SUR I.'ÉTAT DE LA AIKDECIM
quelle es! la substance à eniployer à cet effet ? Voilà des questions auxquelles il est tout-à-fait impossible de répondre. Par analogie avec ce qui se passe dans nos laboratoires de chimie, lorsqu'il s'agit de poisons connus, on administre les substances avec lesquelles on sait que ces poisons formeront des composés sans action sur l'économie; ainsi, comme contrepoison de l'acide sulfurique, on donnerait un lait de chaux, de la magnésie, ou même une solution de savon. Ces moyens sont sans doute très-rationnels, et s'ils pouvaient être employés assez tôt, ils auraient certainement de bons effets; mais le plus souvent ils sont administrés trop tard, et lorsque déjà l'acide est combiné avec les tissus qu'il a désorganisés. Ainsi dans les cas même les plus favorables, nous ne possédons aucun moyen d'empêcher les effets de la cause morbide.
Qu'on ajoute à ces considérations qu'il est des substances dont l'action est tellement prompte qu'il paraît physiquement impossible de leur trouver d'antidote: ainsi l'acide prussique; en supposant même qu'on ait un contrepoison de cette substance, les effets sont si prompts que tout secours est inutile.
8h CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
On sait avec quelle activité agit le venin de la vipère ; eh bien ! nous le demandons, comment arrêter les effets de ce poison ? A. peine est-il in- Iroduit dans la plaie qui a servi à Tinoculer, qu'il est emporté dans le torrent de la circulation où il n'est plus en notre pouvoir de le saisir.
Quant aux substances qui agissent plus lentement, et par leur introduction dans lestomac, nous ne sommes guère plus heureux; jusqu'à ce jouronn'a pu diminuer les effets de quelques-unes autrement que par l'expulsion, lorsqu'on a pu l'opérer assez à temps ; ainsi quoique nous connaissions bien l'alcool, nous n'avons aucun moyen certain d'en neutraliser les effets ; on a , dans ces derniers teuq)s , préconisé l'ammoniaque pour combattre ri vresse; mais cette substance est bien loin de jouir de l'efficacité qu'on lui attribue, comme antidote des liqueurs fermentées.
Ce que nous avons dit des difficultés de saisir le venin de la vipère, nous pouvons le dire de tous les virus, de toutes les causes d'épidémie, de tous les miasmes délétères, dont l'air est le véhicule. Pour peu qu'on réfléchisse, on comprendra combien sont fausses toutes les idées qu'on s'était faites sur les movens de combattre les
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causes morbides; on peut dans quelques cas s'y. soustraire, les écarter; mais nous ne possédons aucun moyen certain de les neutraliser. Ce n'est donc point à la cause seulement, mais aux altérations qu'elle a produites, mais à la maladie proprement dite, qu'il faut, le plus souvent, adresser les moyens thérapeutiques.
Que de remèdes inutiles et souvent nuisibles, dont on fatigue les malades, parce qu'on ne sait pas ce que sont les maladies, et qu'on ne comprend pas comment s'opèrent les guérisons! La multiplicité des médicamens n'est fondée sur aucun principe scientifique, ni même sur aucune observation empirique; celte multiplicité est le résultat de l'insuccès des moyens mis en usage jusqu'à ce jour; c'est le témoignage irrécusable du vague et de l'incertitude dans lesquels la science s'est traînée jusqu'à présent. Sur quoi, nous le demandons, est fondée la distinction des moyens anti- scrofuleux et anti- scorbutiques:' cette distinction est tout-à-fait erronée.
11 est probable que l'efficacité des médicamens, que leur propriété raédicatrice , repose sur un mode d'action uniforme , toujours le même , quelle que soit la substance, plutôt que sur une
t6 CONSIDÉHATIOAS (.IC.VÉUALES
propriété spéciale et relative à la nature de la maladie; c'est-à-dire que pour être médicament, il faut qu'une substance jouisse d'une certaine propriété, la même pour toutes, sans égard pour les maladies; de même que pour étrealimenl, il faut que toutes les substances jouissent d'une certaine propriété qui est d'être assimilable, et transformable en notre propre substance. Nous reviendrons, du reste, sur cette question, lorsque nous nous occuperons de la meilleure méthode générale de traitement; c'est alors qu'on pourra juger jusqu'à quel point est juste ou hasardée l'idée que nous laissons échapper en passant, de l'unité d'un principe médicamenteux, quelle que soit d'ailleurs la maladie, comme de l'unité d'un principe nutritif. Revenons aux causes, et recherchons comment elles agissent.
Les causes morbides , en général, présentent cette différence remarquable, que les unes ont une existence réelle, indépendante de toute circonstance de rapport, tandis que d'autres n'existent au contraire que dans un rapport d'équilibre entre les agens extérieurs et l'état de nos organes. Les premières, que nous pouvons appeler physiques, sont saisissables, puisqu'elles
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sont matérielles, el si elles échappent à nos investigations, c'est que nos moyens, pour les saisir, sont trop imparfaits; mais leur existence n'est pas moinsréelle; ainsi, quoique nous ne puissions pas constater l'existence des miasmes épidémiques dissous ou suspendus dans l'atmosphère, on ne peut nier leur existence.
Les secondes causes, que nous ne savons comment désigner, sont insaisissables, matériellement parlant; elles sont fugitives, et n'existent que dans leur action, que dans leurs effets; un exemple nous fera mieux comprendre : une personne a été saisie par le froid, ayant le corps en sueur; elle se trouve affectée de Pneumonie; où est la cause? comment la saisir? comment lui adresser des médicamens ? Vouloir la combattre, n'est-ce pas comme si l'on voulait combattre la cause d'une violence, d'une blessure ?
La distinction que nous cherchons à rendre sensible n'est point idéale, elle est bien réelle; il v a certainement une grande différence entre les causes dites matérielles, les virus, par exemple, qui agissent en quelque sorte comme des réactifs, en se combinant avec quelques élémens de nos fluides: et les autres causes que j'appellerai cir-
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constantielles, qui n'exislent que dans l'état de rapport de nos organes et des agens extérieurs.
