DISCOURS
Prononcé le 17 décembre 1857, ï l'ooTertare da Coun élémentaire de sanscrit
près la Bibliothèque impériale.
Messieurs,
Eu montant dans cette chaire, je ne me dissimule pas les difTicullés qui m'y attendent. Le cours qui m'a été confié, est de création nouvelle : je n'ai pas l'avantage de succéder à des prédécesseurs illustres dont je puisse utiliser l'expérience et continuer la respectable tradition. H. le Ministre de l'instruction publique et des cultes ayant, dans sa sollicitude pour les progrès de l'enseigoement supérieur, jugé opportun d'instituer une chaire élémentaire de la langue indienne, a bien voulu se souvenir de mes modestes titres , et m'a chargé de cet enseignement. Placé auprès de l'École des langues orientales vivantes, je n'ai pas d'autre part à redouter la comparaison avec un devancier tel que Eugène Burnouf; qui, d'ailleurs, se sentirait assez fort pour rallumer le flambeau éteint dans les mains mourantes de ce grand érudit ? Ma tâche est plus humble; j'espère qu'à l'aide de Dieu, mes forces y suffiront: en tout cas, Messieurs, soyez sûrs que mon zèle ne faillira pas.
 côté de la difficulté que présente la matière, j'aurai a en vaincre une autre, sur laquelle je n'ai pas même besoin d'appeler votre attention. Je m'exprime dans une langae qui n'est
pas celle de mon pays natal; et ayant parcouru les pays de l'Orient et de rOccident, je sens toute rinfériorité de celui qui ne se strt pas de sa langue materBeUe. Msâs je sais que j'ai l'honneur de parier devant un pubfic français, et cette circonstance seule m'assure par avance de l'indulgence de mes auditeurs: j'ose mêone- dire qae le chet de Tinstruction française a, en me nommant, compté sur la bienveillance de ses compatriotes.
Je manquerais en cette occasion à mon devoir, si je ne me souvenais pas, dans lin pieux homftiage, de l'homme qui le premier a eu la pensée de fonder cet enseignement; je veux parler du regrettable M. FortouK Sa mort ajourna l'exécution de ce projet qui, comme toutes les idées utiles, a survécu à celui qui l'avait conçu.
Hais, demanderez-vous, quelle est donc l'opportunité de ce cours? Cette question, qui se pose d'elle-même, recevra sa réponse dans les paroles que j'aurai l'honneur de vous adresser.
Il existe au collège de France une chaire de sanscrit. Vous savez, Messieurs, que les noms illustres de Chezy et de Bur* nouf y sont attachés. L'Inde , son génie spiritualiste , ses croyances diverses, mais qpi remontent toutes à la même source, son art extravagant, mais grandiose, sa littérature si variée et si riche, forment le sujet de l'enseignement qui est donné dans l'établissement fondé par François l*^. Le sanscrit, dira-t-on, est une langue morte, sans cette utilité pra* tique, qui riçcommande àl'étude des savants l'arabe, lepersan, le turc, l'indoustani : il n'a pas comme tous ces. idiomes, et comme surtout le chinois, une littérature qui ne dédaigne pas lés recherches statitisques et industrielles ; il n'a pas, chose désolante pour Tinvestigateur de l'antiquité, il n'a pas d'histoire. Eavisagé, en outre, au point de vue artistique, on doit reconnaître que^ comme les grottes de Salsette malgré leur iinfaensité ne valent pas Je Parthénon, ainsi la masse des cent mille versets du Mahabharata ne vaut pas TUiade : il faut convenir que, les Yédas exceptés, la littérature sanscrite est d'un âge relativement moderne. Ce cours élémentaire de sanscrit ne serait donc qu'une superfétation, si la mémelan-
giie sanscrite nç reconquérait pas par jsojji jmportaDce scieqtifique nntérêt que la diversité de notre appréciation littéraire allait lui faire perdre.
Je ne parle pas Ici de la question du jour, de rinsqrrection indienne, qui, bien qu'on puisse sous beaucoup de points regretter la conduite des Anglais, ne peut pas inspirer une sympathie exagérée aux amis de la civilisation européenne. La curiosité que cet événement historique fait naître égale* ment au sujet de la langue sacrée djes Hindous est réelle, $st considérable, et dans Tintérét de ma chaire^ je me garderai bien de vouloir l'amoindrir. Ce n'est cependant pas sur ppt wdre 4'idées que je compte appeler votre bienveillante attention.
L'étude du sanscrit, révélé à l'Europe il y a soixante ans, a donné naissance à une nouvelle science^ la philologie coinparée des Xahgues indo^uropéennes.
