ROM K
chaleur se transforme en action. Cette loi physique a son analogue dans le monde moral. En vertu de cette loi qui veut, si la raison règle l'activité humaine, que le cœur l’inspire, il se trouve que le vide est d’autant plus grand et plus ressenti qu’il suit une plénitude morale plus grande,
une plus grande énergie de volonté. Le plus convaincu et le plus actif des peuples devait tomber dans un ennui incommensurable et devenir plus vite et plus entièrement qu’aucun autre la proie des artifices de sensation à l’aide desquels les sociétés décrépites s’étudient à galvaniser un reste de vie. Mais en vain :
« Croit-il donc, transporté vers un objet nouveau,
Du chagrin en courant secouer, le fardeau?
L’un quitte son palais qu'habite la tristesse :
Sur ses pas elle accourt et le poursuit sans cesse :
Jamais il ne remplit le vide de son cœur.
11 va chercher la paix sous un rustique ombrage.
A peine a-t-il revu les champs silencieux Que lVnnui vient peser sur son front soucieux.
La cité le rappelle 11 ne sait ce qu’il aime;
11 fuit, vole, et ne peut échapper à lui même *. •
Dans l’espérance la vie nous porte, dans le désenchantement nous portons la vie : elle nous pèse. Où l’ennui abonde, abonde le suicide. Le suicide patriotique ne fut pas étranger à Rome républicaine, la Rome des Césars' engendra le suicide par ennui. Quelle condition d’être las de la vie et de craindre encore la mort ! C’était celle de la plupart des Romains à qui la fortune faisait des loisirs, et que la culture de leur intelligence, le luxe de