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aspect et des propriétés très différents. La différence dans l’action chimique, invoquée par Behring ne peut non plus tenir, pensons-nous, Contre nos expériences sur ce point.
Nous ne voulons point reproduire ici toutes les pièces d'un procès que nous considérons comme définitivement jugé. La question a été si souvent traitée et si complètement, que nous croyons inutile d’en rapporter en détail l'historique. Les traités classiques ont, jusqu'ici, tous reproduit l'opinion des auteurs qui veulent voir des espèces différentes dans le streptocoque du pus : celui de l’érysipèle, de la fièvre puerpérale, des affections pseudomembraneuses, celui de la bouche, du duodénum, etc. Les deux espèces capitales, le séreptocuccus pyogenes et streptococcus erysipelatis ont été l’objet des descriptions séparées de Macé, de Fluegge, de Baumgarten, de Fraenkel, conformément à l'opinion de Rosenbach, Fehleisen, Hoffer, Babès, Hajek, Tricomi, Pavlowsky, ete., etc.
D'un autre côté, le courant s’est établi ayant tendance à considérer ces différents streptocoques comme identiques, et, là aussi, les travaux bons ou mauvais abondent. Passet, Biondi se sont, dès le début, posés comme partisans de l’identité. Puis, en 1887, les autorités de Guttmann, Eiselberg, Noorden, vinrent appuyer cette opinion.
Les travaux de Winckel, Doyen, Widal, Cornil, etc., établirent sur des bases solides, l'identité du streptocoque de l’érysipèle avec celui du pus et de la fièvre puerpérale. Verneuil et Clado, Gars y ajoutèrent l'agent de la lymphangite, Janot celui du phlegmon diffus. Frankel (de Hambourg) consacra un remarquable article du Centralblatt für Bacteriologie à la démonstration de cette identité des différents microorganismes. Enfin, au cours de travaux ayant un autre but, de nombreux expérimentateurs, entre autres Leinhartz, Gessner, Roger, apportèrent des documents intéressants sur la question.
Nous croyons que tous les auteurs qui ont écrit sur ce point ont raison, chacun dans leur sens, et que leurs
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expériences peuvent, jusqu'à un certain point, expliquer la diversité des interprétations. L'erreur qui en à probablement égaré beaucoup, porte principalement, croyonsnous, sur le diagnostic de l'érysipèle expérimental, sur lequel nous aurons à revenir et dont on a certainement abusé.
Pour nous, nous avons acquis la conviction que les différents streptocoques décrits constituent, non pas des espèces, mais des variétés d’une même espèce. Ces variétés sont très instables; aussi est-il facile, jusqu’à un certain point, de les transformer et de les ramener lés unes aux autres. C’est ce que nous avons, expérimentalement, réussi à faire.
La virulence du streptocoque n’est pas une propriété homogène, elle est le résultat d’un certain nombre de qualités que peut acquérir le microbe, en vivant dans certaines conditions. Une fois hors de ces conditions, il peut transmettre ces qualités à un certain nombre de générations, en les perdant peu à peu, jusqu’à complète disparition. Il est extrêmement difficile, croyons-nous, d’après nos expériences, de conserver un streptocoque de virulence fixe, car il nous a semblé que toutes les variétés ont une certaine tendance à perdre leur virulence sur les milieux habituels. M. Roger prétend, néanmoins, avoir conservé sur sérum du streptocoque de l’érysipèle qui, au bout d’un an, possédait encore toutes ses qualités. La chose est possible, quoique nous ne l’ayions pu réaliser ; car il est facile de comprendre qu’il puisse exister une combinaison, en parties égales, des causes qui exaltent et des causes qui diminuent la virulence.