Lorsque, vers le milieu du dernier siècle, l'empire du l^rand Mogol commençait à s'ébranler, et que des hommes illustres, dont la gloire a grandi avec leur insuccès, cherchaient à rendre tributaires de la France des contrées aujourd'hui soumises au trident britannique, on avait déjà vaguement soupçonné la parenté du sanscrit et des langues européennes. Mais ces affinités n'étaient pas connues alors dans leur ensemble ; les conquérants Français du Dekhan, comme leurs prédécesseurs Portugais, n'avaient été frappés que de la concordance de quelques mots isolés.
Ce ne fut que peu de temps avant la chute de l'empire de Mysore que la langue sacrée de l'Inde fut découverte; et on s'aperçut alors que la ressemblance ne se bornait pas à des expressions seules, mais qu'elle s'étendait sur le système entier de la grammaire. Avoir révélé à l'Europe Texistence et les œuvres ^e la langue ancienne des Brahmanes, voilà une des grandes gloires scientifiques de l'Angleterre.
Mais les conséquences importantes qui découlèrent de cette révélation ne sont plus l'œuvre des savants britanniques.
Un soldai français, Anquetil Duperrony bravant toute espèce de dangers et de privations, rapporta les fragments des textes vénérés tlu Zendavesla. Ces débris de la doctrine de
Zoroastre sont rédigés dans la langue zende^ assez voisine du sanscrit, et inconnue alors. Sa résurrection est également un titre éclatant de la science française ; je n'ai pas besoin de prononcer en présence de ce public le nom d'Eugène Burnouf, qui est désormais attaché à cette branche de la science orientale. C'est vainement que les Anglais, qui ont si grandement mérité des lettres asiatiques, en faisant connaître le sanscrit, ont cherché à ternir le nom d'Anquetil Duperron et à contester jusqu'à la moralité de sa découverte. Le temps a fait justice de ces personnalités; un faux orgueil national ne pense plus à ravir à la France un grand titre scientifique, digne du peuple qui a fait revivre Memphis et Ninive.
La coïncidence de ces découvertes anglaises et françaises ne tarda pas à éveiller l'attention de l'Allemagne. Le pays de la pensée élevée et abstraite se trouva alors dans une de ses époques les plus productives. Les chefs de l'école romantique, les deux frères Frédéric et Auguste-Guillaume deSchlegel, frappés par la beauté du drame indien Sacountalâ^^e mirent à l'étude du sanscrit, et c'est à Frédéric que nous devons le premier ouvrage sérieux qui rattache la langue brahmanique aux idiomes de l'Europe. Un nom glorieux dans la science, Guillaume de Humboldt, ami des grands poètes de l'Allemagne, fut le premier qui assigna nettement le but et la nature de la philologie comparée. Mais personne n'entre si profondément dans les détails inattendus de cette doctrine nouvelle que Franz JBopp, le véritable créateur de cette science.
La philologie comparée ne confronte pas seulement le vocabulaire des langues, comme l'on faisait dans le siècle dernier, et comme des esprits peu scientifiques le font encore de nos jours. Elle met en regard les flexions grammaticales, les déclinaisons, les conjugaisons, l'organisme entier. C'est par la concordance ou la disparité de l'orgaaisation de deux idiomes qu'elle décide de l'unité ou de la diversité de leur origine. Mais puisque deux langues sorties primitivement du même berceau doivent forcément subir des développements divergents, la philologie comparée, en faisant l'histoire
de ridiome, fixe les lois immuables qui ont présidé à ces changements ; ou, pour être plus intelligible pour tout le monde, elle enseigne que, par exemple, telle lettre, telle articulation en sanscrit doit forcément s'altérer en telle autre, en zend, en persan, en grec, en latin, en allemand, en irlan* dais, en russe ; de sorte que souvent, un mot étant donné dans une certaine langue, on peut, avec les règles connues, deviner le son de cette même racine dans un autre idiome delà même famille. La découverte d'une de ces lois, sur laquelle nous reviendrons, forme un des plus beaux titres de Jacob Grimm, l'illustre créateur de la grammaire des langues germaniques. Et ce qui s'effectue dans un ordre plus élevé, dans la comparaison de différentes langues, se pratique tous les jours chez les personnes qui parlent un patois à côté du langage écrit, et qui sont amenées instinctivement à préciser dans leur esprit certaines lois de transformation qu'elles appliquent en toutes occasions. Quelqu'un qui apprendrait Titalien sans maître et sans dictionnaire, commencera certainement par construire ces lois, dont l'application l'aidera immédiatement dan» ses recherches.
Notre désir d'être compris nous empêche d'entrer ici dans l'explication philosophique et physiologique de l'origine de ces règles. Nous nous contenterons de dire que la marche de la pensée humaine étant essentiellement simplifiante, cette pensée subit, à cause de l'uniformité de ses lois chez tous les peuples, partout un développement analogue, et uniforme même dans sa diversité.
