SUR
A L'EXAMEN OPHTHALMOSCOPJQUE.
Nous nous proposons surtout d'exposer dans ce travail une niodificalionque nous avons essayé d'iniroiluire dans le mode d'éclairafje adopté pour l'examen ophtliahnoscopiqiie; mais nous ferons précéder cette exposition de quelques considérations sur la lumière envisagée en elle-même, et dans ses rapports avec l'organe de la vision. Ces considérations nous pcrme! Iront de donner plus de clarté à notre exposé, et de présenter des remarques nouvelles sur les causes de l'irritation lumineuse; elles nous ont semblé d'une certaine utilité pour le médecin qui est chargé de régler 1 hygiène oculaire des personnes atteintes d'affections des yeux.
On sait que lorsqu'un faisceau de rayons solaires tombe sur un prisme, ce faisceau se résout en une infinité de rayons de différentes couleurs. C'est l'expérience fondamentale par laquelle Newton établit, vers 1669, la véritable composition de la lumière blanche. Nous nous arrêterons un instant sur cette expérience pour y ajouter quelques remarques.
Les rayons solaires, L , tombent sur un volet, E; une portion de ces rayons pénètre [lar Touverlure, O, et traverse le prisme, P ; celuici les sépare et en opère comme une sorte de triage. Ces rayons sont reçus ensuite sur un tableau blanc, T, et viennent y former ce qu'on appelle le spectre solaire. Dans ce spectre, les rayons rouges occupent, comme on sait, la partie supérieure; au-dessous on remarque les rayons orangés, puis lies rayons jaunes, puis le vert, le bleu, l'indigo, et enfin le violet, qui se trouve à l'extrémité inférieure et à la limite du spectre visible.
Tous ces rayons colorés étaient contenus dans la lumière blanche ; le prisme, formé d'une substance incolore et très-pure (cristal ou flint) , n'a fait que les séparer. Au reste, Newton montra que si on réunit de nouveau tous les rayons du spectre au moyen d'une lentille, on reconstitue de la lumière blanche.
Fig. 1.
Rrgion rlfl la chaleur obscure*
! rouge , orangé, jaune, vert, bleu , indigo, TÎolet,
Rayons invisible» photogéniquej.
Cette composition complexe de la lumière solaire étant parfaitement établie , demandons-nous maintenant si les rayons colorés que l organe de la vue nous révèle dans le spectre sont les seuls qui y soient réellement contenus. Pour cela , interrogeons le spectre avec un thermomètre délicat et très-sensible, en promenant lentement cet instrument depuis le violet jusqu'au rouge. Dans le violet, nous reconnaîtrons des traces de chaleur très-sensibles, et même nous pourrons en constater au-dessous du violet, ce qui nous montre déjà qu'il existe des rayons calorifiques non lumineux, au delà de celte couleur. A partir du violet, la chaleur augmente jusqu'au rouge, et même, ce qui est très-remarquable, fort au-dessus. En-
fin, en continuani notre exploration dans les régions qui s'étendent au-dessus du rouge, nous reconnaîtrons la présence de rayons de chaleur dans la partie obscure à une distance du rouge presque égale à celle qui sépare le rouge du violet. Cette expérience si simple nous apprend donc que le soleil envoie, outre les rayons luiniiicux qui t'ormont la lumière blanche, un nombre considérable de rayons de chaleur obscure. Des mesures précises, prises à cet égard, ont montré en eUet que la radiation solaire contient plus de la moitié de rayons de chaleur obscure.
Si Ton examinait maintenant le spi'clre au point de vue photographique, c'est-à-dire au point de vue de son action sur les substances chimiques nnpressionnablcs, on reconnaîtrait que c'est vers sa parlie inlerieure, c'est-à-dire dans les rayons bleus, violets, et plus bas encore dans la portion invisible (qui est la région des rayons qu'on appelle ulira-violeis), que se trouve en général l'action photographique.
On voit, par cette analyse rapide, combien les rayons qui jouissent de la propriété d'exciter sur la rétine la sensation lumineuse sont en faible proportion parmi la totalité de ceux ([ue le soleil nous envoie; tandis qu'au contraire tous les rayons, qu'ils soient obscurs, lumineux ou photographiques, jouissent de la propriété calorifique qui parait être leur attribut inséparable.