Une autre remarque à fiiire sur les causes en général, c'est que les unes sont passagères, et les autres permanentes. Cette distinction est Irèsimporlante dans le traitement des maladies; en effet, dans le cas d'une cause permanente, la guérison serait souvent impossible, si le sujet restait dans les mêmes conditions; tandis qu'il suffira souvent de le sousliaire à l'action de la cause morbide, pour voir la santé se rétablir. De même, lorsqu'il s'agira d'une cause passagère, les soins hygiéniques et de régime suffiront souvent pour obtenir la guérison.
Toutes les causes, quelles qu'elles soient, viennent de deux sources; des dispositions individuelles, soir physiques, soit morales, et de nos rapports avec le monde extérieur; de là des causes internes et des causes externes.
Chacune de ces deux classes se subdivise en deux sections. Nons allons parler d'abord des causes internes, que nous divisons en physiques et en morales.
Les causes physiques, (jue nous pouvons aussi appeler matérielles, sont tous les vices de con-
SUR l'État de la médecine. 8i>
formalion, les mauvaises dispositions organiques. Parmi ces causes, il en est qui déterminent nécessairement des maladies, et qui menacent la vie plus ou moins prochainement; d'autres ne causent des maladies que dans certaines circonstances: ainsi une mauvaise conformation de la poitrine ou des voies aériennes, une disposition vicieuse des centres circulatoires, auront peu d'influence chez une personne menant une vie paisible et sédentaire et qui n'est point exposée à de grandes fatigues, aux intempéries, ni à de vives émotions; tandis qu'elles compromettront plus ou moins l'existence chez une personne placée dans des conditions opposées.
De même, si l'on suppose une mauvaise conformation des organes génitaux, la santé n'en sera point affectée pendant l'enfance; mais à la puberté ce vice d'organisation poiuTa réagir sur la santé générale plus ou moins fortement, selon le tempérament du sujet.
Les causes morales, si fécondes en maladies graves, et qui semblent le partage exclusif de notre espèce, dépendent de nos dispositions affectives. Pour bien se rendre compte de cet ordre de causes, il faut se représenter l'homme
90 CONSIDÉRATIONS GÉNÉUALIiS
comme un composé de deux êtres; l'un dont tons les besoins, toutes les sensations se rapportent au monde réel et matériel ; tandis que l'autre ne semble vivre que d'illusions et de créations souvent chimériques. Les besoins de l'être matériel sont assez limités; ils se bornent à ceux de la nutrition, et à tout ce qui a pour objet la conservation de l'espèce et des individus ; mais les besoins de l'être moral sont sans bornes ; aussi sont-ils insatiables.
Le système nerveux est le siège de la vie molale ; la vie physique, la vie purement matérielle, a son siège dans l'appareil digestif ou nutritif", dont font partie tous les appareils splancliniques, et le système ganglionnaire.
Ces deux ordres de système , de la vie morale et de la vie matérielle, sont tellement unis que l'un ne peut subsister sans l'autre. L'un est l'ensemble de tous les instrumens nécessaires à l'accomplissement des fonctions conservatrices de l'espèce et des individus; l'autre combine et règle tous les actes de la vie de relation, en transmettant, au moyen de ses nombreux conducteurs, les ordres de la volonté, et distribue partout cette influence nerveuse, ce fluide indispensable à la
suii l'état de i,.v médkcink. .h
vie. On sait que la vie cesse promptement (ians les parties privées de communication avec les centres nerveux, et que par une section dans la portion cervicale de la moelle, on arréle les phénouïènes vitaux aussi subitement que les phénomènes électriques, en supprimant la communication entre les deux pôles d'une pile.
iVinsi dans notre espèce les fonctions du système nerveux sont immenses; c'est dans ce système que se trouve le siège des facultés les plus sublimes, celles qui distinguent l'homme des autres espèces, ou plutôt l'homme est tout entier dans ce système, le reste n'est que la brute.
A. quoi tient l'influence de l'homme moral sur l'homme physique ? Comment se fait-il qu'un son, la vue d'un objet, portent le désordre dans la vie animale et dans la vie intellectuelle ? Dans l'état de la science, il est difficile de donner de ces faits une explication satisfaisante; mais on peut dire que les sensations impriment à la matière nerveuse un certain ébranlement, par suite duquel le mouvement du fluide vital est modifié. Si les sensations sont trop vives, les impressions nerveuses sont plus profondes, et peuvent aller à ce point que la sécrétion, la transmission
92 CONSlDÉUATiONS GÉNÉBALES
du fluide nerveux soient tout-à-fait interrompues.
Quoi qu'il en soit, le retentissement des imj)ressions morales est considérable, et de là résultent beaucoup de maladies graves.
Il est des maladies qui ne semblent point appartenir aux dispositions organiques, mais que nous ne pouvons cependant rapporter à des causes externes, attendu qu'elles ne paraissent pas frapper indistinctement tous les sujets placés dans les mêmes conditions hygiéniques; mais semblent au contraire affecter particulièrement certaines familles ; je veux parler du Rachitisme et des Scrofules, deux maladies qui font tant de ravages, surtout dans les premières années delà vie, et qui viennent peut-être de la même cause, dont l'action se modifie avec l'âge, et selon certaines dispositions individuelles et hygiéniques. Quoi qu'il en soit, ces maladies doivent être considérées comme tenant à un vice de cause interne, à un germe ou levain congénial. On ne peut expliquer autrement pourquoi des enfans nés de mêmes parens succombent tous du Rachitisme dans la première enfance, ou sont plus tard couverts d'engorgemens scrofuleux. JNous dirons, dans une autre jiartie de cet ouvrage, ce
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que nous pensons du traitement de ces maladies. Les causes externes se divisent aussi, comme nous l'avons dit, en deux classes ou sections; savoir, celles dites matérielles; ainsi des alimens mal sains, un air vicié, etc. , ef celles dites cir-^ consiiintielles, qui n'existent que dans des rapports d'équilibre entre l'état de nos organes et l'état des agens extérieurs : ainsi, les variations de température, un changement dans l'état électrique de l'atmosphère et dans d'autres agens ; car nous ne connaissons point encore notre monde extérieur. Indépendamment des élémens de l'eau et de l'air, proprement dits, jusqu'à ce jour, trois agens qui ne sont peut-être, comme le pensent quelques savans, qu'une modification du même principe, ont été distingués, le calorique, la lumière et l'électricité; voilà tout ce que nous connaissons du milieu dans lequel nous vivons. Sans doute ces trois agens ne sont point les seuls qui entrent dans la composition de notre atmosphère; il contient probablement d'autres élémens, d'autres principes qui nous échappent, et qui cependant nous affectent et peuvent être des causes tiès-actives, très-fécondes de maladies.
