‹ Considerations generales sur la Cessation des Regles no.5Chapitre 4 sur 8 · NOTIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

NOTIONS PRÉLIMINAIRES

S'ix. est un sujet qui mérite de fixer l’attention des médecins, c'est sans contredit cetté époque où la femme cesse d’être féconde, en même temps qu'elle cesse d’être assujettie à l'évacuation sanguine et périodique qui se fait par l’utérus. Combien d'auteurs n’en ontils pas fait l’objet de leurs recherches et de leurs méditations? Mais il faut pourtant ayouer que, malgré les efforts réunis de tant d’'hommes illustres , cette époque offre encore beaucoup à la méditation des médecins de nos jours. Combien n’a-t-on pas exagéré le nombre et la fréquence des maladies qui, à cette époque, doivent assaillir cette précieuse moitié du genre humain ? La suppression de l’évacuation menstruelle est un phénomène tout aussi naturel que son apparition à l’époque de la puberté; or, Jugera-t-on la nature assez inconséquente pour avoir attaché un danger certain à l'exercice des lois qui régissent notre organisation ? S'il en était ainsi, l’homme

trouverait à chaque instant dans sa propre vie la cause de sa des-

truction imminente.

Cette cessation est-elle aussi meurtrière qu'on le croit généralement? Je ne le pense pas; je ne sais vraiment par quelle étrange inadvertance les médecins, et surtout ceux qui se sont particulièrement occupés d'hygiène, se sont totalement abstenus de faire les véritables recherches qui pouvaient résoudre la question? La vie des femmes n'est-elle donc pas traversée par assez d’orages, et, dans ce moment surtout, n'éprouvent-elles pas d'assez grandes pertes pour que nous devions éviter de les affliger encore par de fausses alarmes ? La cassation des règles n’est pas une maladie par elle-même, c'est un effet aussi naturel que la chute des cheveux , des dents, etc., causée par l’âge ; cette vérité se manifeste chez les femmes du peuple êt les paysannes, parmi lesquelles on ne voit guère de malades que celles qui ont mené une vie irrégulière, ou dont le sang est vicié. ( Buchan, Méd. dom. , t. 4. ), Il y a déjà long-temps, dit M. le professeur Desormeaux (Dict. de méd.) que les meilleurs praticiens ont remarqué que ces craintes exagérées sont mal fondées ; que cette cessation est un phénomène naturel, ordinairement exempt d’acci- * dens ; que, pour beaucoup de femmes, elle est même le commence: ment d’une meilleure santé , surtout pour celles chez qui une menstruation abondante ne paraissait pas en rapport avec les forces , et entretemait un grand état de faiblesse. » C’est aussi l'opinion de Fothergill , il a dit à ce sujet, « Plusieurs femmes n’éprouvent aucune « altération dans leur santé à l’époque de la vie dont nous parlons, « quelques-unes même semblent reprendre une nouvelle vigueur. « C'est ainsi que l’on voit des complexions fréles et délicates , ou

« singulièrement affaiblies par des évacuations copieuses , se trouver

« très-bien de la cessation des règles; mais toutes, mateus « ne jouissent pas d’un pareil avantage. »

Mais on ne la considère pas ainsi généralement ; à voir, en effet, la longue nomenclature de maux dont tel auteur a fait le cortège

obligé de l’âge critique , il n’est pas de femme qui ne puisse se croire

vouée à une mort certaine, ou tout au moins menacée des plus grands dangers. Toutes les femmes concoivent à cette époque de très-grandes inquiétudes, qui, chez les unes, proviennent de ce que, dans l’intime persuasion où elles sont que le flux menstruel est absolument nécessaire à leur santé, elles s’imaginent que des maladies graves doivent être la suite inévitable de sa disparition ; chez les autres, de la crainte de perdre des appas qui font les délices de leur vie. Cette opinion, ou plutôt cette erreur populaire, tire probablement son origine de l'idée que Pline , et après lui Graaf, Fernel, et une infinité d’autres s'étaient formée de la nature du sang menstruel, auquel ils supposaient des qualités morbifiques et malfaisantes qui déployaïent toute leur action à l’époque où l'écoulement cessait d’avoir lieu. Malheureusement cette idée, tout à fait erronée , ayant quelauefois paru confirmée par la fin déplorable de quelques femmes, a pris tous les caractères d’une vérité démontrée, et il a fallu des siècles pour la renverser. Aujourd’hui, comme nous le dirons plus loin , c’est une chose universellement reconnue , que le sang des règles ne possède aucune qualité morbifique.

