LA CHINE
Ingénieuse sans génie. — Manque de sens métaphysique. — Uniformité administrative; socialisme territorial. — Le mandarinat. — Tolérance religieuse. — Inquisition judiciaire. — Mépris de la mort. — Révolutions et massacres. — Peuple sociable, cérémonieux, subtil. — Fraude, mensonge, vol. — Sentiment chinois do la uature. — Bionveillance. — Morale de Confucius.
Les Assyriens et les Babyloniens n'auraient pas existé que le monde n'y aurait guère perdu. Ils font partie de l’histoire sans l’avoir influencée. Le peuple chinois n’aurait pas existé que la civilisation s'en ressentirait encore moins ; il ne lui a rien apporté, rien ôté : il est à part, objet de curiosité plutôt que d’intérêt ; avec ses trois cents millions d'habitants il ne pèse pas une once dans les balances de l'humanité, et malgré ses découvertes il est resté en dehors di^ progrès.
Les Chinois ont, sauf les chemins de fer et le télégraphe, à peu près tout inventé avant nous, meme l’imprimerie et le papier-monnaie. « Soys la dynastie des Ming, qui précéda la dynastie actuelle, les marchands cherchèrent un moyen de faciliter le commerce et formèrent un système de banques, qui, quoique très-inoomplet, fut promptement et généralement adopté. A
Fu-tshen-Fu et en d’autres grandes villes, plusieurs commerçants se réunirent et émirent des billets ; ces billets, garantis seulement par le crédit de ces commerçants, n’eurent d’abord qu’une circulation très limitée; mais ce système de banque se développa peu à peu, et maintenant ces billet sont préférés au numéraire 4.
S’il faut en croire un missionnaire français, Basson, un ballon fut lâché à Pékin en 1306, lors de l’avénementau trône de l’empereur. En politique, nous verrons que les Chinois sont également nos prédécesseurs ; conseils communaux élus, instruction primaire universelle, ils possèdent ces engins démocratiques. Ils n’ont cependant su tirer parti de rien. D’où vient cela? Cela vient de ce que le Chinois a l’esprit ingénieux et qu’il manque de génie. Son administration est correcte, mais sa politique est sans dme, il est lettré et n’a point de littérature, érudit et n’a point de curiosité scientifique.
« C’est un contraste piquant et singulier, dit M. Abel Rémusat, que celui de la vive curiosité avec laquelle nous recherchons tout ce qui tient aux mœurs, aux croyances et au caractère des peuples orientaux, et de la profonde indifférence qui accueille en Asie nos lumières, nos institutions, et jusqu’aux chefs-d’œuvre de notre industrie. Il semble que nous ayons toujours besoin des autres, et que les Asiatiques seuls sachent se suffire à eux-mêmes. Ces Européens, si dédaigneux, si enorgueillis des progrès qu’ils ont faits dans les arts et dans les sciences depuis trois cents ans, sont continuellement à s’informer comment pensent, raisonnent et sentent des hommes qu’ils re-