9Z| CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALF.S
Quelle que soit au surplus la nature des causes qui portent le trouble dans les fonctions vitales, toutes ces causes se rapportent aux deux grandes sources que nous avons indiquées, savoir : à l'état et à la disposition de nos organes , et à nos rapports avec le monde extérieur; il n'y a pas d'autres sources de maladies.
Comment agissent les causes morbides, quelles modifications résultent de leur action ? Voilà ce qu'il importe de déterminer.
En nous rappelant ce que nous avons dit des actes vitaux, il nous sera facile d'expliquer l'action des causes morbides, et de concevoir les modifications qu'elles entraînent; mais il ne faut pas oublier (ju'il est bien rare qu'une maladie soit due à une seule cause; presque toujours plusieurs concourent à son développement, quoique d'ordinaire les malades ne parlent que de la circonstance qui accompagne ou détermine l'explosion de la maladie, s'il est permis de parler ainsi. Us ne tiennent pas compte des dérangemens qu'ils éprouvaient avant, et qui venaient de causes souvent bien différentes et bien plus actives que celle à laquelle ils attribuent la maladie.
Quelles (pie soient la source et la nature d'une
SLR l/ÉTAT DE I, A MÉDECINE. 9Ô
cause morbide, son etlet sera toujours un trouble fonctionnel; et de ce trouble résultera toujours nécessairement une altération de produit; c'està-dire que le produit de la fonction troublée ne jouira plus des mêmes propriétés dont il jouit, lorsque la fonction s'accomplit normalement. Qu'on suppose une cause interne, un vice de conformation gênant les fonctions de quelques organes; il résultera de cette gêne un trouble suivi d'altérations des produits fonctionnels.
Si la cause est morale, la réaction sera en raison de son intensité ; on sait combien les affections morales ont d'influence sur la santé en général. Eli bien! comment peut agir cette influence, et (juel peut être son résultat? Assurément son premier effet ne peut être une lésion de tissu, ce ne peut être qu'un trouble fonctionnel ; et ce trouble porteparticulièrementsurles fonctions nutritives. D'autres fonctions peuvent être troublées avant ou simultanément ; il se peut que les premiers effets de l'influence morale soient une altération dans quelques sécrétions importantes ; mais nous ne pouvons en avoir conscience , tandis que nous ressentons souvent presqu'inslantanément les dérangemens du tube digestif. Et du reste, que
90 CONSIDÉRATIONS GÉNÉBALES
d'aulres fondions éprouvent ou non du trouble avant celle de la nutrition, cela ne change point la question, cela ne contredit point ce principe fondamental, savoir : que le résultat de toute fonction troublée est toujours nécessairenment une altération de ses produits.
D'après ce que nous venons de dire, il doit rester bien démontré que l'effet d'une cause interne, soit physique, soit morale, est en définitive une altération des produits fonctionnels.
Nous allons voir que les causes externes, quelles qu'elles soient, produisent absolument le même effet, quoiqu'elles diffèrent beaucoup des causes internes.
Le point de la science qui nous occupe en ce moment nous semble si important , que nous ne croyons pas pouvoir trop insister sur les détails qui se rattachent à la manière d'agir des causes externes ; car mieux on comprendra l'action de ces causes, mieux on appréciera leurs effets.
Nous avons divisé les causes externes en deux classes; dans l'une nous rangeons les causes qui consistent en un principe matériel, un virus, un venin, qui agit sur nos fluides comme un réactif, en les modifiant, les décomposant.
sua l'état de la médecine. 97
L'autre classe comprend les causes immatérielles pour nous, et qui consistent seulement dans un rapport de l'état de nos oiganes avec l'état des agens extérieurs.
Les causes de la première classe sont saisissables, au moins par la pensée; ainsi la respiration d'un gaz ou de miasmes délétères, l'introduction , par une voie quelconque, d'un virus, d'un venin, dans l'économie.
Dans tous ces cas, le trouble des fonctions résulte de la présence d'un principe dont les affinités sont en désaccord avec la vie de nos organes , et tendent à des combinaisons destructives de celles qui constituent notre existence.
Les poisons les plus actifs n'attaquent point la vie par des lésions de tissu, mais par la modification des liquides; peut-étie en est- il qui s'attaquent au principe vital même, avec lequel ils se combinent. Cette explication semble la seule qui puisse rendre raison des effets si foudroyans de l'acide prussique.
Quoique nous ne puissions pas nous rendre compte d'une manière satisfaisante de l'effet des poisons, et notamment de ceux qui ne laissent sur les organes aucune trace de leur passage, en
réfléchissant aux effets du venin de la vipère, el d'autres venins animaux ou végétaux, il reste bien démontré pour nous quelesaccidens déterminés par ces agens toxiques ne sont point dus à des lésions de tissu , mais bien à l'altération des liquides.
Une preuve du peu d'influence que les lésions de tissu exercent sur la vie, lorsque ces lésions ne sont point dues à un principe vénéneux réagissant sur les fluides , et n'ont point leur siège dans un organe essentiel à la vie, ce sont les blessures avec perte de substance considérable, les grandes amputations, quelquefois sans réaction sur la santé générale. Pourquoi cela? parce que les fluides sont restés sains ; mais versez sur les plaies un mauvais levain, un réactif, qui agisse sur les fluides, les décompose, quelque légère que soit la blessure, on verra aussitôt se manifester des accidens plus ou moins redoutables.
Ce que nous venons de dire des poisons, des virus, nous le dirions de toutes les autres causes externes de la première classe, de la mauvaise alimentation, des professions insalubres, des excès, etc. Ces causes n'auront pas des effets aussi
suu l'état de la mÉdkci.xe. 99
prompts que les virus, les poisons; mais elles détermineront toujours plus ou moins subitement des troubles fonctionnels, dont le résultat définitif sera toujours une altération des liquides.
Les causes externes de la deuxième classe agissent en modifiant la fibre, en changeant son état de vitalité; un exemple nous fera mieux comprendre :
Qu'on suppose un grand et brusque abaissement de température; à l'instant toutes les fonctions sont modifiées, par suite du resserrement de la fibre, et de la diminution des pertes parla transpiration; il y a trouble, perturbation dans tous les actes vitaux. L'équilibre peut se rétabliisans qu'il y ait maladie proprement dite; mais il se peut aussi que la vie soit compromise par une affection de poitrine, ou d'autres accidens.