La difficulté dans l'étude de la virulence du streptocoque ne provient pas seulement du peu de fixité de cette propriété, mais encore de la variabilité du critérium d’après laquelle on peut la juger. En effet, sans compter les différences énormes qui existent entre la réceptivité des différentes espèces de laboratoire, sur lesquelles nous allons
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revenir, on constate sur des animaux également sains, des variations considérables vis-à-vis la même semence. Néanmoins, d’une manière générale, on peut dire que dans les expériences sur le streptocoque, le lapin est l’animal dont le choix s'impose, c’est le seul chez lequel on puisse suivre, d’une manière bien nette, toute la gamme des accidents que peut produire le microorganisme sur l'homme. L’'affection la plus grave et qui indique l’existence d’une grande exaltation de la virulence streptococcique est la septicémie sanguine, généralisée sans accident local au point d'inoculation; puis, en descendant, on trouve l'existence d'une septicémie mortelle, consécutive à un accident local plus ou moins marqué, puis, l’érysipèle localisé, et enfin, l’abeès local sous-cutané, la panophtalmite par inoculation dans la chambre antérieure de l’œil, la simple rougeur sous-cutanée, qui peut-être de moins en moins marquée. Dans certains cas, enfin, la virulence peut être complètement disparue et l’inoculation n’amener aucune réaction locale n1 générale.
Étudions maintenant séparément ces diverses affections expérimentales.
La septicémie suraiguë peut être obtenue de deux manières : soit par inoculation sous-cutanée, soit par injection dans la voie sanguine; suivant le procédé opératoire, sa signification est fort différente. En effet, la pénétration etle développement rapide du streptocoque dans le système sanguin après son introduction dans les espaces con- Jonctifs, indique une virulence énorme que l’on trouve rarement dans les cultures; aussi, pour l'obtenir, vaut-il mieux injecter directement le sang ou le pus dont on veut expérimenter la virulence, en s’assurant, par les lamelles et les plaques, que le streptocoque s’y trouve bien à l’état de pureté. En opérant ainsi, on peut voir la mort survenir en vingt-quatre ou trente-six heures, le lapin se pelotonne, hérissé, dans un coin de sa cage, respirant fréquemment et avec difficulté. Une diarrhée abondante sur-
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vient, puis l'animal tombe étendu sur le côté et meurt.
Lorsque, au contraire, on a injecté dans les veines de l'animal une culture pure de streptocoque, on peut voir également apparaître des accidents septicémiques, si l’on a employé de fortes doses (2 ou 3 centimètres cubes de dépôt), et si le microbe jouit d'une virulence relativement élevée, étant susceptible de donner facilement du pus. La mort ne survient que trois ou quatre jours après l’inoculation, mais on ne trouve nulle part de lésion locale. Le streptocoque que l’on rencontre en abondance dans les organes, semble avoir exalté sa virulence par ce passage, ainsi que l’ont démontré les premiers MM. Chantemesse et Widal. Le sang de cet animal, et même ses premières cultures, sont susceptibles de produire la première forme en les inoculant à un autre animal.
Mais la mort peut ne pas survenir aussi rapidement et le développement du microbe dans le tissu conjonctif donner lieu à un accident local plus ou moins important, suivant la durée de la maladie totale. Là, nous devons noter une petite différence, suivant les races de streptocoques: Dans certains cas, et sans que l’on puisse facilement en préjuger, d’après l’origine même du streptocoque, on voit apparaître au point d'inoculation un érysipèle typique, qui ne survient souvent que vingt-quatre ou trente-six heures après l’inoculation. Dans d’autres, l'accident local est constitué par une infiltration diffuse purulente, avec gangrène du tissu conjonctif, en tout semblable au phlegmon diffus de l’homme ; la mort survient rapidement, et 1 on trouve un streptocoque très virulent dans le sang. On peut invoquer cette diversité d’allures, pour démontrer la proche parenté qui unit l'érysipèle au phlegmon diffus. Ce pouvoir de donner lieu à une suppuration diffuse grave ne nous semble appartenir uniquement ni au terrain, ni au microbe, étant donnée l’inconstance de nos résultats, mais semble provenir des deux à la fois.
Nous arrivons maintenant à la description de l’érysipèle
expérimental, dont les caractères, insuffisamment indiqués, ont élé certainement la source de bien des erreurs.
Les signes physiques le rapprochent davantage de l'érysipèle du cuir chevelu de l’homme que de celui de n'importe quelle partie du corps. Aussi, faut-il se défier de la rougeur érysipélateuse de l'oreille du lapin, dont on a tant abusé. L'oreille, siège de l’érysipèle, est au contraire exceptionnellement rouge, le plus souvent elle a plutôt un aspect légèrement bleuté. Le signe, non pas pathognomonique, mais sine qud non, qui permet l'affirmation de la nature érysipélateuse de la lésion, est la chute de l'oreille, qui tombe sur le côté, immobile et traîne presque à terre; elle est en même temps tuméfiée et chaude. Avant que l'oreille ne soit envahie dans sa totalité, on constate l'existence d’un bourrelet bien net, sensible à la vue et au doigt. Il est donc impossible, lorsqu'on a vu une fois cet aspect, de confondre, comme certains observateurs l’ont certainement fait, l’érysipèle avec la rougeur érythémateuse qui semble être le minimum de réaction de l'organisme vis-à-vis du streptocoque.