Abordons maintenant le côté physiologique de la question.
Supposons que nous ayons enlevé le tableau blanc sur lequel le spectre solaire se projetait dans notre expérience, et qu'une personne se place de manière à recevoir successivement dans l'œil les rayons de diverses couleurs. On remarquera que lorsque son (vil sera plongé dans le bleu ou le vert, il n'éprouvera aucune faligue, et qu'en même temps la pupille se maintiendra largement dilatée; mais, à mesure qu'on fera pénétrer dans l'organe les rayons jaunes, orangés, l'irritation augmentera, la pupille se resserrera, et cet effet atteindra son maximum dans les rayons rougesorangés. Au delà , c'est-à-dire dans les rayons rouges obscurs, l'irritation décroîtra rapidement et la pupille se dilatera de nouveau. 11 y a plus, si l'œil , en continuant son mouvement , vient se placer dans les régions de la chaleur obscure, on pourra constater une dilatation encore [)lus grande de la pupille , (iuoi(iue la (|uanlitc de chaleur (jui louibe alors sur l'œil soit beaucoup plus considérable
que dans aucune partie du spoclre visible, La raison de ce fait a été donnée, par l'un de nous , dans un travail inséré dans les Annales de phy sique et de c/iimie, septembre 1860, et analysé dans les Jrc/iii'es générales de méfJecine (j-Anvlcr 1861). Cesl que la chaleur obscure est absorbée par la cornée transparente et les premiers milieux de l'œil , de sorte qu'aucune portion sensible de celle chaleur ne peut parvenir à la rétine. Celle propriété importante des milieux de l'œil était en quelque sorte une nécessité physiolof^iquc, puisque ces rayons obscurs, étrangers au phénomène de la vision, eussent tout à fait compromis celte Fonction par leur action calorifique sur la rétine et la choroïde.
On voit par, là combien il est inexact de penser, comme on l'a fait généralem.ent jusqu'à ce jour, que la fatigue et l'irritation des meiiibraues profondes de l'œil, résultant d'un travail soutenu à la lumière artificielle, proviennent de la chaleur rayonnée parles lampes on autres sources lumineuses employées. La seule quantiié de chaleur pouvant parvenir à la rétine est celle qui est propre aux rayons lumineux, et celle-là est toujours bien faible, puisque dans une lampe à modérateur, par exemple, elle n'est environ que la douzième partie de la chaleur totale envoyée par la Hamme. Mais, si la chaleur obscure ne peut être invoquée comme cause d'irrilalion de la rétine, on voit qu'il est loin d'en être ainsi pour les diverses espèces de rayons qui coiiiposenl le specire, et sous ce rapporl, l'expérience désigne, ainsi que nous venons de le voir, les rayons jaunes, rouges, comme les plus actifs.
Ajoutons, de plus, que la partie violette extrême , et au delà U partie ultra-violette, qui est, comme nous venons de le dire, la région des rayons chimiques, paraît offenser l'œil d'une manière particulière. Dans la lumière élecirique, par exemple, qui est extrêmement riche de ces radiations chimiques, ce phénomène se produit au plus haut degré, el les expérimentateurs qui sont dans la nécessité de supporter cette lumière pendant quelque temps ressentent de vives douleurs, une congestion croissante, et comme un sentiment de gravier dans les yeux. Heureusement nous possédons dans les verres colorés à l'oxyde d'urane un moyen des plus efficaces pour arrêter toutes les radiations chimiques d'une lumière quelconque, .
En rapprochant ces iuits, nous pourrons en tirer celte conclusion
assez remarquable, savoir: que c'est dans la partie verte (1) et celles qui l'a voisinent que nous trouvons les rayons qui paraissent les mieux appropriés aux conditions de notre vision , et qu'au fur et ù mesure que les rayons lumineux s'éloignent de ceux-là , ils perdent de plus en plus crtte appropriation. N'y a-t-il pas là un parallèle remarquable entre l'optique et l'acoustique, où un fait analogue se produit, puisque nous savons que les sons trop graves ou trop aigus offensent également l'oreille? Si maintenant nous admettons, avec tous les physiciens, que les rayons lumineux ne sont que des mouvements vibratoires exécutés dans l'éllier, comme les sons proviennent des mouvements vibratoires de l'air, ce parallèle deviendra encore plus saisissant.