Dans cet exemple, choisi à dessein, comme le plus favorable à la théorie de l'irritation , la maladie peut être locale : ainsi le poumon peut s'engorger; mais cet engorgement ne résulte pas d'une irritation primitive, ce n'est point une congestion inflammatoire. La Pneumonie déterminée par un refroidissement est une maladie de cause mécanique; le poumon s'engorge, parce
100 COiNSIDEIUTIOiNS GÉNÉRALtS
([ue la circulation se Iroiive trop suljitement ralentie par le resserrement brusque de la fibre dans quelques organes; l'engouement du poumon n'est point le résultat d'un appel de fluides; mais d'obstacle à leur cours; c'est un véritable épanchement causé par la rupture des vaisseaux pulmonaires. Du reste nous reviendrons bientôt sur celte maladie, en parlant de l'inflammation.
Nous pensons en avoir dit assez sur l'effet des causes morbides: nous arrivons maintenant au point de la question, le plus important, le plus controversé, et que nous n'avons encore fait qu'effleurer, savoir : quelle est la nature des maladies.
Il résulte de la discussion dans laquelle nous sommes entré , que le point de départ de toutes les maladies est presque toujours une altération des fluides, et dans tous les cas n'est jamais une inflammation congestive. Pour qu'au début la maladie soit toujours une irritation locale, une lésion inflammatoire des tissus , il faudrait que l'action de la cause morbide portât toujours sur les solides , comme font les substances caustiques on corrosives; mais d'après ce (jue nous avons
SUR l'État de la médecine. 101
dit des causes, les choses ne peuvent point se passer ainsi : comment, par exemple, concevoir que les causes internes déterminent une lésion primitive, inflammatoire; et parmi les causes externes , quelles seraient celles qui pourraient agir de manière à produire primitivement une irritation congestive? Nous ne voyons pas que ce puisse être les causes insaisissables, que nous appelons matérielles, et dont l'action doit se porter d'abord sur les liquides qui sont le véhicule, et si l'on peut parler ainsi l'excipient, à l'aide desquels ils pénètrent et sont reçus dans l'économie; et dans les cas de causes accidentelles, d'ailleurs assez fréquens , lorsqu'un caustique ou quelque violence externe agit sur nos tissus , nous ne voyons pas encore de congestion, comme nous le démontrerons tout-àl'heure.
Veut-on faire une autre supposition, et dire que l'influence morbide porte d'abord sur l'organe du sentiment , sur la fibre, et que le trouble fonctionnel résulte de l'impression fibrillaire ? nous acceptons cette explication comme rigoureuse, comme l'expression des faits : mais nous ne voyons pas qu'on puisse on déduire ration^
102 CONSIDÈRATIOIVS GÉNÉRALES
nellemenl une irrilation locale primitive. L'impression fibrillaire résultant d'une excitation externe, c'est-à-dire d'une modification dans les agens d'excitation, cette impression de la fibre ne constitue pas la maladie proprement dite; la fibre peut rester saine dans sa texture, dans sa composition , et n'éprouver de changement que dans son mode de vie; ainsi dans le Lombago déterminé par la suppression d'une transpiration, la fibre n'est certainement pas altérée; les souffrances, quelquefois très vives, qu'on éprouve, ne sont point dues à des altérations de tissu, mais bien aux engouemens, aux engorgemens qui résultent de la perturbation trop brusque de toutes les fonctions sécrétoires, excrétoires el circulatoires.
Quoique les affections des voies aériennes qui sont la suite d'un refroidissement puissent être accompagnées de lésions de tissu , de déchirures des vaisseaux pulmonaires, ces affections ne consistent pas dans des irritations primitives, mais dans le trouble qu'éprouve la circulation et dans les accidens qui en résultent. C'est par suite de ce trouble que le poumon s'engorge el (|uc les sécrétions pleurales sont modifiées.
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Ce n'est donc pas , comme on le croit , l'irritation qui appelle le sang vers la poitrine ; la Pneumonie n'est donc point une congestion fluxionnaire; le sang n'a pas été , comme on le dit, appelé, attiré par la surexcitation vitale : il a été refoulé; le refoulement a causé des ruptures, et le sang s'est épanché; voilà la maladie. Cela se conçoit parfaitement ; la température du corps étant élevée, toutes les fonctions sont en rapport, en équilibre avec cette température; mais si dans cet état on est exposé tout-à-coup à un air trèsfroid , qu'arrivera-t-il ? la circulation sera brusquement troublée par la contraction de la fibre dans les parties refroidies ; et comme la périphérie du corps reçoit les premières impressions du froid , c'est vers cette partie que la circulation est d'abord ralentie. Les capillaires de la peau sont resserrés et les fluides refoulés vers les organes internes qui reçoivent plus de sang qu'ils n'en perdent dans un temps donné; de là les engorgemens.
Ainsi, d'après cette explication, qui est l'expression des faits, la Pneumonie, comme nous l'avons déjà dit, est une maladie de cause mécaniques les lésions de tissu, les déchirures qui.
10^ CONSlDÉnATIONS GKNKUALES
donnent lieu aux épanchemens de sang, sont des lésions par suite de violences, et non par suite d'altération des tissus,- et c'est une erreur grave que de regarder la Pneumonie comme le résultat d'un étal inflammatoire.
Pour les partisans de l'irritation, toutes les maladies sont locales, et consistent dans une congestion déterminée par la surexcitation vilale qui appelle, qui attire les fluides et les fixe sur le point qui est le siège de l'exaltation de la vitalité. Mais qui exalte la vitalité? qui détermine l'irritation des tissus? Il faut une cause, une épine ^ sans cela point d'irritation. Eh bien! nous connaissons les causes, nous savons comment elles agissent, et d'après ce que nous avons vu , rien dans les maladies ne ressemble à une irritation inflammatoire,à une altération primitive des tissus. Quelle que soit la cause qu'on imagine, on n'obtiendra pas l'état maladif qu'on veut traduire par l'expression inflammation congestive.