Et en déroulant ainsi l'ensemble des lois phonétiques et grammaticales qui relient entre eux des idiomes en apparence divers, la philologie comparée n'est pas jm objet de pure c:iiriosité littéraire. Car si nous pouvons rechercher, dans les idiomes existants, les lois de leur formation, il est également permis, en partant de données moins étendues, d'appliquer la même méthode à des langues dont nous avons perdu la tradition directe. Une science très-analogue à la nôtre, l'anatomie comparée, a permis à Cuvier, de reconstruire les formes animales des créations anéanties, avec une grande présomption de certitude et malgré l'exiguité matérielle des
dotitfééâ éllètaûtés. Comme des couches subsécjtientes ont détruit une faune qui animait tme période antérieure, ainsi rhistoire nous montre de grandes nations qui ont complètement disparti de la scène. Il semblait qu'il n'en était resté que le nom et des inscriptions étranges, que le temps n'avait épargnés qiie ^our tailler une postérité curieuse, mais ignorante. Erreur f la philologie comparée a lu les signes, a triomphé de ridiome. Sa t)uissance créatrice a, en tout ou en partie, soulevé le Voilé qui cachait le àeils des monuments antiques de la théniCîè, de l'Egypte, de î'As^y We, de l'Arabie, de la Perse, de fEspagile, de l'Italie : elle nous conduira encore à la connaissance des idiomes de l'Asie mineure, de l'Etrurie et de tant d'autres. Avoir ainsi ressuscité, après un oubli seculaii'e, les idiomes de civilisations que l'on croyait à jamais perdues, est une des gloires impérissables de la science moderne.
La philologie comparée nous enseigne en même temps les lois que suivent les antiques idiomes en se transformant en d'autres plus récents. Aussi serons-ncus appelés à apprécier la dégénérescence analogue qui a fait dériver du sanscrit les langues modernes de l'Inde , comme les idiomes néolatins sont sortis du superbe langage des Romains. L'hindoustani et le français âe rencontrent souvent dans des expressions presque identiques rendant les mêmes idées, coïncidence qui ne se conçoit que lorsqu'on a égard à l'affinité d'origine qui relie le latin et l'idiome des Yédas.
Hais comme la connaissance du sanscrit nous a porté à comprendre dans un même faisceau une grande multitude de familles linguistiques, il est évident (tue la science doit, justement pour cela, séparer de ce complexe les idiomes d'une organisation toute difTérenté. Et puisque la similitude ou la différence des langues implique presque toujours l'unité ou la diversité de l^orrgine dés peuples qui les ont parlées, on arrive nécessairement à trouver dans la philologie comparée un guide pour éclairer les ténèbres de l'hisloiœ primitive.
toutes lés grandes nations de l'antiquité, et même quel- ^es-unés de celles qui ont laissé les plus profondes traces dans notte civilisation enrdpéenne, qui sont mènie les véri-
taUes 'Causes de 8a grandeur morale» n'appartiennent pa^ à la famille indo-européenne. Il se trouve, au sud de la vaste région où se parlent ces idiomes, nn autre groupe de langues qui, en différant complètement dans son organisme, accuse par cela même une diversité d'origine. Je parle des idwmes sémitiqfies parlés par les Juifs, les Arabes, les Phéniciens, les Cbaldéens, les Syriens, les Lydiens, les Assyriens, et auxquels appartiennent les livres saints des juifs^ des chrétiens, des musulmans. Personne ne niera, en entendant prononcer ces noms, l'immense importance des peuples sémitiques dans l'histoire du monde, auquel ils ont donné la croyance à un seul Dieu* A côté de ce grand titre moral il en faut placer d'autres, glorieux aussi : le commerce, la navigation, l'industrie, l'administration intérieure sont la création des Sémites. Mais quoique dans l'antiquité les Israélites seuls aient été monothéistes et que le paganisme soit resté le partage des autres nations sémitiques, la supériorité naturelle et pratique de celles-ci a exercé, en s'infiltrant en Grèce, la plus notable influence sur la grandeur intellectuelle du peuple hellénique; elle l'a purifié des extravagances qui déparent l'art indien.