L'analyse que nous venons de faire de la lumière solaire, appliquée ù chacune de nos sources artificielles de lumière, montre alors la cause de bien des effets observés. Ainsi la lumière des lampes fournit un spectre où les rayons de chaleur obscure entrent pour les i 1 douzièmes, et la partie lumineuse consiste surtout en rayons rouges et orangés; les propriétés irritantes, reconnues depuis longtemps à ces lumières, s'expliquent donc tout naturellement. Encore voulons-nous parler ici des lampes perfectionnées, où la combustion s'effectue avec un double courant d'air; car, dans les lampes défectueuses, ces éléments défavorables, ces rayons rouges, orangés, atteignent des proportions considérables.
(1) L'influence, favorable à la vue, de la couleur verte, a été connue de tout temps, et un passage de Pline le Naturaliste renferme à cet égard des remarques intéressantes. C'est en parlant de.s pierres précieuses et ù propos des émeraudes (lib. xxxvii, s 16) qu'il nous fait connaître son opinion sur ce point d'optique physiolo(;ique. «D'ybord, dit-il, il n'est point de pierre dont l'aspect soit plus doux ; noire vue .se fixe avidement sur le vert des herbes , des feuilles ; celui de l'émeraude est d'aulant plus agréable qu'aucune nuance verte n est verte si on la compare à l'émeraude. Seule de toutes les pierres précieuses , elle réjouit l'œil «ans le lasser; son aspect ranime et délasse la vue fatiguée par sa tension vers d'autres objets. C'est sur elle surtout que les lapidaires aiment A reposer leurs yeux, tant la lassitude de l'organe diminue en présence de ce vert tendre. »
On trouve plus loin , dans ce passage de Pline, quelques phrases qui permettent de croire qu'on avait déjà constaté une des propriéiés des lenlillesconvexes : « lidem,
• dit-il, plerumque et concavi, ut visum colligaiit Quorum vero corpus exlen-
«sum est, eadem, qua spécula, ratione supini imagines rerum redduiit...» (Le plus
souvent les émeraudes sont concaves , afin de réunir les rayons visuels (Juant
aux émeraudes dont le corps est renflé [exlensnm) , elles renvoient une image inverse.)
La lumière du gaz , beaucoup plus riche en rayons bleus et violets, contient encore une proportion.trop forte de rayons rouges et oranges, et elle émet d'ailleurs une chaleur considérable. Ces conditions défavorables, jointes à l'abondanie-quantité de cette lumière dans les magasins où des objets blancs réfléchissent de tous côtés les rayons lumineux, suffisent à expliquer la fatigue et les affections de la vue chez les personnes qui vivent dans ces établissements si splendidement éclairés. Cette fatigue des yeux par la lumière du gaz est frappante encore chez les compositeurs d'imprimerie, travaillant le soir devant un papier blanc qui réfléchit dans l'œil une très-grande partie de cette lumière irritante.
Il est une lumière dont l'étude offre un grand intérêt à cause de l'avenir qui lui paraît réservé comme éclairage public, c'est la lumière électrique ; elle présente à l'analyse une particularité fort remarquable dont nous avons dit un mot. En effet, complètement différente de la lumière des lampes, elle contient beaucoup plus de rayons violets et surtout ultra-violets que les verres d'urane peuvent lui enlever; mais il reste encore une intensité de rayonnement, un défaut de volume et de diffusion, qui s'opposent aux grandes applications, et demandent des études de la part des physiciens et des ingénieurs.
D'après ces indications, lorsqu'une flamme contient une proportion trop forte soit de rayons rouges ou orangés, soit au contraire de rayons ultra-violets , on doit s'efforcer de ramener la lumière à une composition normale, en absorbant les rayons nuisibles au moyen de verres convenables. Pour les rayons rouges et jaunes, des verres légèrement verts ou teintés de bleu parle cobalt conviennent parfaitement ; si au contraire on se trouvait en présence d'une lumière du genre de celle qui est engendrée par l'électricité, il faudrait faire usage de verres teintés par l'oxyde d'urane, ou même, à leur défaut, de simples verres jaunes , qui, sans être aussi actife, produiront encore un bon effet.
