CHAPITRE PREMIER
DU RANG QUE LES CRUSTACÉS PAROISSENT DEVOIR OCCUPER SUR L'ÉCHELLE DES ÊTRES.
ï-uE nom de fX!tXa.Koç-poL}ioi; {molli crustâ obteclus) étoit donné par les Grecs, dès les temps d'Hippocrate, d'Aristote et d'Athénée, aux animaux marins dépourvus de sang, dont l'enveloppe extérieure, beaucoup moins solide que le têt des mollusques à coquille, l'est bien davantage que la peau des mollusques nus. Chez les Romains , cette désignation fut remplacée par celles de CrustataetdeCruslacea, d'où nous avons tiré le mot Crustacés, que nous employons pour désigner une classe d'animaux invertébrés, articulés, pourvus de membres ambulatoires ou natatoires, ayant des organes de circulation distincts, et respirant par des branchies ; animaux dont on peut citer comme exemples principaux, les crabes, les écrevisses, les pagures, les cre=
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vetles, lessqiiilles, les tlopoiles minins ou (errcstrcs, et une foule de petits êtres découverts et observés depuis l'invention du microscope, et qui ont été appelés monocles ou binocles.
Les anciens et les premiers naturalistes modernes rangeoient les crustacés entre les poissons et les mollusques, et Linnaeus les plaçoit avec les insectes aptères, parmi lesquels il comprenoit aussi les araignées. Brisson, le premier, en avoit formé une classe distincte. Fabricius, M.Latreille, dans son premier ouvrage (Précis des Caractères génériques des Insectes) , et M. Cuvier (dans son Tableau élémentaire de l'Histoire naturelle) réunissoient encore les insectes aux crustacés; mais M. de Lamarck, dans la première édition de ses Animaux sans vertèbres, adopta la division créée par Brisson, et forma de plus la classe des arachnides. Depuis cette époque, celle des crustacés a été admise par tous les zoologistes.
Lorsque M. Cuvier (Annales du Muséum) publia sa division du règne animal en quatre embranchemens, il plaça les crustacés dans le troisième, celui des animaux articulés, qui comprend aussi, avant eux, les annélides, et après eux, les arachnides et les insectes.
Mais M. deBlainville, revenant aux idées des anciens sur le rang que doivent occuper les crustacés, a proposé assez récemment de les faire suivre par les mollusques et les vers, en les plaçant après les insectes et les arachnides qui eux-mêmes suivent les poissons.
Les crustacés, considérés sous les divers rapports que présente leurorganisation,doiventincontestablementoccuper un rang très-élevé parmi les animaux invertébrés et pourvus de membres articulés. On ne peut les éloigner des arachnides et des insectes, dont le corps est symétrique comme le leur, et entouré d'une peau cornée, solide et résistante, qui remplit les fonctions du squelette des animaux des classes supérieures; dont les membres sont, comme les leurs, composés de plusieurs
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pièces distinctes; dont les yeux sont toujours apparens; dont la génération est bisexuelle , etc.
Ils sont plus disfans des animaux de la classe des annëlides de M. de Lamarck , dont le corps est dépourvu de véritables membres, dont les yeux manquent ordinairement, etdontla génération est souvent hermaphrodite. Ceux-ci inférieurs également aux arachnides et aux insectes, paroissent avoir des rapports bien plus marqués avec les vers, soit intestinaux, soit épizoaires, que l'on a nommés cavitaires.
Relativement aux mollusques , les crustacés semblent devoit prendre place après certains d'entre eux , tels que les céphalopodes, tandis qu'ils sont supérieurs aux autres, tels que les gastéropodes, et surtout que les acéphales, qui par certaines nuances présentent des passages évidens aux animaux composés des dernières classes. Néanmoins, les mollusques des dilFérens ordres ayant entre eux des rapports bien constatés , on ne pourroi t couper leur série en deux parties, pour intercaler entre elles les animaux articulés, et conséquemment les crustacés. Il faut donc se résoudre , ou à transporter après ces derniers , la classe entière des mollusques, comme le faisoient les anciens naturalistes ^ou à laisser cette classe en avant de la leur, ainsi que les zoologistes les plus récens l'ont admis. Ce dernier parti est celui pour lequel nous penchons d'après la considération des rapports qui lient, ainsi que M. Latreille l'a démoiitfé dans un Mémoire lu dernièrement à la Société d'Histoire naturrlle de Paris, les poissons aux mollusques céphalopodes.
