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la fraude des mains ramène à sa suite la fraude des lè- 1 vres — car il faut mentir quand on a volé.
Le Chinois n’a pas le sentiment des beautés naturelles, impossible à rencontrer où manque le sentiment du divin dans la nature. Il ne s’élève pas au-dessus du joli, de l’agréable, et ce joli reste chinois. Sse-ma-Kouang, premier ministre vers la fin du xi° siècle, sous la dynastie des Song, a composé un poème sur son jardin qui pourrait s’appeler la retraite du sage :
« Quand je suis lassé de composer et d’écrire, dit-il, au milieu des livres de ma grande salle, je me jette dans une barque que je conduis moi-même, et vais demander des plaisirs à mon jardin. Quelquefois j’aborde à l’Ile de la pêche, et, muni d’un large chapeau de paille contre les ardeurs du soleil, je m’amuse à amorcer les poissons qui se jouent dans l’eau et j’étudie nos passions dans leurs méprises.
— Mes amis viennent souvent interrompre ma solitude, me lire leîlrs ouvrages et entendre les miens ; je les associe à mes amusements. Levin égaye nos frugals repas, la philosophie les assaisonne, et tandis que la cour appelle la volupté, caresse la calomnie, forge des fers et tend des pièges, nous invoquons la sagesse et lui olfrons nos cœurs. »
Ne croirait-on pas entendre un Cicéron chinois? L’intelligence chinoise s’est desséchée faute de plonger dans le sentiment; elle n’aspire pas la sève de l’instinct, c’est un arbre sans fleurs et sans fruits. La poésie de la conscience échappe à la Chine en même temps que celle de la nature et du cœur. Son âme manque de musique, elle 11e donne pas le la. Confucius, son apôtre, auquel
elle a voué Tunique culte dont elle s'est montrée susceptible, qu’elle vénère sans le déifier, dont l’image est partout, qui a des temples élevés en son honneur et des descendants qui forment la seule noblesse héréditaire de l’empire, Confucius n'est qu’un Chinois supérieur. Rationaliste bienveillant, humain, sa bienveillance n’atteint pas jusqu’à la charité, son humanité ne s’échauffe pas jusqu’au dévouement. Il éclaire sans flamme, et son esprit ne produit, il ne porte que des maximes. Beaucoup de ces maximes du reste sont très-belles. Qu’on en juge par les suivantes :
— Ce que vous ne désirez pas qui vous soit fait à vous-même, ne le faites pas aux autres hommes ».
— Celui dont le cœur est droit, et qui porte aux autres les mêmes sentiments qu’il a pour lui-même, ne s’écarte pas de la loi morale du devoir prescrite aux hommes par leur nature rationnelle; il ne fait pas aux autres ce qu’il désire qui ne lui soit pas fait à lui-même *.
Confucius vivait dans la seconde moitié du vi* siècle avant Jésus-Christ. Il a devancé les préceptes de la morale chrétienne, et cependant l’inspiration chrétienne n’anime pas ses paroles. Il a devancé de même la démocratie moderne, et cependant le souffle de la liberté ne respire pas en lui. Dans le Chou-King, le Livre par excellence, dont il a coordonné les antiques éléments, nous lisons :
— Ce que le ciel voit et entend n’est que ce que le peuple voit et entend. Ce que le peuple juge digne de ré-