C'est en appliquant les principes précédents à l'éclairage de rophlhalmoscoj)e,quc nous avons été conduits à un mode d'examen
qui apporte des facilités toutes nouvelles à ce procédé de diaguos- ^ tic des maladies oculaires.
La brillante découverte d'Helmlioltz , perfectionnée par des travaux récents, permet maintenant une exploration très-exacte de la surface rétinienne , et il est devenu absolument impossible aujourd'hui d'aborder sans l'emploi de Tophlbalmoscope le diagnostic des affections désignées naguère sous le nom ÔLamaurose.
Ce précieux instrument, aussi indispensable au médecin que le stéthoscope , exige , dans un petit nombre de cas, peu de lumière : c'est quand il s'agit d'examiner par l'éclairage direct la transparence des milieux de l'œil. Mais, le plus souvent, pour bien voir les altérations les plus fines de la choroïde et de la rétine, besoin est d'un éclairage plus intense. Dans ce dernier cas, le mode d'éclairage qu'on emploie habituellement, la lampe modérateur ou autre, laisse beaucoup à désirer, car la grande quantité de rayons rouges, orangés, jaunes, qu'elle envoie dans l'œil, amène bientôt delà fatigue chez les individus les moins sensibles à l'action de la lumière.
Ces inconvénients de la lumière grandissent encore chez les individus blonds, dont l'œil est peu riche en pigment choroïdien noir, chez les personnes nerveuses, que la moindre chose irrite, enfin chez tous les malades atteints d'affections inflammatoires de l'œil.
Mais, dans les conditions les plus favorables, l'organe étant peu sensible aux impressions lumineuses, l'emploi de la lumière rouge, orangée, jaune, des lampes, amène une contraction de la pupille, et diminue d'autant le champ d'observation de la cavité oculaire. Certes, on peut voir, à travers un trou d'épingle fait à une carte, l'intérieur d'un appartement, mais à la condition de placer son œil contre ce trou ; si l'on s'en éloigne , on n'aperçoit plus que confusément un point de l'appartement. 11 en est de même pour un œil dont la pupille est trop étroite : on ne voit plus qu'un espace très-limité de la surface rétinienne et l'on est dans la nécessite de provoquer la dilatation pupillairc. Mais les substances mydriatiques qu'on emploie produisent une dilatation souvent considérable de la pupille, et paralysent, temporairement du moins, le muscle ciliaire qui sert à l'accommodation de l'œil ; de là des troubles fâcheux dans l'exercice de la vision pendant une journée au moins et souvent durant plusieurs jours. Ces troubles proviennent
d'une trop grande qiiantilé de rayons lumineux qui pénèlrent forcément dans l'œil, et de l'impossibililé où se trouve le muscle ciliaire d'agir sur le cristallin pour amener des images nettes sur la rétine (I).
Il est vrai qu'en réflécliissant aux conditions de l'expérience, il paraissait difficile de modérer l'intensité du flux lumineux pénétrant dans l'œil, tout en conservant un éclairage suffisant des membranes profondes, puisque ces membranes, constituées pour absorber la lumière, ne peuvent devenir visibles qu'en raison même de l'excès de cet agent qui tombe sur elles.
Mais, s'il parait démontré qu'un éclairage intense est indispensable à la production du phénomène, il est évident qu'on reste encore maître du choix de la lumière employée ; or l'examen ophthalmoscopique se fait constamment à la lumière d'une lampe, et celle lumière, si riche en rayons rouges et orangés, ne peut qu'être bien irritante pour la vue.
Nous avons constaté que, lorsqu'on éclaire l'œil avec la lumière légèrement bleue, les images de la rétine conservent toute leur netteté, gagnent même en blancheur, ce qui doit être, mais qu'en outre, l'iris ne se coniracle plus sensiblement; d'où il résulte que l'examen ophlhaimoscopique se fait sans fatigue sensible, tant pour le sujet que pour le chirurgien.
