bâts
Sur ce chiffre, 1.500 existaient au départ de France,
1 000 autres avaient été expédiés en juillet à Majunga, sur demande télégraphique. Les 300 autres étaient des bâts de fortune confectionnés avec le bois et la toile des
caisses d’emballage. . ™
C’était bien peu, pour une colonne de près de 6.000
individus à nourrir !
Le taux des rations et le poids des bagages sont réduits. Les o ('liciers subalternes n’auront qu’une tente et une cantine pour deux. Le poids de la ration est réduit a 850 grammes (déduction faite de la viande fraîche, mais récipients compris).
Indépendamment des rations légèrement augmentées de sucre, tafia, café, graisse, sels, légumes, etc., la ration individuelle était :
Pour Européens et assimilés:
400 grammes de pain de guerre;
500 viande fraîche (ou 1/3 ration de \iande de con-
serve).
Pour conducteurs kabyles :
300 grammes de pain de guerre ;
100 — riz; . J .
300 viande fraîche (ou 1/6' ration de viande de con-
serve).
Pour soldats et conducteurs noirs :
700 grammes de riz;
250 viande fraîche (ou 1/6' ration de viande de con-
serve).
Lé convoi principal avait un troupeau de bœufs de 500 tètes; chaque bataillon avait un troupeau de 50 tètes. Aussi la viande fraîche ne manqua jamais.
Les mulets du convoi devaient être renvoyés sur l 'arrière au fur et à mesure qu’ils seraient déchargés. Dans ces conditions, les soldats portaient tout sur eux, il ne leur était alloué ni un coolie ni un mulet pour diminuer un peu la charge qu’ils avaient sur le dos. Les hommes trop fatigués, ne pourraient même pas profiter des mulets déchargés.
Le port du sac fut obligatoire. Des expériences avaient cependant été faites à Andriba, sous les yeux du Directeur du service de santé, pour la confection et le port d’un paquetage de fortune destiné à remplacer le sac trop lourd. Tous les systèmes employés précédemment dans les colonies, et d’autres nouveaux, furent essayés avec succès, et préconisés par les officiers compétents. Malgré ces essais satisfaisants, que l’expérience déjà acquise rendait superflus, tous ces systèmes furent repoussés, et les hommes furent obligés d’avoir le sac au dos pendant la marche rapide qu’ils allaient exécuter. Inspirés par la sollicitude pour leurs soldais, quelques chefs d'unités diminuèrent leur charge, en faisant jeter une partie des objets contenus dans le sac, et leurs hommes le portèrent vide , ou à peu près. Les principes étaient saufs !
Le 13 septembre, la préparation des troupes était assez avancée, et les approvisionnements assez complets pour que l’avant-garde fût mise en marche le lendemain 14 septembre. Les autres groupes suivirent le 13 et le 17. La colonne devait parcourir la piste que suivent les porteurs malgaches, sur une longueur totale de 190 kilomètres environ. Des soldats du génie, marchant à l’avantgarde et relevés tous les jours, devaient aménager devant
300 l'expédition de madagascah
la colonne les passages les plus difficiles de cette route si étroite. La marche devait rencontrer les principaux obstacles dans la première partie du trajet, entre Andriba et le massif des Grandes-Ambohimenas. Au delà, le terrain était plus accessible aux convois, et moins propice à la défense.
Le 30 septembre, après seize jours de marche et trois combats, la colonne légère entre à Tananarive. Ce n'est pas ici le lieu de faire le récit des exploits de tous ordres accomplis par ces soldats héroïques, et de leurs chefs, dont l’abnégation et le dévouement survécurent à tant d’épreuves et à toutes les privations.
Il n’est pas, dans l’histoire militaire, d’exemple plus remarquable de discipline et de courage. Quelle armée, après avoir été épuisée par la maladie et par des travaux gigantesques pendant trois mois, exécuta une marche aussi pénible dans la région la plus difficile, surmontant avec un entrain irrésistible et invraisemblable les obstacles de la nature, et ceux que l’ennemi lui opposait dans un dernier effort? ^
Dans le dernier acte de cette sombre mais glorieuse épopée, tous les corps rivalisèrent d’énergie. Mais il n'est pas possible de ne pas distinguer parmi eux le bataillon malgache et le bataillon haoussa, qui accomplirent avec une ardeur sans pareille des mouvements tournants, des raids extraordinaires. Ces deux troupes, bien que soumises aux plus rudes fatigues, n’avaient subi que des pertes minimes, et leurs hommes étaient encore valides. Elles exécutèrent des marches forcées dont une troupe européenne eiit été incapable. La conduite du bataillon malgache dans l’attaque de la position de l'Observatoire, le jour de la prise de Tananarive, la magnifique résis. tance opposée, le même jour, par le bataillon haoussa, aux 2.000 Ilovas, appuyés par du canon, qui avaient tenlé
de l attaquer à Ilafy, puis l’entrain superbe avec lequel il enleva à cette troupe ennemie la position de Sabolsy, montrèrent que ces troupes noires, bien encadrées et parfaitement commandées, étaient aussi excellentes dans le combat que dans les marches. Pendant toute ta durée de la colonne légère, elles excitèrent l’admiration de l’armée.
lananarive était entre nos mains le 30 septembre. Ce résultat heureux avait été obtenu au prix d’efforts extraordinaires dans lesquels les braves gens composant la colonne, avaient dépensé tout ce qui leur restait de vitalité. Six cents hommes avaient succombé.