Les abcès circonscrits de l'oreille du lapin sont, en général, précédés d’un petit noyau d’induration, puis les poils qui recouvrent la partie malade tombent et l’abcès s'ouvre spontanément au dehors, quelquefois au bout d’un temps assez long. Dans certains cas, il peut amener, en s'étendant excentriquement; de vastes décollements sans produire de réaction générale; cela s’observe principalement lorsque l’abèès siège vers la base de l'oreille, au voisinage du tissu cellulaire lâche qui double partout ailleurs la peau de l'animal. Cet aspect rappelle assez cliniquement celui des abcès progressifs décrits par Koch. Lorsqu'au contraire l’abcès reste circonscrit, son contenu est presque sec, pâteux, rappelant plutôt l'aspect des produits caséeux que celui du pus de l’homme.
Si l'injection dans le tissu cellulaire sous-cutané de l'oreille ne produit pas d’abcès, il ne faut pas en conclure
à l'innocuité complète du streptocoque expérimenté. Si, en effet, on introduit dans la chambre antérieure d’un lapin quelques gouttes d'une culture ne donnant rien dans le tissu conjonctif et même rien dans le péritoine, on voi fréquemment se développer d’abord un hypopyon abondant, bientôt suivi d’une panophtalmite qui amène rapidement la fonte purulente de [l’œil. Ces accidents restent toujours localisés.
Enfin, la réaction minima que puisse amener le streptocoque inoculé sous la peau de l'oreille, est la simple rougeur par ectasie capillaire. Cette rougeur s'accompagne toujours d’un peu d'augmentation de chaleur et de volume, mais ne va jamais Jusqu'à produire la chute de l'oreille. Elle ne doit donc pas être confondue avec l'érysipèle expérimental, qui indique une virulence plus élevée, l’abcès local, qui est la lésion la plus fréquemment obtenue dans l’inoculation des cultures élevant entre ces deux affections une barrière absolue.
Il arrive enfin fréquemment que cette rougeur ellemême n'apparaît pas après l’inoculation et que la réaction organique est complètement nulle. Les races provenant d’une longue éducation sur les milieux tels que l’agar, le bouillon de veau, l'eau de touraillons, les cultures obtenues avec le streptocoque de la bouche d’un individu sain, donnent fréquemment ce résultat négatif. Il ne s’agit pourtant pas d’espèces particulières, car, même tombée aussi bas, leur virulence peut être récupérée dans sa totalité.
Les maladies expérimentales provoquées chez les autres animaux sont moins importantes. Les cobayes et les souris blanches, qui sont les plus usités, présentent quelques particularités intéressantes.
Chez le cobaye, l’inoculation du streptocoque ne donne jamais lieu à la gamme de maladies que nous avons étudiées chez le lapin. Les streptocoques doués d’une certaine virulence ont seuls une action sur lui et amènent rapidement une septicémie mortelle, sans accident local, ou seulement
un peu d'ædème au point d’inoculation et sur le trajet des lymphatiques qui en partent. Pour arriver à ce résultat, 1l vaut mieux employer les liquides eux-mêmes (pus ou sang) que leurs cultures. La mort peut être très rapide et survenir en douze heures. A l’autopsie, on trouve quelquefois des lésions viscérales, telles que: épanchement péricardique, inflammation parenchymateuse des parois utérines, ete. Le streptocoque du sang est, dans ce cas-là, d’une extrème virulence, ainsi que nous en avons fait une fois involontairement l'expérience sur nous-même.
Dans les autres cas, au contraire, l'effet de l’inoculation est absolument nul, et jamais nous n'avons pu produire chez le cobaye, à l’aide du streptocoque, ni érysipèle, ni abcès circonscrit. Le cobaye est donc un très mauvais réactif pour l'étude de ce microbe.
