‹ Considérations générales sur l'origine et la formation des asphaltes: et de leur emploi commeChapitre 22 sur 23 · LE VAL-OE-TRAVERS · texte numérisé non relu

LE VAL-OE-TRAVERS

Nous pensons que les détails que nous allons donner sur le Val-de-Travers se trouveront à leur place, à la suite d'un ouvrage où nous avons pris pour type de

la matière que nous avions à traiter, le plus important de ses produits.

Ces détails, seulement relatifs à l'histoire naturelle de ce petit pays, sont, en grande partie, extraits d'une brochure que feu M. le docteur Allamand fit paraître en 1843 , sur la juridiction du Val-de- Travers.

Nous pensons d'ailleurs que ce qui se rattacheà l'histoire naturelle de cette localité ne peut être entièrement étranger à notre sujet : car tous les faits se lient entre eux , et les rapports les plus contraires n'ont souvent qu'une même cause.

LeVal-de-Traversest situé à l'extrémité occidentale du canton de Neuchâtel, dont il occupe la partie la plus étroite de la vallée, qui forme un bassin à deux étages et regardé par les touristes comme l'un des plus pittoresques de ce pays.

Au midi y le flanc de la montagne qui domine ce bassin est assez bien boisé, mais d'une pente très-roide, tandis que le versant situé au nord , d'une pente plus douce, est parsemé d'un assez grand nombre d'habitations.

Appuyé à sa base, le village de Travers est baigné par la petite rivière de TAreuse qui arrose le val par des débordements assez fréquents.

La géologie de ce petit canton ne manque pas d'un certain intérêt. La terre argileuse et le calcaire jaune y dominent.

Le gypse y est rare et insuffisant à une exploitation. Un fait remarquable, c'est qu'à une faible distance du village on trouve une énorme quantité de blocs de granit resserrés dans un très-petit espace.

En citant ce fait, M. le docteur Allâmand

prétend que la Suisse entière, à Texception des gorges du Valais n'offre rien de semblable à cette singularité de blocs granitiques assis sur un sol calcaire. Ce fait n'est pas seulement particulier au Valde- Travers et aux gorges du Valais, tous les voyageurs ont remarqué sur le mont Salève qui domine Genève, trois énormes blocs de granit jetés isolément sur le sommet de la montagne par une cause inconnue que la science n'a point encore expliquée, parce que la science ne peut répondre à tout.

Les couches du sol, dans le fond du vallon, s'écartent peu de l'horizontalité, tandis qu'elles prennent une inclinaison de 10 à 12 degrés au sud-ouest et au nord-est en se dirigeant vers la vallée.

Il existe dans le vallon une source d'eau

minérale au bord de l'Âreuse. M. Allamand supposait, d'après la couleur de l'eau et les marais qui l'entourent, qu'elle doit être ferrugineuse. Il est à regretter, dans l'intérêt du pays , qu'on ne se soit pas encore assuré d'un fait aussi important en luimême, qu'il est facile à connaître par l'analyse.

On sait que J.-J. Rousseau a promené les rêveries de sa jeunesse dans les

montagnes du canton de Neuchâtel dont il affectionnait les sites; plus tard il y retourna chercher un abri contre les persécutions vraies ou supposées dont il se croyait victime. Dans une lettre adressée au maréchal de Luxembourg, à la date du 28 janvier 1763, en parlant des orages fréquents qui occasionnent de nombreux

éboulements dans le vallon, Rousseau dit :

<K Au-dessus du village de Travers, il se fit, <c il y a deux ans, une avalanche considé- <c rable de la façon du monde la plus sin- <c gulière. Un homme qui habite au pied <c de la montagne avait son champ devant ac sa fenêtre entre la montagne et sa mai- (c son. Un matin qui suivit une nuit d'o- <c rage , il fut bien surpris en ouvrant sa <c fenêtre de trouver un bois à la place de (c son champ; le terrain s'éboulant tout « d'une pièce avait recouvert son champ «c des arbres d'un bois qui était au-dessus, « et cela , dit-on , fait entre les deux procc priétaires le sujet d'un procès qui pour- <c rait trouver place dans le recueil de « Pittaval. L'espace que l'avalanche a mis ce à nu est fort grand et paraît de loin; <c mais il faut en approcher pour juger (C de la force de l'éboulement, de l'étendue

(c du creux et de la grandeur des rochers ce qui ont été transportés. Ce fait récent ce et certain rend croyable ce que dit (( Pline d'une vigne qui avait été ainsi (c transportée d'un côté du chemin à « l'autre. »

C'est à un kilomètre de distance du bois de Croix que se trouve la mine d^asphalte exploitée aujourd'hui à ciel ouvert, et dans trois tunnels. Outre quelques pétrifications que renferme cette mine, on rencontre quelques strombites et des turbinites dans le calcaire gris des rochers entre Travers et Rosières.