Expliquer comment les langues sémitiques diffèrent dans leur organisation des idiomes que nous nommons indo-européens, indo-germaniques ou ariens, ne rentre pas dans le plan de ce discours. Remarquons seulement que l'unité originaire des langues sémitiques a été reconnue depuis deux siècles et que la philologie comparée de ces idiomes est l'atnée de celles dont nous nous occuperons. Dans le 17^ siècle, on a fait sur cette matière des travaux immenses qui ont droit encore aujourdhui à notre admiraticm et à notre reconnaissance. Nous pouvons nommer Edmond Castell, dont le Diolionnaire heptaghtie est indispensable à tous ceux qui étudient ces langues; savant qui regardait comme un jour de fête celui où il n'avait pas ti*availlé seize heures. Nous trouvons parmi nos devanciers d'autres érudils étrangers aux choses du monde à un point dont notre siècle, plus positif et plus pratique, n'a pas d'idée. (Nous nous permetirons de eîter ici une curieuse anecdote du docteur J.-D. Micbaèlis. Ce savant nous caeonte, dans la Préface de sa Chrestomathie
iyriaque que lorsque son père, grand savant lui-même, était à son lit de mort, celui-ci interrogea son fils s'il avait encore quelque suprême conseil à lui demander. Le fils éploré demanda lequel des Dictionnaires de Castell, de Thébraïque, du syriaque, du chaldaïque, de l'arabe, était le meilleur. « Mon « père, dit Michaélis, répondit avec une voix déjà mourante « (textuellement) : Le Dictionnaire syriaque. » C'est pour honorer cette volonté dernière, qu'il a publié une nouvelle édition du lexique syriaque d'Edmond Castell.)
Vous savez, Messieurs, que l'hébreu fait partie de la famille sémitique : la langue de la Bible est donc complètement étrangère à nos idiomes d'Europe. Quoique, selon la belle expression de M. Renan, Israël ait eu, seul de tous les peuples d'Orient, l'avantage d'écrire pour le monde entier, il ne faut pas regarder le vénérable idiome des Juifs comme la source de toutes les langues, erreur que tout d'abord les textes sacrés n'autorisent en aucune manière. La famille de Sera n'est pas la seule que nous devions exclure de nos études. Un autre groupe de langues, aussi ancien que les idiomes ariens, a dominé en Asie depuis des milliers d'années et y règne encore en maître souverain. Je veux parler des langues touraniennes. Un immense territoire, s'étendant de la Laponie jusqu'au Japon, est occupé par les peuples que Ton comprend sous cette dénomination; elle embrasse les nations finnoises et ouraliennes, et, tout en envahissant le Nord de la Russie européenne, comme la Sibérie et le Japon^ a poussé ses avant-postes jusqu'en Hongrie; elle n'exclut pas les nations tartaro-mongoles , régnant de la Turquie jusqu'à la Chine; elle réclame comme lui appartenant les peuples aborigènes de l'Inde, maîtres de la presqu'île avant la conquête des Ariens, et encore aujourd'hui possesseurs de sa pointe méridionale.
Faudra-t-il parler aussi de la différence qui sépare nos idiomes européens de la grande famille monosyllabique, dont le chinois est le représentant le plus connu, ou des langues malaisiennes et océaniennes, ou des langages si divers de l'Afrique? Je ne pourrais pourtant passer sous sileuce une autre branche qui a son représentant isolé non loin de nous, et que je pro-
poserais de désigner par le nom d^hespérienne. Les études linguistiques auxquelles se rattache le nom illustre de Guillaume de Humboldt nous apprennent que la langue basque n'a nul rapport avec les langues européennes, que son organisme est tellement différent de toutes les formes d'expressions connu es, que l'on s'est résigné naguère à la regarder comme isolée. Tout porte à penser que ce langage, aujourd'hui confiné dans un obscur recoin des Pyrénées, ne fut pas seulement l'idiome des défenseurs de Sagonte et de Numance, mais qu'il fut parlé par une grande partie des anciennes populations européennes avant la prise de possession par les Celtes ariens. Et, chose surprenante, la science linguistique a rattaché ces peuplades perdues dans les montagnes à la grande famille des langues du Nouveau-Monde. Il est inutile de dire que cette découverte ouvre un champ à des hypothèses nouvelles sur l'origine des populations américaines. Mais ce n'est pas à la philologie seule à prononcer ici; il faut consulter également la physiologie.
Yoilà comment la philologie comparée vient en aide à l'histoire. Si nous nous sommes écarté de notre sujet, déjà si riche sans digression, c'était uniquement pour faire ressortir davantage l'importance de ces études nouvelles. Nous nous adresserons maintenant à la branche des langues indo-européenneSf et quoique, logiquement, nous devions parler du sanscrit en premier lieu, nous le réservons pour la fin de notre exposé.
La grande famille des langues dites indo-européennes comprend les groupes suivants :
1% le groupe indien (sanscrit, pâli, prâkrit, hindi, hindoui, hindoustani, etc.);
2°, le groupe iranien (^zend, perse, persan, pehlewi, pouchtou, kurde);
3^ le groupe caucasien (les langues ariennes de la Circassie, ossète, arménien);
4', le groupe phrygien (les idiomes éteints de la Phrygie, Mysie, Méonie, Carie, Lycie);
5?, le groupe hellénique (la langue des Pélasges, le grec antique et moderne);
--la —
6% le groupe italiqw (les idiomes éteifitô des Osques, Samniles, Oiobriens : le latin et les langues néo*latines);
7^9 le groupe slave- sarmate (a. rameau des langues slaves; b. rameau baltique : le lithuanien, lettique, borus- Sique);
8°, le groupe germanigue :
Rameau saxo-goyiiqiie (gotb, safxon ancien» bas-allemand
moyen et moderne; frison ancien, néerlandais moyen, bol-
landaiSy flamand, anglo-saxon, anglais); Rameau Scandinave (islandais ancien et moderne, norwégien,
danois, siiédois); Rameau teutonique (les langues des Francs, le baut allemand
ancien, moyen et moderne);
9^, le groupe celtique (les langues éteintes des Gaules et de la Grande- Bretagne ; puis l'irlandais, le gaélique, le mansk, le gallois, Tidiome de Cornouailles (mort), Tarmoricain ou baS'breton.