Mais, lorsqu'il s'agira d'un examen où il sera indispensable de dilater largement la pupille, afin de ne laisser échapper aucune des lésions qui peuvent existera la circonférence du cristallin ou dans la région de Vora serrata, l'éclairage à la lumière tamisée présentera encore de précieux avantages, puisqu'il permettra de faire, sans fatigue sensible, un examen qui est toujours assez pénible
(1) L'un de nous a souvent cherché le moyen d'ohtenir une dilatation rapide, mais fugace, de la pupille à l'aide d'autres raydriatiques que Talropine; il a fait usage alors des alcaloïdes du dalura slramonium et de la jiisquiame. Mais la daturine et la hyoscyamine ne paraissent pas avoir d'avanlaces, à ce point de vue, sur les sels d'atropine. Dans des expériences souvent répétées, il s'est convaincu que le moyen le plus commode d'obtenir ime dilatation prompte et peu durable de la pupille, c'est d'employer une solution très-faible de sel d'airopirie ; ainsi 1 centigramme de sulfate neutre d'atropine, dissous dans 30 à 40 grammes d'eau , suffit a amener une mydi iase très-convenable et de peu de durée, sans paralyser le muscle de l'accounuodatioii de l'œil.
lioiir le patient, à cause de l'énorme quantité de lumière qui se trouve alors projetée sur la rétine.
Fig. 2. Quant au procédé qui nous pcimel
d'atteindre ce but, il est des plus simples. Voici l'appareil que nous employons (fig. 2}.
La lampe représentée ci- contre est celle dont nous faisons usage dans la plupart de nos examens ophthalmoscopiques; elle est mobile sur une longue lijîe, et A l'aide d'une vis, elle peut être placée à une hauteur convenable, mais différente, selon la taille du raalï lade qu'on examine. L'appareil destiné â tamiser la lumière se compose d'un anneau de cuivre , F, qui supporte deux tiges : l'une B, surmontée d'un miroir concave, A; l'autre E, qui se termine en D, par une double pince à pression continue, destinée à recevoir des verres bleus, C, de teintes variées. Les deux tiges, B et E, glissent de haut en bas cl de bas en haut dans l'anneau et peuvent toujours être placées de façon que le centre du miroir corresponde bien à celui de la flamme de la lampe.
Le miroir. A, a pour fonction de renvoyer un grand nombre de rayons lumineux , qui, sans lui , s'irradieraient en pure perte pour l'observateur. La lige, E D, sert à supporter toutes sortes de verres colorés, depuis ceux qui sont légèrenieni bleus jusqu'à ceux qui sont fortement teintés en bleu. Afin de ne pas mêler la lumière tamisée par ces verres avec les rayons lumineux renvoyés par la snrf.ice jaune de la lampe en cuivre, nous avons soin, en outre, d'entourer tout l'appareil d'un cylindre de carton percé seulement au niveau de la llamme. On réalise ainsi les deux principales conditions d'un bon examen ophllialmosco|)ique : une obscurité com|)Iète et une lumière dépouillée de ses rayons irritants.
Nous n'employons dans l'examen opiilhalmoscopique habituel que des verres bleus de teinte variable, parce (pic la lumière dont nous
uous servons esl peu riche eu rayons chimiques ; niais, si l'on voulait purifier davantafîe celte lumière de tous ses rayons irritables pour l'œil , on pourrait la tamiser encore à l'aide d'un verre colore par l'oxyde d'urane, et on la dépouillerait ainsi de tous ses rayons chimi(|ucs. A cet ettet, il suffirait de melire dans la piuce D, à côlé d'un verre bleu, une lame mince d'un verre coloré par l'oxyde d'urane.
On obtient ainsi une lumière des plus ayréables à l'œil , et que le chirurgien, comme le malade, peut regarder de très-près , sans en être fâcheusement ébloui.
Le petit appareil que nous venons de décrire a été construit jiar un habile opticien, M. Duboscq; il est d'un prix très-peu élevé, et peut s'adapter à toutes les lampes.
Les remarques précédentes peuvents'appliquer irès-bien au choix souvent si irrationnel des verres de conserves. Le médecin n'est }}uère consulté sur ce choix, laissé presque toujours au caprice de chacun, et il s'est introduit ainsi dans la pratique des erreurs qu'il est bon de relever.
