‹ Considérations pratiques sur les névralgies de la faceChapitre 25 sur 30 · OBSERVATION VINGT - CINQUIEME · texte numérisé non relu

OBSERVATION VINGT - CINQUIEME

La nommée Geneau (Marie- Anne) , âgée de trente-huit ans, ouvrière, se présenta à M. J. Cloquet, le 5 janvier 1825. Dix mois auparavant elle avait travaillé , ayant le cou découvert , près d'une croisée, par laquelle entrait un air froid. Pendant la journée elle n'éprouva rien ; mais en se réveillant le lendemain matin , elle sentit au dessus de l'oreille gauche une douleur vive, caractérisée par des accès d'élancemens et par une cuisson continuelle semblable h celle provenant de l'application d'un vésicatoire, quand on a enlevé l'épiderme. La pression fut bientôt si douloureuse que la malade ne put poser ce côté sur l'oreiller ; les accès d'é-

lancemens la réveîîlaieiit pendant ia nuit. Le jour elle ne pouvait (ravailîer. Les règles se supprimerenl. Quelques jours après, les douleurs s'étendirent au cou , et des engourdissemens se firent sentir jusqu'au bras. Quand l'avant-bras était à demi fléchi , comme dans l'action de coudre , il se manifestait des picotemens dans les doigts , et quand il était pendant, il n'y avait que de l'engourdissement. La malade ne portait la main sur sa tète qu'avec grande peine. L'application de douze sangsues, des cataplasmes émolliens, des pilules purgatives, des applications de compresses imbibées d'eau-de-vie camphrée, des douches d'eau de pluie sur le cou , poussées au point d'arracher des cris à la malade, n'avaient amené aucune amélioration, non plus que les bains de pieds sinapisés ; des bains de vapeurs , des bains simples , une saignée du bras, quarante sangsues, un séton à la nuque entretenu pendant un mois , une saignée du pied , deux ventouses scarifiées à la tempe , enfin des frictions avec un Uniment camphré, avaient été également sans effet. Le 5 janvier, il y avait des élancemens très vifs depuis la région temporale gauche et le cou, jusque dans le bras correspondant. La malade ne pouvait dormir ni lever ce membre ; elle baissait un peu la tête , mais ne la relevait qu'avec les plus vives douleurs ; elle ne pouvait la tourner ni à droite ni à gauche: elle sentait comme plusieurs cordes le long du cou, et éprouvait de la constriction dans t

( 101 ) le sens transversal. Les douleurs étaient, airoces. et la malade poussait des gémissemens continuels. Quelquefois, quand elle s'appuyait sur le bras, au moment où elle se croyait très solide, ce membre cédait subitement. Quand elle mangeait, les mouvemens de la mâchoire étaient quelquefois si douloureux qu'elle était obligée de les suspendre aussitôt. M. J. Gloquet introduisit trois aiguilles , l'une derrière l'oreille, et les deux autres un peu plus bas. Au bout d'une heure et demie on retira les aiguilles , et les douleurs étaient encore aussi vives, les engourdissemens du bras étaient les mêmes. Le 6, on introduisit une aiguille vers la partie supérieure du cou : elle y resta pendant une demi-heure , après quoi les douleurs , tout aussi vives qu'auparavant, se présentèi*ent cependant à des intervalles plus éloignés ; quant aux cuissons , elles étaient continuelles et vives. M. J. Glo(|uet introduisit alors une aiguille dans le muscle sternomastoïdien, du côté malade, qui était fortement contracté. La contraction persista. Au bout de deux heures et demie, les douleurs devinrent si vives que toute la l'égion latérale du cou était rouge et tendue , la figure de la malade animée, et les yeux larmoyans. On retira l'aiguille : on vit alors le muscle sterno-mastoïdien former, par sa tension , à l'endroit de lapiqûi e , une tumeur grosse comme une noisette, tumeur qui disparut , un instant après , avec les élancemens. La cuisson diminua; mais les élancemens, qui parurent cepen-

dant revenir à des intervalles plus éloignés dans le reste de la journée, reslèrent ensuite aussi vifs et aussi fréquens qu'auparavant. La malade ayant dit qu'ils partaient de derrière l'oreille, le 7 on introduisit dans cet endroit une aiguille, qui fut retirée au bout d'une heure et demie sans avoir procuré aucun changement. Le 10 , même état; on introduisit encore deux aiguilles au cou et une derrière l'oreille. Un instant après, élancemens très vifs, face rouge , yeux larmoyans , lipothymie. Pendant l'application des aiguilles et après, les élancemens furent tout aussi intenses , et se manifestèrent à des intervalles aussi rapprochés. Cependant, dans le courant de la journée , la malade fut pendant une heure sans éprouver d'élancemens, tandis qu'auparavant ils revenaient au bout de cinq minutes ; mais , cette heure écoulée , ils reprirent leur fréquence ordinaire. Le 11 , on introduisit encore trois aiguilles aux mêmes points , mais très superficiellement. On les laissa en place une heure et demie, et elles ne produisirent aucun effet. La malade, rebutée sans doute par l'insuccès , fut un mois environ sans revenir consulter M. Cloquet. ' Alors ce médecin , étonné de trouver si rebelle une affection contre laquelle l'acupuncture lui paraissait le remède le plus efficace , songea à y as-, socierle fluide galvanique. Plusieurs essais n'amenèrent aucun changement avantageux.

Nous passons sous silence, pour le moment, les caractères particuliers qu'offre la névralgie dont

( 103 ) Oïl vient de lire l'histoire, son analogie, et pour ainsi dire la combinaison qu'elle présente de sa nature avec celle du rhumatisme ; nous aurons occasion plus tard de revenir sur ce sujet; nous n'appelons l'attention que sur le siège probable du mal. Les nerfs du plexus cervical étaient certainement les plus compromis , mais le facial n'y était point étranger.

Enfin , nous ne pouvons considérer comme étant hors du sujet qui nous occupe, une névralgie qui , à la vérité, ne siège point à la face, mais dont l'extension peut finir par envahir jusqu'à cette région , et dont la connaissance est d'ailleurs nécessaire pour qu'on puisse mettre toute la précision nécessaire dans l'établissement du diagnostic des névralgies de la face proprement dites. L'alfection que nous avons en vue est celle qui a été décrite par Paleîta, sous le nom de Névralgie mastoïdienne. N'ayant pas à notre disposition l'ouvrage de l'habile observateur italien, nous emprunterons à Weisse la description qu'il donne de cette névralgie; on verra par les termes mêmes dont il se sert, et que nous reproduisons textuellement, que ce n'est point une description de fantaisie , et que l'auteur ne dit que ce qu'il a vu , quoique sa description soit une description générale, et non l'histoire d'un malade particulier.

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