issue favorable de la maladie.

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M. le D: Labric, médecin honoraire des hôpitaux, à donné ses soins, il ya deux ans, à un malade diabétique depuis huit ans, qui venait d’être atteint d’une pneumonie du côté gauche. La maladie avait débuté, à la suite d’un refroidissement par un frisson, un point de ne du malaise.

La température prise à la main parut à l’observateur avoir toujours été notablement au-dessus de la normale.

Le malade fut soigné par l'application successive de trois vésicatoires, par l’administration du sulfate de quinine, d’opiacés, de bouillons, de lait, de vin de champagne.

I1 guérit en 12 jours, mais la convalescence fut longue et dura deux mois (communication orale).

Ileût été des plus intéressants d'interroger tour à tour chacun de nos grands cliniciens et de recueillir le résultat de leur observation personnelle.

Un auteur italien M. Massalongo, dans son traité récent sur la pneumonie nous dit :

« Il semble que la pneumonie des diabétiques évolue avec une température moins élevée que la pneumonie ordinaire, mais nous ne croyons pas que ce fait soit constant. Il se peut que la marche de la température soit régulière. Un cas observé à l’hôpital de Vérone nous l’a montré. La seule particularité curieuse de ce cas fut la disparition de la glycose pendant la durée de la maladie. Le malade guérit (Massalongo, Pathologia della pneumonia acu- 1a. Vérone, 1889).

Nous passons maintenant à deux autres observations, des plus intéressantes, quoique d’une inégale valeur. La première recueillie dans la clientèle de ville, et n'étant point destinée primitivement à des recherches scientifiques, est

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incomplète sur bien des points, mais elle nous montre que la pneumonie du diabétique peut guérir, alors même qu’elle est compliquée de phénomènes graves de collapsus cardiaque. Cette observation nous a été communiquée par M. le D' Nottin, ancien interne des hôpitaux, et nous l’en remercions vivement.

OBSERvVATION IX

« M. X..., notaire aux environs de Paris, élait devenu diabétique en 1872, à l’âge de 38 ans. Le régime diétélique, asséz exactement suivi au début de la maladie, avait été repris à différentes époques, et enfin définitivement abandonné par le malade. Au moment où survint la pneumonie, M. X... avait 53 ans. Ilurinait quatre litres dans les 24 heures, et la recherche du glycose avait donné une première fois 30 grammes, et une seconde fois 62 gr. 75 par litre, soit 251 grammes en 24 heures.

Après avoir éprouvé des malaises et de petits frissons répétés du’jeudi 13 octobre 1887 au samedi suivant, le malade fut pris d’un frisson violent dans la nuit du 15 au 16 octobre.

Le dimanche soir (16 octobre), après avoir passé la journée au coin du feu, sans manger, il était dans un état de refroidissement profond, avec cyanose.

L'artère radiale battait 28 pulsations faibles et irrégulières. Il y avait de fréquentes lypothymies.

- Le lundi (17 octobre) à 4 heures, le pouls était encore faible, quarante-quatre pulsations. La température était au-dessous de la normale. La peau était froide avec un peu de moiteur. Le malade rendait toujours quatre litres d'urine. I[ y avait une grande oppression, et des lipothymies survenaient dès qu’il cherchait à s'asseoir. À l’auscultation on entendait des râles crépitants et

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sous-crépitants des deux côlés, mais surtout du côté droit, Les crachats étaient peu abondants, vitreux, et d’une coloration jaune rougeâtre.

Le lendemain (18 octobre), le D' Hallopeau, médecin des hôpitaux de Paris, appelé en consultation, confirma-le diagnostic de pneumonie double et porta un pronostic très grave. Il prescrivit : sulfate de quinine, 0,75 en 2 doses le matin. Extrait de quinquina 2 grammes par jour. Lait, bouillons, gelée de viande. Grogs au cognac et au kirsh (40 gram. de chaque liqueur). Raisins et oranges à sucer." si ;

Le 21 octobre. — Le pouls était remonté à 60 : très régulier. La température qui élait restée jusque-là au-dessous de la normale se releva.

A l’auscultation on entendait encore des râles à la base, du côté gauche. Mais ce même jour, vers quatre heures, le pouls redevint très irrégulier et nécessita l'administration de 2 grammes de caféine.

Les jours suivants, l'amélioration fut très rapide et le rétablissement fut complet au bout de 15 jours. se

Le malade urinait environ deux litres d'urine, contenant 15 grammes de sucre par litre, soit 30 grammes par jour.

Depuis cet incident, M. X... a retrouvé toute son activité physique et intellectuelle, et il a oublié assez ce rude avertissement

pour négliger à nouveau son régime diététique. »

‘En mars 1891, M. le D' Merklen observait dans son service de l'hôpital Saint-Antoine, un beau cas de pneumomie lobaire chezun diabétique. Publié d’une façon abrégée dans la Gazette des hôpitaux, année 1891, nous le reproduisons ici, mais avec plus de détails.

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