Ce que fut cette marche forcée, paraîtra toujours invraisemblable à ceux qui ne l’ont pas vu. Les soldats, dans leur langue pittoresque, l’ont appelée « la colonne Marche-ou-Crève ». Cette expression énergique, brutale, dépeint avec une saisissante vérité, dans son laconisme,, les terribles nécessités qui résultaient de cet acte d énergie extrême assez semblable à un acte de désespoir.
Marche ou crève! C’était bien là, en effet, le dilemme redoutable qui s imposait à chaque homme : celui qui restait en arrière était perdu. La composition du service des transports, telle qu’elle a été donnée plus haut, ne laissait aux corps de troupes et aux ambulances que des moyens tout à fait insuffisants pour recueillir et transporter les malades et les éclopés. Une partie notable des mulets, renvoyés à l’arrière avant le 24 septembre, avait bien ramené quelques-uns des invalides. Mais combien durent être abandonnés, faute de moyens de les secourir! Qui pourra en dire le nombre?.
Déjà des groupes nombreux de partisans ennemis, devenus plus audacieux à mesure qu’on approchait de leur capitale sacrée, voltigeaient autour des convois, les
362 l’expédition de Madagascar
harcelant et coupant littéralement la ligne de commu-, nication. Tous les hommes restés en arrière tombaient en leur pouvoir et étaient inutiles. Il fallait marcher quand même ! Marche ou crève! Les officiers, connaissant celte situation, soutenaient les énergies chancelantes. Mais les forces trahissaient les courages. La marche durait de cinq heures du matin à midi ou deux heures du soir, par des sentiers affreux. C'était horriblement dur. Ceux qui succombaient à la peine et restaient en arrière étaient abandonnés sans secours. La nécessité était si cruelle, que, pour ranimer par la crainte les forces de ceux qui faiblissaient, un chef était obligé de menacer les traînards d'être" abandonnés sans secours et sans vivres. Il voulait ainsi les arracher à une mort certaine s’ils restaient en arrière, car il n’avait aucun moyen de les recueillir s ils faiblissaient.
Mais la mort même était préférable pour eux à ces longues souffrances. Ils s’affaissaient sur le bord du chemin, sourds désormais à toutes les. exhortations, et aucune puissance, si violente qu’elle fût, ne pouvait les relever et leur rendre la vie qui s en allait. Marche ou crève! Ils avaient marché tant qu’ils avaient pu, et à la fin épuisés, désespérés, ils tombaient et « crevaient » seuls dans cette immensité silencieuse, au bord du chemin fatal, lorsque les Hovas ne ^naient pas Ils mutiler et les achever. C’était trop souffrir ! la mort était une délivrance.
11 en est ainsi dans les trop longues souffrances que l’homme éprouve dans la vie. Quand il sent que les forces naturelles et la science humaine l’abandonnent cl, sont impuissantes, il appelle la mort.
Mais quelle était donc la situation de cette armée ainsi obligée d’abandonner ses malades? Ne faisait-elle pas une marche conquérante? Était-ce une retraite, une
fuite précipitée devant»un ennemi victorieux? Non! C'est une marche longuement préparée, c’est le couronnement dune expédition dont les moyens ont été calculés et reunis à l’avance. Cette fin ressemble à un acte suprême de désespoir accompli avec une troupe héroïque par un chef stoïque que rien ne pouvait détourner du but qu’il s était assigné. 1
La Providence vint en aide, dans cette entreprise à la prévoyance et à la puissance des hommes. Grâce à la couardise et à l’ignorance des Hovas qu’elle remplissait d’épouvante, cette petite troupe de héros, épuisés par les travaux et les privations, en imposa par son courage a la multitude d’ennemis qui l’entourait, et, accomplissant sa mission jusqu’au bout, entra en combattant victorieusement dans la capitale sacrée. Dans un suprême effort ces héros purent dicter leur loi. Et les vaincus innombrables regardaient avec stupeur, et terrifiés cette poignée d’hommes, grands à leurs yeux comme des géants, que la fièvre impitoyable, que les forêts impénétrables, que les monts réputés infranchissables, n’avaient pas puitfrréter