Voilà les différentes subdivisions dont l'ensemble forme la famille des langues indo-européennes ou ariennes; elles ne sont que les dérivations divergentes d'une seule langue plus antique, inconnue aujourd'hui, celle des anciens Aryas.
Je la nommerais japhétite, si ce nom n!impliquait pas les langues tartaro^finnoises.
Toutes ces nations demeurèrent, dans une antiquité reculée, mais dont la limite supérieure peut se fixer à 3,500 ans avant l'ère vulgaire, dans le plateau au nord-est de la presqu'île au-delà du Gange^ Nous reviendrons, à la fin de cette exposition, sur les langues indiennes. La nation brahmanique fondit sur les aborigènes de ces contrées, appartenant à la race nommée Drdvidas par les livres sanscrits, et lui imposa et la langue et la loi ariennes.
Une autre branche de ces peuplades se tourna vers la Bactriane, et se répandit de là sur la Perse et la Médie. La langue du Zendavesta, le zend, et l'idiome des anciens Perses, nommé le perse, forment l'origine des langues que parlèrent successivement les maîtres de ces contrées. C'est d*elle que s^est développé le persan moderne avec ses dialectes et le langage cruellement altéré de& Kurdes. Entre
Hnde et la Perse s'est conservé ub autre idiome^ qu'à cause de sa barbarie, lès Musulmans disent être employé en enfer : le pouchtou (Ponkhtou). Sans youloir attaquer la croyance des sectateurs de Mahomet, nous pouvons dire que nous ne le connaissons que comme la langue des Afghans.
En sortant de la Perse, les nations ariennes poursuivirent leur marche vers TOccident. Ainsi les peuples du Caucase se servent d'idiomes appartenant incontestablement à cette branche linguistique : nous nommons l'armém^», Yosaète, qui, du reste, ont déjà subi l'influence et la pression de leurs vol* sins touraniens. En Asie Mineure, les Aryas trouvèrent Aet peuplades appartenant à cette dernière racei et surtout en Lydie et en Cappadoce , des colons sémitiques. Néanmoins on reconnaît dans les restes des idiomes éteints de la Phrygie, de la Lycie^ le caractère distinctif des langues indo-européennes.
C'est à ce complexe des groupes iranien, caucasien et phrygien, que vient se joindre la famille hellénique. Les Grecs eux-mêmes devinèrent le lien de parenté qui les rattacha jadis aux natiQns orientales. Nous avons dans le Cratyle de Platon un passage où il parle de l'affinité de l'idiome des Hellènes avec celui de la Phrygie. D'autre part, les Grecs étanl pendant un siècle et demi en contact avec les Perses, devaient s'étonner de la coïncidence frappante que révélaient tant de mots usités; ils ne pouvaient ignorer que mâtar répondait à leur [xitiQp, mère; dukhtar à leur Ouyotiqp, fille. Quand les Perses prononçaient leur daddmiy,îe donne, les Grecs devaient ^e souvenir de leur mot ^i^ti^x. En s'informant, en premier lieu, comme toutes les nations lé font, des noias de nombres de leurs voisins, est-il présumable qu'ils n'aient pas constaté la coïncidence de dvau et de S6«i, deux, dé thraya et de Tpeîç, trois, de catvâra et de TéTTape(;, quatre, de hapta et de ki^xa^ sept, et ainsi de suite? L'esprit Vulgaire, porté qu'il est à l'exagération, a même dû grossir Fimportance de ces rapprochements, ainsi que nous nous souvenons d'avoir entendu émettre l'opinion absurde que les Persans et les Allemands s'entendent, hypothèse que l'on fondait sur le son presque égal d'un certain nombre d'expressions.