La souris blanche n’est guère meilleure pour étudier la virulence du streptocoque vis-à-vis de l’homme. L’inoculation n’a souvent sur elle aucun résultat. Néanmoins, on obtient assez fréquemment un abcès local qui peut guérir. Avec un microbe plus virulent, on peut produire une lésion mortelle que les auteurs comparent à l’érysipèle, bien qu'il ne s’en rapproche que de fort loin. Il se produit, en effet, un décollement de la peau par une sérosité sanguinolente ou quelquefois purulente. Les poils qui recouvrent cette partie de la peau perdent leur brillant et se collent les uns aux autres, humectés par le liquide qui transsude à ce niveau. La souris se hérisse, se laisse prendre par la queue sans faire le moindre mouvement; ses yeux sont souvent le siège d'une conjoncetivite purulente, et elle meurt cinq à huit jours après l’inoculation. |
Enfin, dans certains cas, elle meurt au bout de vingtquatre heures, d'une véritable seplicémie. Néanmoins, la production de cette mort rapide ne préjuge nullement de sa virulence vis-à-vis de l’homme ou du lapin. On la produit très exceptionnellement et sans raison apparente avec des cultures provenant d’une semence d’origine humaine.
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Mais, par un ou deux passages sur la souris, on obtient un streptocoque la provoquant à coup sûr. Les cultures d'un microbe n'ayant donné lieu qu'à un simple abcès lors de la première inoculation, amènent la mort vingt-quatre heures après un repiquage. Inoculées au lapin, les mèmes cultures ne donnent même pas lieu à de la rougeur.
On voit, par cet exemple, combien est complexe le problème de la virulence et combien il faut se garder, en pratique, de généraliser trop rapidement d'un microbe à un autre vis-à-vis le mème animal réactif, ou d’une espèce animale à une autre vis-à-vis le même microbe.
Le lapin nous ayant paru de beaucoup l'animal le plus commode, nous n'insisterons pas sur son action chez le chien, chez lequel il produit quelquefois des abcès sanguinolents, chez les différents oiseaux, vis-à-vis desquels il se montre inoffensif. Nous l’avons également expérimenté sur de jeunes tanches chez lesquelles le streptocoque amène la production d’une péritonite hémorragique mortelle.
Tels sont nos moyens de constater la virulence d’un streptocoque donné. Nous pouvons maintenant étudier quelles sont les causes qui semblent influer sur l’éclosion ou la disparition de cette propriété pathogène.
Pour cela nous nous placerons dans les conditions les plus ordinaires. Prenant une culture sur bouillon de bœuf provenant de l’ensemencement d’un sang septicémique, nous constaterons d’abord que dès le premier jour, le pouvoir pathogène de la culture est un peu inférieur à celui du sang lui-même directement inoculé. Cet écart peut être même parfois assez considérable, sans que l’on puisse incriminer le moins du monde la technique suivie. En tous cas, cette différence a toujours lieu dans le même sens, et jamais nous n'avons obtenu artificiellement de cultures plus virulentes que la première semence elle-même.
Peu à peu, l’action pathogène diminue d'autant plus rapidement qu’elle est primitivement d’un ordre moins élevé et l’on a bientôt plus qu’un streptocoque capable,
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tout au plus, de donner lieu à un abcès local, après avoir passé par les autres degrés de l'échelle et y avoir séjourné plus ou moins longtemps.
Si l’on examine la réaction du bouillon, alors que le microbe a dépouillé la propriété de donner lieu à la scepticémie ou à l’érysipèle, on trouvera qu’elle est toujours acide. Quel que soit le rapport de cause à effet qui unisse ces deux faits, acidité de la culture et perte de la virulence, ce rapportnous a semblé constant. On peut affirmer encore mieux pour la virulence que pour la vitalité, qu'une culture acide de streptocoque a perdu une partie de ses propriétés pathogènes. Inversement, un streptocoque provenant d’une lésion bénigne, suppuration localisée, panophtalmite, acidiefiera beaucoup plus vite le milieu qu'un streptocoque plus élevé dans l'échelle de virulence. Mais, dans ce dernier cas, le streptocoque pourra, tout en dépouillant peu à peu sa virulence, à partir du moment de changement de réaction, supporter bien mieux l'acidité et la pousser beaucoup plus loin. Ce sont là de simples faits de constatation expérimentale, dont nous ne pouvons ni découvrir les causes intimes, ni prévoir les conséquences théoriques possibles, à moins de ne nous laisser entraîner dans des hypothèses insuffisamment appuyées.