C'est avec une sorte d'effroi que la femme voit s’avancer cette époque ; nommée sans raison âge critique ; trop heureuse si à l’idée’ du danger ne venait se joindre une idée plus pénible encore! Mais hâtons -nous de la consoler d’une perte qu’elle s’exagère beaucoup sur la foi d'autrui : ce dénuement, cet abandon dont on se plait à l’effrayer, ne sont réels que pour celle qui , n'ayant connu d’autres jouissances que les plaisirs des sens, voit fondre sur elle les maladies les plus terribles, les infirmités les plus dégoütantes, dignes fruits de ces écarts. Mais celle qui a été modérée dans toutes ses sensations. s’est assujettie depuis long-temps aux lois de l'hygiène , préparée d'avance à la révolution qui va laffranchir d’une foule d’incommodités , la subit sans trouble, sans regrets, et trouve au sein d’une famille qu'elle chérit , et dont elle est adorée, la récompense de la vertu.

Prétendre qu'a cette époque de la vie les femmes ne soient pas souvent

(8) malades, serait vouloir s'élever contre une triste et journalière expéricnce ; mais ce qu'on peut assurer , c'est que leurs maladies ne reconnaissent pas nécessairement pour cause la suppression très-naturelle de la menstruation. Il me suffira de dire que mon opinion est

aujourd'hui celle de la plus part des médecins : tous s'accordent à

penser que sila suppression des règles peut aggraver des maladies déjà existantes , elle n’en occasionne pas directement. Ainsi, ce sera l'organe le plus irritable ou le plus souffrant qui sera le plus exposé et le plus menacé à l’époque critique, et non tel ou tel organe plutôt que tel autre. Ainsi, chez la femme dont la poitrine délicate recoit l'atteinte de toutes les secousses portées à l’économie, on verra des crachemens de sang, des étouffemens , de la toux ; chez celle qui aura été en proie à des inflammations fréquentes de bas-ventre, il y aura des pertes, des écoulemens blancs, etc., etc. Les conditions particulières dans lesquelles les femmes peuvent se trouver, sont re-

latives, à leur tempérament, aux maladies dont elles ont été atteintes,

à leur genre de vie. ;

Ce qui a. trompé beaucoup de médecins , c'est que les maladies qu'ils ont observées à l’époque qui nous occupe, étant latentes ou ne produisant que des phénomènes très-obscurs, ou même la malade n’en ayant eu jusqu'alors aucune conscience, prennent tout à coup un accroissement rapide, et se montrentau-dehors avec une grande intensité. C’est ainsi qu'un grand nombre de maladies, et surtout la phthisie et le cancer, eic., restent cachées pendant un certain temps, ou produisent les altérations des organes qu’ils ont envahi sans

produire des symptômes inquiétans pour des yeux inexpérimen-

tés. C’est alors que les femmes, épouvantées plutôt par l’idée de l’époque où elles se trouvent que par de véritables ou de grandes souffrances , appellent le médecin , et l’engagent à explorer leurs organes ; celui-ci est tout surpris de trouver des désorganisations si

LE

avancées; alors il interroge ; il apprend que depuis un temps plus ou moins long, les malades toussaient , avaient des sueurs noctur: es, etc. ; que la menstruation était irrégulière, accompagnée d’é-

coulemens morbides ; qu’une pudeur mal entendue ou une insouciance impardonnable a fait négliger de consulter plutôt l’homme de l'art. C’est en interrogeant un grand nombre de femmes, déjà arrivées au-delà du temps critique, et affectées de cancer à l'utérus ou aux mamelles, queje me suis convaincu qu'il est très-rare de trouver de ces affections dont les femmes ne fassent remonter les premiers symptômes à un, deux, trois, cinq, et quelquefois dix ans, et même davantage, avant la cessation du flux menstruel.