Les idiomes celtiques se rattachent également à ce complexe, différent des groupes tfatigti^, sannate ei germanique, dont Tensemble se rapproche, sous beaucoup de points, des idiomes de l'Inde. La première de ces souches, que nous désignons par le nom àHtalique, et qui comprenait jadis les lan* gués éteintes de l'Italie, celles des Ombriens, des Osques, des Samnites, comme le latin, qui dut les absorber toutes, est parvenue, par la grandeur d'une seule ville, à jouer un des plus grands rôles dans l'histoire de L'humanité. Je puis me dispenser ici de parler plus longuement de la langue des Romains et des idiomes néo-latins; mais je dois combattre une ancienne opinion, abandonnée aujourd'hui : à savoir que le latin était une simple dérivation du grec. La philologie comparée nous enseigne, au contraire, que, dans beaucoup de cas, l'idiome de l'Italie a conservé des formes plus antiques et plus rapprochées du langage primitif des Aryas que ne le sont les formes fournies par les dialectes grecs les plus anciens. Sous plus d'un point de vue, le latin, en se séparant du grec, se rattache directement au sanscrit, au goth, à l'ancien allemand et au lithuanien.
L'idiome que je viens de nommer en dernier lieu appartient à la famille sarmate qui renferme la branche des langues slaves, et ensuite le rameau baltique. Celui-ci, quoique assez voisin de la première, s'en distingue par sa plus grande affinité avec les langues asiatiques, et lui seul a quelquefois conservé l'antique forme arienne. Cette branche intéressante comprend en dehors du lithuanien et de sa défiguration le lettique, la langue des anciens habitants de la Prusse, éteinte depuis quelques siècles. Le borussiqtief car nous pouvons l'appeler ainsi, ne tint pas longtemps contre la civilisation germanique, qui trouva en Prusse une des plus opiniâtres résistances dont l'histoire ait conservé le souvenir. Le 13* siècle fut témoin d'une lutte terrible de 5Hans,par laquelle les chevaliers teutoniques vainquirent à la fin ces peuplades connues déjà aux Phéniciens, et dont l'extermination complète inspirerait peu de regrets, si leur langue, sonore et sœur ressemblante du sanscrit, ne nous rendait pas moins sévères pour leur héroïque férocité.
En dehors des langues grecque et ladne, ce sont certes les idiomes germaniques qui forment un des ensembles les plus importants de la famille îndo-germanique. La langue française même n'a pas échappé à Tinfluence des Francs, qui ont valu à la France son nom. Faudra-t-il parler des nations gothiques, Scandinaves, saxonnes, anglo-saxonnes, teuloniques, qui ont joué et jouent encore de grands rôles dans l'histoire? Pour l'explication de la grammaire sanscrite, il ne sera souvent pas inutile de comparer les formes analogues que nous fournissent les idiomes germaniques.
Occupons-nous brièvement du dernier membre de cette grande chaîne de peuples qui, lui également, ne devra pas être indifférent aux descendants des Gaulois. Les Celtes ^ dont les débris se trouvent dans l'Àrmorique, en Irlande, en Ecosse, et dans le pays de Galles, ont du successivement succomber, et cèdent encore devant le génie envahissant des Néo-latins et des Saxons. Autrefois ils peuplaient la Gaule> même une partie de l'Espagne, la Grande-Bretagne et l'Irlande ; ils firent trembler Rome, la Grèce et l'Asie mineure. Les langues celtiques se rattachent au sanscrit, mais elles ont avec lui un rapport plus éloigné : furent-elles donc parlées par des populations qui les premières se détachèrent de la souche commune, et surtout de cette partie dont plus tard sortirent les Indiens.
Après eux, ce fut le tour du complexe germano-sarmatoitalique qui abandonna les peuples frères : après celui-ci le groupe phry go-hellénique se sépara > laissant les contrées primitives des Aryas aux Iraniens et aux Brahmans. Les uns fondirent sur la Perse, ou ils subjuguèrent les Aborigè* nés touranieus, désignés par les Grecs sous le nom de Kephènes, les autres conquirent l'Inde, alors occupée par les populations dravidiques, également touraniennes.
Nous sommes donc arrivés à la soucfie indienne^ dont Tantique langage, le sanscrit^ fera l'objet de ce cours.
Le nom de cette langue, sanskrtâ, vient de là préposition sam (grec cuv, lai. cum)^ et le verbe Ar, faire (cer^ cre^ créer, faire.) Etymologiquement le nom correspond exactement au latin concretus (concret), et à la signification de parfait, con-
sommé. Si im nom d*idiome est mérité» c'est celufci. Elle est, certes, une des plus antiques parmi les langues indo-^ européeanes ; mais encore ici nous ferons la guerre à Ter-reur qui représente la langue sanscrite, comme la mère d^ nos idiomes modernesi Elle n'en est pas la mère, elle 6a est la tonte: elle vient comme eux d'une source commune, doajt elle a même quelquefois gardé la physionomie primitive moins fidèleméat que les paysans du Limousin ou de la Saxe. M'éanmoîiis, dans la grande majorité des cas, elle rend plus soigneusement l'image .de l'antique langue, et c'est là ce qui fait pour nous son principal titre.