Nous avons bien réfléchi à la théorie de l'irritation que quelques praticiens trouvent si satisfaisante ; nous avons bien médité cette théorie; nous n'avons pas trouvé qu'elle fût une repré-;
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sentation fidèle des faits : nous la considéions, au contraire, comme une erreur, et nous disons que l'ëtat qu'on veut traduire n'existe pas; c'est-àdire, qu'il n'est pas une maladie qui consiste dans une congestion inflammatoire proprement dite. Quelle est, nous le demandons, la maladie qu'on pourrait, avec quelque apparence de probabilité, démontrer consister dans un état congestionnairePNous ne disons pas, qu'on le remarque bien, qu'il n'y a pas de maladie avec gonflement, tuméfaction, comme dans le Phlegmon, le Furoncle, l'Erysipèle. Nous accorderons encore, si l'on veut, qu'il y a dans ces maladies, de l'irritation, de l'inflammation; mais nous nions qu'elles consistent seulement dans l'accumulation des liquides, sur le point qui est le siège du mal.
Il y a dans les maladies que nous venons de citer un levain, une épine, qui donne à chacune d'elles un caractère spécial. Si l'action de l'épine consistait seulement dans l'exaltation de la vitalité et dans l'appel des fluides, les maladies ne différeraient que du plus au moins, que par une accumulation plus ou moins grande des fluides; mais elles diffèrent sous des rapports bien plus essentiels : ainsi, jamais le Furoncle ne sera con-
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fondu avec le Phlegmon, même par les personnes les plus étrangères à la médecine, tant ces deux maladies diffèrent; et cette différence tient à la différence des causes, car c'est la nature de la cause qui détermine la nature de la maladie. Ainsi dans le Furoncle, la nature du venin est telle, que la guérison ne peut s'obtenir que par son expulsion ; tandis que l'on voit quelquefois le Phlegmon se terminer par résolution. C'est qu'il y a dans le levain furonculeux un principe tout-à-fait incompatible avec la vie de nos organes, un principe que l'action vitale ne peut détruire, user; il faut qu'il soit expulsé.
Ainsi le Furoncle ne consiste pas dans une congestion ; mais dans la présence d'un levain qui, en se combinant avec les fluides, les altère, les décompose, en forme des corps étrangers. Ce sont ces composés hétérogènes, empoisonnés, qui constituent réellement la maladie, et donnent lieu au gonflement qui se termine toujours par suppuration.
C'est bien mal comprendre les phénomènes de la vie, les actes fonctionnels, que de penser que les fluides sains se dérangent de leurs cours pour s'accumuler sur un point, attirés, par nous
stJii 1,'ktat de la médecine. 1^7
ne savons quelle force, appelée exaltation vitale. Sur quoi, du reste, repose cette assertion? Aucun fait pathologique ne dépose en sa faveur. Les gonflemens et les collections de liquides sont , en général, des épanchemens déterminés par une altération dans les sécrétions et les absorptions (i), ou par un trouble dans l'équilibre des mêmes fonctions, comme les épanchemens qu'on trouve dans les séreuses; ou bien, enfin, sont dus à des ruptures de vaisseaux, comme nous l'avons prouvé pour la Pneumomie par suite de refroidissement. On dira , nous le savons, que les modifications qu'éprouvent les sécrétions et les absorptions sont causées par l'exaltation de la vitalité; mais cette assertion est hasardée, et des plus fausses, comme nous allons le démontrer, et nous prendrons pour exemple la Pleurésie. Les séreuses sont regardées comme les tissus les plus inflammables de l'économie ; et l'on pense que dans la Pleurésie les fluides sont attirés vers les plèvres, par l'exaltation de la vitalité que l'on suppose portée au plus haut point dans ces membranes. Eh bien! cette explication est tout-à-fait
(1) Nous n'entendons point parler des Anévrismcs, des Variées, etc.
inexacte; les clioses ne se passent point comme on se plaît à le dire, et comme on l'a cru assez j généralement jusqu'à ce jour; c'est-à-dire, que les fluides ne sont point attirés, appelés vers les plèvres; ils y sont refoulés, comme dans la Pneumonie, par refroidissement. Qui déterminerait, d'ailleurs, l'exaltation de la vitalité, et qui appellerait les fluides sur les plèvres ? Car ses membranes sont saines et dans l'état normal , jusqu'au moment où, repoussés de la périphérie du corps, les fluides se portent vers les organes internes, les engorgent, les congestionnent. Mais, comme on le voit, le phénomène congeslionnaire s'opère par un mécanisme bien différent de celui indiqué dans la théorie de l'irritation, c'est-à-dire, que les fluides ne sont point attirés, appelés sur les plèvres; ils y sont refoulés.
Tel est, à notre sens, le mécanisme, si nous pouvons parler ainsi , de la Pleurésie à son début ; les choses ne peuvent point se passer autrement. Comment se forme ensuite l'épanchement pleurétique? est-ce par suite d'irritation, de surexcitation vitale? on peut à cet égard faire toutes les suppositions (jue l'on voudra, nous y attachons peu d'importance; car, comme nous Tavons déjà
SUR l'état de la médecine. 109
(lit, nous ne tenons pas aux mots, mais aux choses, dans lesquelles nous cherchons à voii- le plus clair possible, en nous dégageant de toute idée préconçue. Il résulte de l'examen auquel nous venons de nous livrer, que la Pleurésie n'est point une congestion inflammatoire, ayant pour point de départ une surexcitation vitale de l'organe pleural, c'est tout ce que nous nous proposions pour le moment; quant à ce qui est de déterminer comment se produit l'épanchement, on peut en donner plusieurs explications également probables : l'on peut dire que par suite de l'accumulation des liquides sur la séreuse pulmonaire , les sécrétions sont augmentées , et excèdent les absorptions; mais on pourrait dire aussi, que, par suite du refroidissement, l'absorption est diminuée ; enfin on pourrait dire encore, que, pail'accumulation des fluides sur la plèvre, les fonctions sécrétoires sont modifiées vicieusement, et que les produits altérés dans leur nature, dans leur composition , ne sont plus aussi absorbables , qu'on nous passe cette expression, de telle sorte que les sécrétions excédant les absorptions, il doit en résulter un épanchemenl dans le sac })leural.
IJO CONSIDÉUATIONS GKNÉBALKS
Ces li'ois suppositions sont également soutenables, et peut-être les trois circonstances que nous venons d'indiquer concourent-elles à produire répancbement séreux.