Ce n'est plus sur de simples probabilités ou de simples raisonne mens que l’on s'appuie maintenant, mais sur des faits; car, qui peut mieux prouver que cet âge n’est aussi meurtrier qu'on le dit et qu'on le croit généralement, que les relevés des décès des femmes, dans différens pays; c’est ce qui a été fait.

Déjà des savans, qui n'étaient pas médecins, mais qui avaient cherché à constater d’une manière rigoureuse la mortalité propre à chaque âge , avaient avoué n'avoir rien trouvé dans les tableaux des décès qui annonçât pour la femme les ravages d'un temps vraiment critique. Murer , auteur d’un ouvrage sur la population du pays de Yaud , se demandait s’il y avait pour les femmes un âge dangereux. « Je sais bien, disait-il, que c'est-là une opinion généralement ré- « pandue. Cependant mes observations m'ont appris que l’âge de « quaraute à cinquante ans n’est pas plus critique pour les femmes « que celui de dix à vingt. »

À Genève, À!. Odier, fondé sur des calculs établis par lui sur la population de cette ville, imprimait, dans fa Bibliothèque britannique (tom. 4, part. des scien.), « que dans toutes les époques « de leur existence, les femmes étaient plus vivaces que les hom- « mes. » | | à

M. Finlaison, archiviste du bureau de Ïa dette publique en Angleterre, a trouvé aussi qu'après l'enfance la vie des femmes est plus longue que celle des hommes, et cela dans une proportion qui paraît incroyable. À

À Paris, M. Déparcieux , dans son Essai sur les probabilités de la

vie humaine, ne craignait pas d'exprimer en ces termes son opinion sur le sujet qui nous occupe. « Tout le monde croit, dit-il, que « l’âge de quarante à cinquante ans est. un temps critique pour les « femmes. Je ne sais s’il l’est plus pour elles que pour les hommes, « ou pour les femmes du monde que pour les religieuses ; mais, « quand à ces dernières , on ne s’en aperçoit’ point par leur ordre de « mortalité, comparé aux autres. Je tâcherai, quelque jour, d’é- « clairer ce doute; ce pourrait bien être encore une de ces choses que « l’on croit sans fondement comme bien d’autres. » (Page 83 de son Essai. )

M. le docteur Lachaise , dans sa Topographie médicale de Paris ,

; . re EN Tor . . ».

s'exprime ainsi à l'égard du sujet qui nous occupe : « Ce qu'il y a de

surprenant , dit-il, c'est que l'époque de quarante à cinquante ans, qui est pour les femmes celle de la cessation du flux menstruel, n'offre pas un surcroît de mortalité remarquable, ce qui semble, par conséquent , autoriser à croire exagérées , pour Paris du moins, les circonstances défavorables dans lesqu’elles on suppose les femmes

de cet âge. »

Mais il était réservé à M. Benoiston de Châteauneuf de dissiper tous

les doutes à cet égard, en joignant aux résultats de ses nombreuses .

recherches les travaux statistiques que argentin, Krafft, Sussmilch et Muret avaient entrepris, le premier pour la Suède, le second pour la Russie, le troisième pour la capitale du royaume de Prusse, et le quatrième pour le pays de Vaud. Voici quel est le résultat de ses recherches. « Du quarante-troisième degré de latitude au soixan - « tième, c’est-à-dire , sur une ligne qui s'étend de Marseille à Péters- « bourg , en passant par Vevay , Paris, Berlin et Stockholm; à au- « cune époque de la vie des femmes, depuis trente ans jusqu’à « soixante-dix, on n'aperçoit d'autre accroissement dans leur mor- « talité que celui nécessairement voulu par les progtès de l’âge. A « toutes les époques de la vie des hommes, depuis trente jusqu’à « soixante-dix, on trouve une mortalité plus grande que chez les

« femmes; mais surtout de quarante à cinquante ans. Il résulte de

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