Quelque peine que l'on prenne d'ailleurs, il sera toujours impossible déplacer les crustacés, de manière à ne blesser aucune de leurs affinités avec les animaux des autres classes: cela ne seroit praticable que si les êtres de la nature formoient, comme on l'a prétendu long-temps, une seule chaîne sans interruptions ou embranchemens, et non, ainsi qu'on le reconnoît aujourd'hui, différens groupes qui se lient tous les uns avec les autres par des rameaux latéraux plus ou moins compliqués, de
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façon à composer par leur ensemble une sorte de réseau ou de jacis.
Il existe en effet, entre la classe des crustacés et les autres, surtout celles des insectes et des arachnides , des transitions plus ou moins marquées, et ce sont particulièrement les genres des familles des cloportides, des asellotes, des myriapodes (scolopendre et iule) et des p3'cnogonides {pfcnogonum et njmphon), qui forment ces passages. Ces genres ont été alternativement placés par les différens auteurs dans l'une ou l'autre de ces classes d'animaux invertébrés. Ils forment leurs véritables points de contact.
Néanmoins ces classes sont fort distinctes, et nous croyons utile de donner ici leurs caractères comparatifs.
Les Insectes respirent par des trachées aériennes internes, dont les issu es nommées stigmates sont toujours placées sur les côtés du corps dans les individus parfaits; leur système circulatoire consiste dans un canal dorsal divisé en un certain nombre de renflemens , et qui ne communique avec aucun vaisseau connu; leurs membres destinés à la marche ou à Ja natation sont (lu famille des myriapodes exceptée, si on la place parmi les insectes ) au nombre de six ; la p\upart d'entre eux sont pourvus de deux ou de quatre ailes ; leur tête , toujours distincte du tronc, a constamment deux yeux composés , sessîles , et quelquefois deux ou trois petits yeux lisses , et toujours deux antennes; leurs organes extérieurs de la génération sont simples et ordinairemen t placés à l'extrémité du corps ; le plus grand nombre d'entre eux (les aptères exceptés)subissent des métamorphoses plus ou moins complètes.
Les Arachnides ont pour organes respiratoires, ou des trachées, ou des cavités qui tiennent lieu de poumons, dont les ouvertures ou stigmates sont situées sous le ventre; leur cœur est placé près du dos et pourvu de vaisseaux évidens; le nombre de leurs pieds est généralement de huit (quelquefois de six) : aucune n'a d'ailes; leur tête est confondue avec le tronc : leurs
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yfux, toujourssimplesetvariant pour le nombre et la situation, sont quelquefois imperceptibles ou nuls; leur tête n'a point d'antennes j les organes de la génération sont tantôt simples, tantôt doubles, et dans ce dernier cas ceux des mâles sont placés près de la bouche, dans les palpes, et ceux des femelles à la base du ventre; elles ne subissent pas de métamorphoses, etc.
Les Crustacés, outre leurs caractères communs aux deux autres classes voisines, qui consistent à être des animauxsans vertèbres et à sang blanc ; ayant le corps dii>isé en segmensplusou moins nombreux , revêtu d'une enveloppe crustacée ou cornée et muni de membres arfjct/Zes, présentent encore lessuivans : respirant par des branchies ou par des lames branchiales ordinairement annexées à leurs pieds ou à leurs mâchoires ; ayant un cœur distinct, pourvu de vaisseaux apparens; munis de pieds dont le nombre est leplus souvent de cinq ou de sept paires, et n'ayant jamais d'ailes; leur tête étant tantôt confondue avec le tronc, tantôt distincte, portant ordinairement quatre ou deux antennes et deux jeux souvent pédoncules , mobiles et composés ; ayant des organes de génération doubles , placés tantôt à la base des pattes , tantôt à l'extrémité du corps.
Comme tous les animaux invertébrés màcheurs, ils ont leurs mandibules et leurs mâchoires placées sur les côlés de la tète, et se mouvant latéralement. Ces dernières pièces étant en nombre plus ou moins grand , se modifient quelquefois dans leurs formes et leurs dimensions , de façon à ressembler à des pieds et à en remplir les fonctions. Leurs pieds sont ambulatoires ou natatoires ; la plupart d'entre eux vivant dans les eaux, ou au voisinage des eaux.