Ainsi, les deux maladies que l'on regarde comme les plus inflammatoires, dans la théorie de l'irritation , là Pneumonie et la Pleurésie, sont simplement des maladies de causes mécaniques.
Beaucoup d'autres maladies classées parmi les inflammations congeslives n'ont peut-être pas non plus d'autres causes qu'un trouble de circulation, qu'un obstacle au cours des fluides : ainsi riiydropisie ascite, et surtout l'Anasarque. Et dans tous les cas, ces maladies ne sont point des congestions, des fluxions, dans le sens qu'on donne à ces mots dans la théorie de l'irritation; l'accumulation des fluides ne se fait point dans les organes destinés à les contenir; ce qui constitue la maladie ce sont les épancbemens, les exsudations hors des voies circulatoires, et qui peuvent être attribuées à une altération des sécrétions ou des absorptions, et même à ces deux causes réunies. Les maladies dont nous parlons peuvent avoir aussi, pour cause, une altération plus ancienne des fluides; il se pourrait que dans l'Ana-
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sarque, par exemple, l'épanchement ou l'exsudation des fluides dans les trames cellulaires fût causée par une modification que les fluides auraient éprouvée dans leur composition. On conçoit qu'un changement dans la nature des liquides pourrait amener un trouble dans les sécrétions et les absorptions, de telle façon qu'il n'y eût plus équilibre entre ces deux fonctions, et qu'il en résultât une collection de liquides dans les lames du tissu cellulaire; de là l'Anasarque.
Quelle que soit la maladie qu'on veuille étudier, la théorie de l'irritation n'est pas soutenable ; elle s'écroule et disparaît au moindre examen sérieux des phénomènes de la vie ; et comment en serait-il autrement? tout estvagueetconjeclural dans cette théorie; on part d'une pure hypothèse, qu'on ne peut expliquer que par des suppositions; ainsi on dit : la maladie est une congestion morbide déterminée par l'exaltation de la vitalité. En quoi consiste celte exaltation , comment la conçoit-on ? on n'a pas cru devoir en donner aucune explication ; on s'est contenté d'assertions, sans chercher à les étayer d'aucun fait théorique.
Pour ce qui est de la congestion, il est bien évident qu'on la suppose toujours formée par
112 CONSIDÉRATIONS fiÉNÉRALES
les fluides naturels , sans avoir égard aux causes; c'est-à-dire, que l'on ne croit pas que celles-ci agissent autrement qu'en appelant les fluides, sans leur imprimer aucune modification , sans les altérer; toute leur action est supposée porter sur les solides, et c'est par la réaction de ceuxci que les fluides sont appelés, attirés, et se réunissent sur le point exalté. Ainsi dans le système du solidisme, on ne considère point les causes sous le rapport de leur nature, mais seulement sous le rapport de leur intensité; on parle des modificateurs en général, sans teniicompte de leur variété, et leurs effets sont toujours rapportés à une action purement mécanique, qui consiste à réunir les fluides en collections congestives.
De même qu'on n'a pas cru devoir dire en quoi consistait l'exaltation de la vitalité, on n'a pas cru nécessaire d'expliquer comment et pourquoi les fluides accouraient sur le point où la vie était exaltée; et cependant , ce phénomène de l'accumulation des fluides est, pour le solidisme, toute la maladie ; il nous semble que sous ce rapport il méritait une explication théorique. Lorsqu'on avance des faits dont on ne peut démontrer l'exis-
StIR L^ÉTAT DK LA. MÉUECIMi:. IIS
îence, des laits surtout qui ne pourraient avoir lieu que par le renversement, si nous pouvons parler ainsi, des lois d'après lesquelles s'exécutent les fonctions circulatoires, on devrait au moins nous dire comment s'opère ce renversement. On dit bien que, lorsqu'un point est irrité, les fluides accourent de toutes parts sur ce point etl'engorgent.llenest même, et nous ne croyons pas être dans l'erreur, qui ont dit que c'était par une prévision de la nature que les liquides se portaient vers le point attaqué, menacé. Ce serait là une singulière prévoyance que celle qui porterait un secours le plus souvent funeste. Mais ce n'est pointainsi que les choses se passent, nous pensons l'avoir démontré d'une manière péremptoire pour la Pneumonie et la Pleurésie. Nous pourrions donner des explications aussi satisfaisantes pour les autres maladies.
Supposons le Phlegmon, que les solidistes prennent souvent comme type de l'inflammation congestive. Celte maladie n'est point une fluxion inflammatoire, la collection de liquide qui forme la tumeur n'est point le résultat d'un appel, d'une attraction de fluides, mais un dépôt. En effet, le iMilegmon est toujours une maladie sous-cula-
114 C0NS1DÉRAT10.\S GÉMiHALES
née, et quelquefois logée assez proton dé ment dans les muscles. La cause est inconnue, mais quelle qu'elle soit, cette cause a pour véhicule les liquides qui la transportent et la déposent sur les parties où nous voyons la tumeur. Ainsi ce sont les liquides qui sont d'abord le siège du levain phlegmoneux (i), cela est incontestable; mais quelle cause peut être ainsi déposée sous la peau, ou au milieu des couches nmsculaires? ce ne peut être qu'une cause matérielle, un venin, quelque chose enfin qui joue le rôle d'épine. Eh bien! comment peut agir cette épine que, pour faire au solidisme toutes les concessions possibles, nous supposerons non vénéneuse et sans action chimique sur les fluides, comment , disons-nous, peut agir cette épine , quels effets doivent signaler sa présence?
Beaucoup de faits analogues peuvent aider à se représenter le fait que nous voulons traduire ici. Qu'on suppose une épine enfoncée dans les lissus, il en résultera de la douleur et de la tuméfaction; mais cette tuméfaction ne sera point due
(1) Nous parlons du Phlegmon essentiel, et non point de celui qui serait dû à une cause connue.