En dehors de cette acidité dont nous avons déjà noté l'influence sur la vitalité du streptocoque, il existe dans les cultures d’autres moyens d’atténuation, dont la cause prochaine est encore plus difficile à saisir. La composition du bouillon employé joue, en effet, un grand rôle. L’eau de touraillons neutralisée, préconisée par Gabriel Roux, donne par exemple des cultures d'une grande puissance végétative, mais d'une virulence presque nulle. Il n’est pas jusqu’à la différence de viande ayant servi à la confection du bouillon qui n’amène dans les cultures des différences de virulence remarquables. M. Chauveau {et nous avons pu le constater nous-même) avait déjà remarqué que le streptocoque perdait sa virulence sur le bouillon de veau
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et la conservait, au contraire, sur le bouillon de bœuf. C'est du reste ce milieu qui, de tous ceux que nous avons expérimentés, nous a donné les meilleurs résultats. L'adjonction de quelques centièmes de glycérine semble aider à la conservation de la virulence. La gélatine, au contraire, qui augmente notablement la durée de la vitalité, semble plutôt nuire à la virulence.
Mais la distance qui sépare les différents bouillons animaux est encore assez grande, moins à l'analyse chimique qu’à leurs caractères de coloration et surtout d'odeur et de sapidité, si on la compare à la différence qui existe entre le sérum d’un animal vacciné par une inoculation antérieure et celui d'un animal ordinaire. Or, les propriétés physiologiques différentes de ces deux sérums sont suffisantes pour que le streptocoque, se développant également bien sur les deux, dépouille complètement sa virulence dans les cultures sur le sérum de l'animal vacciné.
Telles sont, du moins, les conclusions auxquelles est arrivé M. Roger. Étant données la brièveté et l'inégalité de la période d’immunité acquise par les lapins à la suite d’un érysipèle guéri, nous ne deyons pas trop nous étonner d’avoir en vain cherché à reproduire ces expériences.
En général, on peut du reste affirmer que, conformément aux recherches de cet auteur, c'est dans le sérum sanguin qu'il faut cultiver le streptocoque dont on veut conserver la virulence. On peut, en effet, arrèter le streptocoque à chaque degré de l'échelle de virulence et obtenir des races d’une puissance pathogène qui reste sensiblement la même pendant un certain nombre de repiquages. Il y a là une sorte de fixation passagère des propriétés, qui peut excuser jusqu'à un certain point la création d'espèces différentes, bien que cette fixation soit liée uniquement à l’action du milieu de culture.
Néanmoins, nous avons toujours vu cette virulence diminuer peu à peu dans ces repiquages successifs sur
sérum. Il est done probable que tous les sérums ne jouis-
sent pas des mêmes propriétés. Nous n'avons expérimenté que le sérum pleurétique et le sérum sanguin du cheval recueilli aseptiquement et conserve sans aucune espèce de préparation. Il est probable que le sérum dont s’est servi M. Roger dans ses expériences, possédait des qualités conservatrices meilleures, puisqu'il a pu maintenir cette virulence fixée pendant près d’un an.
L'influence de l'oxygène de l'air doit être également invoquée comme une des causes des variations descendantes du streptocoque; aussi, vaut-il mieux conserver les cultures dans le vide, ou en présence d’un gaz inerte.
Quant à l’action de la chaleur, si active sur les cultures du charbon, nous n'avons pu déterminer au juste son rôle vis-à-vis le streptocoque. Nous avons, néanmoins, fait une remarque intéressante, en ce qu'elle se rapproche du fait constaté par Roux et Yersin pour le bacille de la diphtérie, à savoir, que les streptocoques très virulents, se développent beaucoup mieux à l’étuve à 35 degrés, qu’à la température ordinaire, alors que les cultures de laboratoire ou de microbes du pus s’accommodent fort bien de cette dernière.
Le streptocoque est très sensible aux antiseptiques et l’adjonction du sublimé, d'acide phénique, etc., etc., empêche, même à faible dose, son développement, ce qui rend difficile la recherche de leur action sur la virulence. Du reste, ces expériences, sur les antiseptiques in vitro n’ont qu'un intérêt théorique restreint et les conclusions du laboratoire ne peuvent se généraliser que rarement à la pratique de l'antisepsie humaine, étant donnée surtout la prépondérance de l’asepsie. Le problème devient, en effet, tellement complexe, que l’on ne peut regarder en ce moment la pratique de l’antisepsie comme une science relevant directement de l’expérimentation.