On emploie maintenant pour les conserves deux sortes de verres : r des verres colorés en bleu de cobalt, en vert, etc.; 2" des verres dits enfumés, qui doivent leur couleur à quelque oxyde de fer; ces derniers même tendent à se substituer, dans une large proportion, aux premiers, et cela au grand désavantage des malades, selon nous.
Les conserves vertes, qui naguèreut étaient d'un emploi fréquent, ont été peu à peu abandonnées par la mode , et il serait assez difficile aujourd'hui d'eu faire porter à un malade. Les verres colorés par le bleu de cobalt les ont presque partout remplacées, et, d'après les indications fournies plus haut, il est facile de comprendre qu'ils conviennent très-bien aux personnes sensibles à la lumière et exposées aux sources lumineuses habituelles, toujours riches en rayons rouges, oranges, .etc. Le médecin devra conseiller d'abord des verres peu colorés.
Si quelqu'un était exposé à subir l'action de la lumière électrique, il devrait avoir recours aux verres d'urane, qui absorbent, comme on sait, les rayons chimiques du spectre.
On pourrait obtenir des conserves excellentes en combinant ces deux sortes de verre, en collant, par exemple, à l'aide des procédés
connus des opticiens, une lame de .verre bleu de cobalt, sur unelame de verre colorée par l'oxyde d'urane. Dépouillée ainsi de ses rayons rou,n[es, orangés, jaunes, par le verre de cobalt, et de ses rayons (himiqucs par le verre d'urane, la lumil're qui arriverait à l'œil ' serait d'une convenance parfaite pour les yeux les plus sensibles, il suffirait d'une lame très-raince de verre d'urane pour arriver à ce résultat, car les lumières dont nous nous servons sont peu riches en rayons chimiques et sont surtout fatigantes par les rayons rouges, orangés, quelles contiennent en excès.
Quant aux verres dits enfumés, ils n'exercent pas sur la lumière ce tamisage utile des verres dont nous venons de parler, et ils conviennent moins bien qu'eux pour les conserves. Ils se bornent à absorber une quantité plus ou moins grande des rayons lumineux, et ils placent ainsi le malade dans une obscurité relative qui peut, dans des cas d'inflammation aiguë de l'œil, être de quelque utilité, mais qui, pour la généralité de ceux qui portent des conserves, est plus nuisible qu'utile. En effet, l'obscurité relative créée par ces conserves commande une attention plus soutenue, et partant une certaine fatigue de l'organe pour distinguer les objets; puis la rétine, habituée à un milieu obscur, dans un véritable cachot, acquiert une sensibilité fâcheuse, quelle n'a pas sous l'influence de la lumière tamisée mais encore très -éclatante des verres bleu de cobalt.
Toutes ces raisons nous font penser qu'on peut réserver les verres enfumés à certains cas d'inflammation aiguë de l'œil , mais que dans l'usage habituel des conserves, il faut leur préférer les verres bleu de cobalt.
De tout ce qui précède nous concluons :
r Que les rayons jaunes, orangés, rouges du spectre visible et les rayons photogéniques exercent, lorsqu'ils sont en excès, une irritation fâcheuse sur l'œil ;
2" Que l'examen ophthalmoscopique se faisant avec une lumière dépouillée de l'excès de ses rayons orangés, les images se rapprochent davantage de leur couleur naturelle ;
3" Que la lumière employée étant beaucoup moins irritante, la fatigue du sujet et celle du chirurgien se trouvent considérablement diminuées ;
4" Que dès lors, la pupille se maintenant beaucoup plus dilatée,
l'explorai ion porte sur un cliamp beaucoup plus élendu de l;i rétine ;
ô° Que la dilatation artificielle de la pupille par les préparations mydriatiques peut être supprimée dans la plupart des cas, sans que celte suppression nuise à l'exactitude de l'examen;
6" Que les considérations qui précèdent s'appliquent aussi bien à l'emploi des verres de conserves qu'à l'examen ophlhalmoscopique, et que ces verres, dans l'usage habituel, remplissent bien toutes les conditions de bonnes conserves , lorsqu'ils épurent lumière de l'excès de ses rayons] rouges, orangés, jaunes, et de ses rayons chimiques.
PARIS. — RIGNOUY, IMPRIMEUR DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE, rue Monsieiir-le-Prince, 31.