SUR L^'ÉTAl' DE I,\ MÉDECINE. 115
a l'appel des lluides, elle sera due à un peu d'épanchement déterminé par les lésions de tissu , les déchirures produites par le corps étranger, et au trouble qu'éprouvent les parties lésées, et avec lesquelles le corps étranger est en contact : car il est bien certain que les fonctions vitales des atomes pressés par l'épine sont troublées, les sécrétions et les absorptions doivent nécessairement être modifiées ; quelle peut être cette modification ? Les partisans de Firrilation supposent qu'elle consiste dans une exaltation de vitalité; mais qu'entend-on par cette expression? quel est le phénomène auquel on donne le nom d'exaltation vitale? Veut-on dire que les fonctions de la vie sont plus actives? mais on ne voit pas commuent ce surcroit d'activité vitale, dans un atome, en déterminerait l'engorgement, s'il y a seulement augmentation de travail. Supposons que le travail des Reins soit activé, qu'en un temps donné ils sécrètent davantage , cela prouve-t-il qu'ils sont congestionnés? Certainement non; ils peuvent fournir plus d'urine et rester libres de tout engorgement; car s'ils ont reçu plus, ils ont aussi rendu plus. Cette explication, qui nous semble rationnelle, ne rendjait
11(> CONSIDEUATIONS GK.XÉUALES
poiiit raison des prélentlues congestions, c'est-àdire, qu'en admettant une augmentation de vitalité, ce que nous traduisons par augmentation du travail vital; en admettant, dis-je, cette théorie, nous n'obtiendrions pas une congestion , un engorgement.
Pour obtenir une congestion , il faudrait que les organes reçussent plus qu'ils ne rendraient : mais alors ce ne serait plus une augmentation du travail vital , ce serait, au contraire, une diminution, une suspension plus ou moins grande de ce travail; chaque atonie n'élaborant pas, ne se débarrassant pas, en proportion de ce qu'il recevrait, s'engorgerait : mais dans ce cas les actes vi taux seraient troublés, altérés; les fluides, les matériaux de nutrition, d'excrétion, etc., ne subissant pas assez vite les opérations qu'ils devraient |^subir , stationneraient plus long-temps i|u'ils ne le devraient. Voilà comment on peut concevoir que se formerait un engorgement, el l'on voit que l'expression, exaltation vitale, serait bien impropre pour rendre la cause, la force qui accumule les fluides ; car d'après ce que nous venons de dire, ceux-ci ne seraient point appelés, attirés, ils seraient arrêtés; et c'est ce qui
SUR 1,'ÉTAT !)E L.l Ml.DE(.l-\K. il7
résulte réellemenl de la piéseiice trune é})iue. Si elle séjourne peu dans les tissus, le gonflement qu'elle a déterminé disparaît plus ou moins vite, parce que les fonctions se rétablissent ; mais si le séjour du corps étranger se prolonge trop, les fluides qui forment l'engorgement s'altèrent , et passent à la suppuration.
Tels sont, en réalité, les phénomènes que peut déterminer la présence d'un corps étranger non vénéneux, et telle est la manière dont se développe le Phlegmon essentiel, avec cette différence que l'épine est un levain, un ferment morbide (jui altère, empoisonne le produit de l'atome sur lequel il s'est arrêté, implanté. Ce produit, altéré parla combinaison du virus phlegmoneux, qu'on nous passe cette épithète, est repoussé par les parties saines comme ne convenant plus à la vie, et forme un noyau vénéneux qui agit de deux manières sur les parties voisines : comme corps étranger, en les gênant dans leurs fonctions d'une manière mécanique, et comme venin, en altérant lès produits qui, repoussés, comme nous l'avons déjà dit, par les parties saines, forment une collection dans les tissus. Ce dépôt de matière hétérogène entraîne l'altéra-
118 CO^SIDÉKATIONS f;É.NKRAr.ES
lion des organes qu'il a envahis, pai- Ja compression à laquelle il les soumet, puis encore par son influence chimique, comme corps de mauvaise nature. C'est alors que la douleur se fait sentir plus ou moins forte, selon la nature du virus; car il est de petites tumeurs quelquefois trèsdouloureuses, tandis qu'on en voit de très-volumineuses qui ne causent aucune douleur; ce qui prouve bien que toutes choses égales d'ailleurs, celte douleur n'est pas seulement due à la compression,
La matière altérée qui forme la tumeur doit être considérée comme frappée de mort , et comme devant passer à la suppuration (i); et c'est encore là où se montre l'inexactitude de la théorie de l'irritation, et où se révèle la puissance médicatrice de l'économie. En effet, comment se fait-il que les tissus en contact avec des matières suppurées restent sains, et ne se congestionnent
(1) Malgré toiitce que disent les auteurs, nous avons bien de la peine à croire que le Phlegmon essentiel puisse se terminer autrement que par suppuration. Nous comprenons que des tumeurs, placées peut-être à tort parmi les Phlegmons, disparaissent sans suppuration ; mais nous ne pouvons concilier ce mode de terminaison avec ridée que nous nous faisons du Phlegmon essentiel,
SIR l'État de la mkdecink. 11^
pas? commenl se fait-il que des plaies considérables ne soient pas conslarainent le siège de fluxions congestives? comment se fait-il, enfin, que des corps étrangers ne déterminent quelquefois aucune exaltation; car il n'est pas raie de rencontrer dans les tissus des corps étrangers dont aucun symptôme d'irrilation n'avait annoncé la présence.
Les tissus, sous l'influence des modificateurs externes, ne sont donc pas aussi inflammables (jue le pensent quelques praticiens , lorsque ces modificateurs ne contiennent rien de spécifique, pouvant agir comme réactif sur les fluides, et former avec quelques-uns de leurs élémens des composés impropres à la vie de nos organes. S'il en était autrement, si tout corps étranger était capable de troubler les fonctions vitales en les exaltant et déterminant de l'irritation et des congestions morbides, les plaies seraient toujours accompagnées de gonflemens congeslionnaires, et la guérison serait fort difficile. D'après la théorie de l'irritation, l'on ne comprend pas comment l'exaltation vilale pourrait cesser, comment la fluxion pourrait disparaître.
Ce que nous venons de dire du iMilegmon,
120 COSIDÉHATIO.NS GÉNÉUALES
nous le dirions, à plus forle raison, du Furoncle et de l'Anthrax; nous le dirions de toutes les tumeurs en général : des Loupes, du Squirrhe, des Tubercules, etc.; nous ferions voir qu'aucune tumeur n'est due à une fluxion , dans le sens de la théorie de l'irritation ; mais bien à un dépôt résultant de l'altération de la nutrition.
La plupart de ces tumeurs sont des collections de matières frappées de mort, comme nous l'avons déjà dit, et qui passent nécessairement à la putréfaction; elles se développent généralement par juxta-position; c'est un véritable dépôt de matières étrangères.