Le sanscrit nous est connu dans deux formes. La première, plus ancienne, et d'une haute importance à cause de soq antiquité même, est ridiôme dans lequel sont rédigés les hymnes saorés, contenu^ dans leis Vidas, ce qui 9 valu à c^ dialecte d'être nommé védique. Le mot de v$4a signifia science, connaissance^ et vient de la racine m'd, voir, savoir, le latin md, le grec FIÂ. en slave vjed^ le germanique mf (tuissen en allemand). Le plus ancien des quatre Védas e$t le Rigvêda/ une collection d'hymnes; les autres sont le Yadjurvêda, qui traite des sacrifices, le Samavêda^ qui contient des chants qui en partie se retrouvent dans le Rigvêd^t et le quatrième, le plus récent de tous, VAtharvavêda.
La langue des Yédas diffère du sanscrit classique ou plus moderne, à peu près comme le grec d'Homère de celui de de Xénophon, s'il nous est permis de procéder par analogie. 11 est prouvé que les Yédas sont, et de beaucoup, antérieurs aux écrits les plus anciens du sanscrjt classique, dont l'âge ne dépasse pas lé S*" siècle avant l'ère vulgaire. Constatons ici une lacune à laquelle nous faisions allusion au début; nous n'avons aucune donnée chronologique sur la littérature sanscrite. L'œuvre d'histoire la plus considérable ne date que du moyen âge, et ne traite que de Kàçmîra^ le Kachroirl Mais que s'est-il donc passé, pendant lès mille ans qui séparent la rédaction des Yédas des premiers ouvrages du sanscrit classique, à savoir : des Lois de Manou, la Grammaire de Paninif les épopées du Ratnéyana et du Uahabhà^ rata?
Dans le â^ siècle avant rare chrétieiifie» ma graod réfor^ mateur surgit dans rinde> et menaça de détruire de fond en comble la religion des Brahmanes. Toute la presqu'île d'ilryavarra devint bouddhiste, et cette réforme eut le dessus sur l'antique croyance des Vêdas jusqu'au 3^siècle. Les adorateurs de Bouddha n'adoptèrent pas même le sanscrit comme langue sacrée, mais choisirent une défiguration de ce bel idiome, connu sous le nom de palu L'époque de la plus grande puissance du Bouddhisme tombe vers ie miliea du S" siècle ; cette splendeur est attestée par les inscriptioiis taillées dans les rocs et portant le nom du roi AçôMa^ le petit* fils de Tchaitdragrupta ou SfmdroaotUtë^ comme les Grecs l'appellent. Mais la civilisation brahmanique l'emporta bien^ tôt; une guerre d'extermination commença» laquelle se trouve assez énergiquement dépeinte dans les deux versets suivants» d'une certaine actualité :
Âsêlôr âtushârâdrér Bhauddhànân vrddiiablllakam
Na haDti yah sa hantavyô bhrtyâs ity aovaçân nrpah.
« A partir du pont (de Ceylan) jitsqu'aux montagnes de » glaces» soit massacré qui ne massacre p^s le vieillard et i> l'enfant des Bouddhistes 1 Ainsi le roi ordonne à ses ser-r » viteurs. »
Le Bouddhisme déclina» et c'est alors quelalangne védique» changée dans sa forme, devint sanscrit classique* C'est dans ■ce dialecte que sont écrits tous les livrer» excepté les quatre Yédas proprement dits. Nous citons les traités théologiques connus sous le nom d'Oûpanichad (de upa, Oic^, nij in et W» fô, sedere» on suHnsessioneà, explications). Viennent en^ suite les quatre Upavêdas^on Yédas inférieurs» et corollaires (littr» membres du Véda) ou Yêdéngas.
La littérature classique a ensuite un trésor de poèmes lyriques» épiques et dramatiques. Vous connaissez les noms des grandes épopées» le Râmayana et le Mahabhdrata. Le premier raconte le rapt de Sltâ» Tépouse de Ràma» par le géant Ràvana» son enlèvement à Lanka (Hle de Ceylan)» i,^ victoire de l'époux outragé» la conflagration delà ville de Lanka, et la réinstallation de Sitâ» CeUe épopée» qui se
compose de sept chants, et dont le sujet a quelqu'analogie avec rilîade, date à peu près du temps du premier déclin du Bouddhisme. Tandis que les vertus brahmaniques y sont exaltées, on trouve une sortie violente contre le Bouddha athée, source de toutes les calamités qui frappèrent l'Inde à cette époque.
La seconde épopée, le Mahabhârata^ renferme dix-sept chants, et rend compte de la guerre des Pândavas et des Kau^ ravas. La masse énorme de cette œuvre ressortira aux yeux de mes auditeurs quand ils sauront que des épopées entières de la longueur de la Henriade s'y trouvent intercalées comme de simples épisodes. Tel est l'histoire de Nalas et de Damayanti, connu par les travaux de M. de Lamartine, l'épisode de Sakountalâ, celui du poème épique désigné sous le nom de Bhagavadgitaf et beaucoup d'autres que nous ne pouvons pas énumérer ici.