Telles sont les différentes causes qui agissent sur le streptocoque et lui font parcourir la gamme descendante de sa virulence: mais il est susceptible de suivre une marche
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inverse et de récupérer cette propriété perdue. La connaissance des causes qui agissent ainsi a une importance capitale au point de vue de l'hygiène; car, si le streptocoque peut, dans certaines conditions, acquérir spontanément et en dehors de l'organisme, une virulence suffisante pour provoquer chez l'homme des maladies telles que l’érysipèle, la fièvre puerpérale, la broncho-pneumonie, etc., il ne suffira plus, en pratique, de se protéger contre la contagion, mais encore contre la transformation possible d’un microbe inoffensif et banal en une variété virulente.
Mais là, malheureusement, le problème expérimental est beaucoup plus difficile, parce que le streptocoque n’a aucune tendance naturelle à acquérir ces nouvelles propriétés, et les conditions nécessaires à la récupération de virulence, doivent certainement se produire dans des conditions exceptionnelles.
Et, d’abord, nous n’avons jamais pu, sur les milieux artificiels ordinaires, et malgré des repiquages fréquents, faire acquérir au streptocoque une virulence plus considérable que celle de la semence employée. Nous avons pu, en agissant ainsi, augmenter la vitalité du microbe et, par cela même, sa résistance, agir donc sur l'intensité du processus produit sur le lapin, mais jamais en modifier la nature. Néanmoins, vis-à-vis des expériences contraires de M. Roger, nous ferons ici la même restriction qu'à propos de la conservation de la virulence sur les milieux artificiels.
Le moyen habituellement employé pour relever la virulence du streptocoque, a été préconisé par MM. Chantemesse et Widal. Il consiste à faire produire de force sur le lapin une septicémie sanguine à un microbe qui en serait normalement incapable, et cela, en l’injectant à hautes doses dans les veines de l'oreille de l’animal. L'animal meurt, ainsi que nous l’avons vu plus haut, et les cultures donnent un streptocoque beaucoup plus virulent que celui qui avait été primitivement employé. Nous
avons expérimenté ce procédé, qui nous a donné des résullats inconstants, car nous n'avons réussi à exalter la virulence que deux fois sur trois, et encore, dans un cas, nous avons constaté dans le sang du lapin, autopsié au moment mème de la mort, la présence d’un autre microbe en volumineux diplocoques, introduit probablement spontanément par infection secondaire, car la culture que nous avions employée était absolument pure.
Nous avons, au contraire, réussi à produire expérimentalement et sur place une exaltation de la virulence du streptocoque, pouvant aller jusqu’à la septicémie sanguine inclusivement, en employant la méthode suivante, qui nous a donné des résultats constants :
On injecte dans une oreille de deux lapins, la gauche, par exemple, quelques millimètres cubes d’une culture pure de streptocoque que l’on sait peu virulente. En même temps, on injecte dans l’autre oreille d’un des lapins, un ou deux centimètres cubes de la culture d’un microbe anaérobie que nous avons isolé dans un cas de rhumatisme et qui communique une odeur fétide aux milieux sur lesquels on le cultive. Le lapin témoin n'aura qu’un peu de rougeur, alors que celui qui aura été inoculé aura une petite induration qui, si on la laisse évoluer simplement, aboutit à la formation d’un simple abcès. Si, au contraire, alors même que l'abcès est bien nettement formé, nous continuons nos injections ; nous voyons, au bout de douze heures, apparaître autour de lui une tuméfaction considérable, devenant bientôt un bourrelet érysi- -pélateux très net, qui envahit bientôt toute l'oreille et en amène la chute. Si on s'arrête là, l’érysipèle peut guérir, mais si l’on continue à pratiquer tous les jours les injections, l'animal meurt le troisième ou quatrième jour après l'apparition de l’érysipèle, et l’on trouve en abondance dans son sang un streptocope très virulent.
Nous voyons que nous avons ainsi un moyen de relever et de faire varier la virulence d’un streptocoque donné sur