Il en est d'autres, au contraire, qui sont des productions organisées, et semblent se développer par intus-susceplion, telles sont les excroissances polypeuses (i) et verruqueuses, etc. ; ce sont là de véritables productions parasites qu'il serait difficile d'expliquer d'après la théorie de l'irritation; ce sont des dépravations vitales, si celte expression nous est permise.
Si les maladies dont nous venons de parler el
(1) On dira peut-être que les Polypes ne sont point des tumeurs ; aussi ne les citons-nous que comme des développcmenscoHtrc nature.
SIJR j/ÉTAT DE LA MÉDECINE. \'H
qui sont les plus favorables à la théorie de l'irritition, sont léfractaires à celte théorie, lorsqu'on se livre à un examen tant soit peu sérieux des phénomènes qui accompagnent le développement de ces maladies, que dirons-nous des maladies dont la cause et le siège nous échappent : ainsi les fièvres d'accès, les affections dites rhumatismales, goutteuses? etc.
D'après ce que nous venons de dire de quelques affections locales, et surtout d'après ce que nous avons dit des causes morbides, nous croyons inutile d'entrer dans aucun détail pour démontrer l'invraisemblance et la fausseté des théories du solidisme, appliquées à l'explication des fièvres et de toutes les autres maladies internes si peu connues encore.
On s'abuse sur la sensibilité de nos organes, notre fibre n'est point aussi irritable qu'on se l'imagine; qu'on observe l'effet des poisons; ceux qui agissent sur les tissus ne déterminent pas à beaucoup près des accidens comparables à ceux qui agissent sur les fluides, et qui ne laissent aucune trace de leur passage sur les solides. Les substances les plus corrosives et les plus caustiques, qui désorganisent promptement et profondément
les, tissus, ne donnent jamais la mort aussi subitement que les poisons qui agissent comme réactifs sur les fluides, et peut-être sur le principe de la vie même.
L'acide sulfurique concentré et l'acide nitrique, introduits dans l'estomac, peuvent tuer par les désordres organiques qu'ils détermineront, comme ferait, par exemple, l'eau bouillante. On succomberait à la douleur, aux désordres fonctionnels, comme on succombe à des violences extérieures, mais nullement par suite d'une inflammation congestive.
Veut-on encore d'autres exemples du peu d'influence que les lésions de tissu ont sur la vie, lorsque la cause de ces lésions n'est point un principe vénéneux réagissant sur les fluides; ce sont les plaies rongeantes, quelquefois très-étendues, que des sujets portent pendant des temps fort longs, sans que la santé généraleen soit affectée; ce sontces blessures avec perte de substances qui guérissent quelquefois comme par enchantement. Il n'est pas rare de voir des individus mutilés, couverts de blessures, qui ont guéri sans trouble dans la santé générale. Nos champs de batailleen ont offert d'assez nombreux exemples.
SLR l'état de la MÉDECIIVE. 12;?
Les lésions de tissu ont par elles-mêmes peu d'influence surla santé générale, à moins qu'elles n'affectent quelques organes essentiels à la vie. Dans les autres cas, la gravité vient des accidens consécutifs, accidens qui sont en raison du siège des lésions et des dispositions morales et physiques du malade : on sait que tandis que des sujets résistent à d'effroyables mutilations, d'autres du même âge, et dans les mêmes conditions hygiéniques, succombent à de très-légères blessures.
Les solidistes rapportent tous les accidens consécutifs à des complications phlegmasiques: ainsi ils regardent les dérangemens, les troubles qui surviennent dans les voies digestives, comme des Gastrites ou Gastro-entérites; c'est une erreur grave. Comment veut-on que l'amputation de la cuisse, par exemple, détermine une inflammation de l'estomac ou du tube digestif, surtout dans un moment où le malade est soumis à un régime sévère? 11 est une explication plus rationnelle et plus conforme aux phénomènes symptoniatiques qu'on observe; que voyons-nous généralement chez les blessés qui font craindre des terminaisons fâcheuses? nous voyons un moral affectéjdes plaies d'un mauvais aspect, donnant
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un pus de mauvaise nalure, des chaires molles, une peau décolorée, une fièvre continue, de la diarrhée. Tous ces symptômes appartiennent à une profonde altération des fluides , et non point à un état inflammatoire. Les dérangemens qui surviennent vers les voies digestives ne sont point dus à une réaction phlegmasique j mais bien à l'influence morale, au découragement et à la mauvaise élaboration des fluides qui se vicient de plus en plus, la nutrition se faisant de plus en plus mal; la plupart des malades qui succombent à ces diarrhées colliquatives, à ces fontes séreuses , n'offrent à l'autopsie que des organes pâles et décolorés; et cependant les esprits préoccupés d'idées systématiques veulent trouver des signes d'inflammation, et à défaut de rougeur ils cherchent des ramollissemens; et c'est toujours vers le tube digestif que sont dirigées les recherches; et c'est toujours sur la muqueuse de cet organe que l'on veut trouver la cause de la mort.
On se trompe fort sur la sensibilité de l'appareil gastro-intestinal, et sur ses réactions à la suite de lésions ou blessures. Les idées que l'on a sur ce point sont si peu d'accord avec les faits ,
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qu'on voit des sujets porter des tumeurs cancéreuses, dans l'estomac même , pendant des temps fort longs, sans éprouver d'autre trouble (ju'un peu de gêne après le repas; et à moins que ces tumeurs ne soient placées à l'orilice pylorique, et ne ferment cet orifice, on voit quelquefois les malades n'éprouver de dérangement un peu grave que lorsque la suppuration est établie. On a même vu des malades ne succomber que lorsque l'estomac était tout-à-fait cancéreux et. désorganisé. Comment accorder ces faits avec la sensibilité qu'on suppose aux organes digestifs , et avec le danger des lésions de cet organe ? Comment se tourmenter pour constater un peu de rougeur ou de ramollissement sur quelques points de la muqueuse digestive, lorsqu'il est bien démontré qu'on peut vivre de longues années avec une tumeur quelquefois très volumineuse dans l'estomac ou les intestins.
En supposant une relation entre l'accident qui aurait amené la mort, et la rougeur qu'on croirait remarquer sur les organes digestifs, que pourrait-on en conclure? Aucune observation n'autorise à penser que la mort puisse avoir été causée par les désordres déterminés par l'effet de