En dehors de la poésie épique, l'Inde antique a une riche littérature dramatique, d'une valeur sans doute bien inégale. A côté des beautés les plus remarquables qui ne dépareraient aucune littérature, il y a des pièces d'une platitude frivole. Vous connaissez, Messieurs, le plus ancien de ces drames, datant du commencement du second siècle avant J.-C, contemporain d'Annibal, le Mrcchakati^ le Chariot de Venr fanty que l'imitation de Gérard de Nerval a naturalisé en France. Je n'ai pas besoin. Messieurs, de vous exposer le sujet du drame de Sakountalâ^ qui a revêtu une forme française sous la plume élégante de de Chezy. Cette pièce est l'œuvre du plus grand poêle de l'Inde, JBCaticia^a, vivant sous le règne de Vikramàditya^ roi de Afdtoa, contemporain d'Auguste, monarque auquel la tradition indienne donne le même rôle de protecteur des lettres, attribué à l'empereur Romain.
Le temps me manque, Messieurs, pour poursuivre davantage cet aperçu. D'ailleurs ce n'est pas ici le lieu de faire un cours de littérature. En laissant de côté la riche collection de livres philosophiques, juridiques, astronomiques, mathématiques^ médicaux, souvenons-nous surtout de notre rôle de grammairien, pour constater que la grammaire indienne es t, de toutes les branches littéraires, celle qui fait le plus d'honneur
à l'esprit des anciens Hindous. Quoique souvent subtils dans leurs distinctions» les Brahmanes ont apporté, dans leurs œuvres grammaticales, un génie particulier qui excite l'admiration de tous ceux qui s'en sont occupés. Aussi les Indiens placèrent-ils la science de la grammaire plus haut que nous ne pouvons le faire. Les Sûtras ou règles de Pdnini ont rang de livre sacré, et ils méritent presque, dans leur spécialité, un honneur qui nous parait ridicule.
Mais la langue sanscrite ne tarda pas à s'altérer, et dans les drames les plus anciens les femmes ne parlent déjà plus l'idiome des Brahmanes, mais se servent de dialectes populaires dont le plus usité s'appelle Prâkrit (de prakrti procreatio, natura, d'où se forme le mot prâkrtaj indigène, homme vulgaire). De ce prâkrit sont dérivées les langues modernes de l'Inde septentrionale, qui, dans leur dégénérescence, rappellent encore les nobles traits de leur mère. Parmi ces dialectes, je nomme le hindi, le hindoui, et surtout l'Atndoustani^ dont je recommande comme très-importante l'étude à mes auditeurs.
Car, tout en analysant la grammaire ancienne, je ne peux pas négliger les rapports que le sanscrit a avec les idiomes sortis de son sein; ces langues modernes montrent une altération analogue à celle que nous constatons chez la langue des Romains dans sa transformation en langues néo-latines.
Je me renfermerai, dans ce cours, dans les limites de l'enseignement grammatical; après avoir parcouru ensemble aussi rapidement que possible la grammaire sanscrite, nou expliquerons ensemble des morceaux faciles, en les accompagnant à chaque pas, à chaque mot, à chaque lettre, de l'analyse la plus rigoureuse. Je tâcherai. Messieurs, d'être clair avant tout. Que ceux d'entre vous qui sont déjà initiés aux premiers éléments excusent la teneur trop rudimentaire de ce cours, en faveur de ceux qui ne savent pas encore et qui veulent apprendre. Il n'est pas difficile, avec les secours de la science moderne, d'étaler beaucoup de savoir : à l'aide des livres on peut paraître, du jour au lendemain, muni d'une érudition éblouissante. Mais mon désir n'est pas de briller, mais d'être utile.
Voés anssi/YOus avez d^s difficultés à vaincre, mais vous •IrouY^nrez ea vous ia :fof ce de les «urmonter^ et je prends la (ëberlé de vous ciier une stance sanscrite tirée d'une pièce wmmée Mmdra R^hasa^ le Sc^an du ministre, et qni a bien son adHalité :
Prârabbyatê na khalu vighnabayêna nicaih Prârabhya vi|fhirayibatâ vnramaDti maldhyâh Vighnaih sahasraguoitaii^ api hany<iniânâ Prârabdhaoi uttamagnnUi Da parityaganti.
Il Redoutant les difficultés, les gens futiles ne coiiamencent » pas du toot; après avoir commencé Jes hommes médiocres» .)>, atterrés par les obstacles, se lassent. Les hommes supé- ^) rieurs seuls n'abandonnent pas leur œuvre, quand même p eUe- serait hérissée de mille difficultés ! »