‹ Considérations su l'histoireChapitre 119 sur 136 · Foi punique · texte numérisé non relu

Foi punique

défendent eux-mêmes contre le roi numide, en désespérés. Que font cependant les Romains? Ils déclarent que les Carthaginois pnt violé le traité et reviennent à la charge contre eux. Les Carthaginois qui semblent à bout de ressources en retrouvent dans leur patriotisme aux abois et combattent admirablement pendant deux années encore. Au bout de cette troisième guerre, Carthage est détruite par le fer et le feu; durant trente années elle n’est représentée que par un monceau de ruines, où Marius banni ira s’asseoir. La destruction impie de Corinthe a lieu la même année, celle de Jérusalem est eji perspective. Les Romains ont pris pied en Afrique, ils bâtissent une ville sur les décombres de l’ancienne et remplacent la cité maritime par une colonie militaire ; c’est leur conclusion : l’idéal de ces victorieux eût été une colonie militaire romaine couvrant le monde entier. Mais voici que, sur le sol africain, ils rencontrent un nouvel adversaire : Carthage conquise amène la guerre avec Jugurtba. Il faut réduire tout le littoral africain ou se retirer. Le petitfils deMassinissa battu à son tour est emmené prisonnier à Rome, il orne le triomphe de Marius. « Jeté nu dans un cachot, ayant l’esprit aliéné, il dit en souriant : « Par Hercule, que vos étuves sont froides !» Après avoir lutté six jours 'entiers contre la faim, en conservant toujours le désir et l’espérance de vivre, il trouve enfin, dans une mort misérable, la juste punition de ses forfaits. » C’est le bon Plutarque qui parle ainsi. Les forfaits de Jugurtha — et ceux de Rome donc!

Mais déjà Rome les expiait. L’incendie jetait ses premières flammes à son propre foyer et l’invasion barbare s’annoncait de loin. Marius dans les plaines de Yerceila

HOME

défait les Cimbres, et Marius n’est plus un simple général romain au service de Rome ; il conduit des armées, mais son ambition le conduit : Marius exercitum , Marium ducebat ambitio 4.

Dans le règne minéral les métaux se classent suivant leur densité, leur dureté, leur éclat. Les caractères aussi ont une sorte de densité, et le Romain est le plus dur comme le plus pesant des peuples, il représente l’airain. Après avoir pesé sur le monde jusqu’à l’écraser, l’airain redevenu fusible dans la fournaise des guerres civiles a des bouillonnements épouvantables. Syllafait massacrer six mille prisonniers dans le cirque. C’est un homme de chance que cet artisan de guerre civile, un artiste consommé en factions, un joueur de veine. Les Gracques ont soulevé des séditions démocratiques — quis tulerit Gracchos de seditione quœrentes ? — Sylla promène dans Rome la faction oligarchique; ce terroriste aristocrate fait égorger à Préneste douze mille habitants rassemblés en un môme lieu. Il a l’âme d’un boucher : Tibère prélude en lui.

Tout lui réussit, les femmes et la fortune lui sont également favorables. Il se nomme lui-même Epaphrodite (favori de Vénus) quand il traite avec les Grecs. Plutarque rapporte que les trophées de lui qu’on voit en Béotie portent cette inscription : Lucius Cornélius Sylla Epaphroditus. « Les femmes dit-on , apportèrent une si grande quantité d’aromates pour ses funérailles, qu’outre ceux qui étaient contenus dans deux cent dix corbeilles, on fit, avec du cinnamome et de l’encens le plus précieux, une stable de Sylla de grandeur naturelle. » Cependant,

Page 1