Nous citerons en entier le passage suivant extrait de la brochure de M. Allamand, relatif à un fait très-curieux d'histoire naturelle :

a La montagne qui règne constamment

ce au midi du vallon et ne s'efïace qu'au (c bord des plaines d'Âreuse et de Boudry, (( quoique assez roide sur le versant du a Val-de-Travers, est néanmoins praticaa ble sur toute cette étendue jusque vis- « à-vis du rocher de la Clusette ; là com- (( mencent de brusques inégalités et de <c fortes déchirures qui forment à chaque <c pas d'horribles précipices. A l'entrée de ce ces escarpements remarquables, se trouve ce la coupure en forme de demi-lune^ trèsce régulière, formée de rochers à pic et abc( solument nus, qu'on appelle : le Creuxce du'P^ent.

(c La hauteur verticale du rocher du ce Creux-du-Vent est de 568 pieds; aucc dessous commence une inclinaison d'ace bord très-faible, mais qui atteint de 80 ce à 60 degrés.

(( Au pied du rocher circulaire on trouve a des graviers détritiques anguleux, pres- (c ses sur eux-mêmes, plus bas, le sol, ence combré d'arbres brisés ou déracinés , (c hérissé de toutes parts d'énormes blocs « de rochers qui y sont entassés depuis des <c siècles, et qui attestent les violentes se- «cousses dont ce petit endroit a été le (c théâtre. La forme d'entonnoir se dessine <ic de plus en plus, le bas-fond se rétrécit <ic en s'avançant au nord, c'est-à-dire dans (c le sens de la colline, et se termine par (c une issue qui compte à peine quelques (C toises. Le pourtour de ce vaste amphi- (c théâtre est, dans la partie supérieure.

(C de 2,300 pas ; la hauteur totale du Creux- (C du-P^ent est de 1,135 pieds.

ce C'est sur les crêtes des rochers qui ce partent de chaque extrémité du demi-

a cercle et qui vont en convergeant, c'est ce au milieu de ces grands débris, sur les ce vieux troncs des arbres, sur les rochers a moussus que croissent les plus belles a fleurs.

€ C'est au sein même de cette nature (c bouleversée que croissent à côté les unes ce des autres, et comme confondues, les <c plantes si nombreuses et si variées qui (c ont mérité à ce lieu Tépithète de jardin ce botanique.

a Rien de plus étonnant que de trouver a dans cette étroite enceinte les producc( tions des zones les plus diverses et les (C plus éloignées les unes des autres; il a semblerait que la nature, avare de ses (( trésors, ait cherché à les enfouir dans (C ces lieux sauvages et désolés pour les (C dérober à tous les regards.

c( Cette concentration même de richesce ses appelle des pays, les plus loince tains , les amateurs de l'une des brance ches les plus délicieuses de l'histoire ce naturelle , mais qu'ils n'exploitent pas ce toujours ici, sans courir quelques dance ger s. Il y a une vingtaine d'années, ce l'hôte de la ferme Robert ayant voulu <c cueillir , pour un étranger , \antilys ce montaruiy fut précipité sans vie au fond « du gouffre. »

Dans le catalogue des plantes rares qu'on trouve au Creux-du-Vent et qui ne s'élèvent pas à moins de 119 espèces, M. AUamand en désigne 24 qui sont originaires de ces rochers et ne se retrouvent sur aucun autre point connu.

Voici les noms donné à ces plantes :

Lasiagrostis calamagrostis.

Iberis amara.

Goronilla vaginalis.

Lycopodium annotinum.

Poa caesia.

Bromus tectorum.

Salix hastala.

Gentranthus augustifolius.

Rhododendrum ferrugineuni.

Scrophularia hoppii.

Linaria alpina.

Cinoglossum montanum.

Aster alpinus.

Bupleurum longifolium.

Ërysimum virgatum juranum.

— ochroleucum.

Cardamine sylvatica.

Empetrum nigrum.

Ânthyllis montana.

Poa hybi ida.

Festuca pumila.

Allium fallax.

Âllium victorialis.

M. le docteur d'Ivernois indiquait anciennement comme indigènes au Greuxdu-Vent :

Hypericum pulchrum.

Garex pseudocyperus ;

mais on ne les a plus retrouvés.

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