‹ Considérations su l'histoireChapitre 26 sur 136 · I. Tscliouuj’ïuung, cl», xx · texte numérisé non relu

I. Tscliouuj’ïuung, cl», xx

— Iæ parfait, le vrai, dégagé de tout mélange, est la loi du ciel; la perfectioii ou le perfectionnement, qui consiste à employer tous ses efforts pour découvrir la loi céleste, le vrai principe du monde et du ciel, est la loi de l’homme. I/homme parfait atteint cette loi sans aucun secours étranger... il parvient à elle avec calme et tranquillité; c’est là le saint homme. Celui qui tend constamment à son perfectionnement est le sage qui sait distinguer le bien du mal, qui choisit le bien et qui s’y attache fortement pour ne jamais le perdre.

— La puissance ou la loi productive du ciel et de la terre peut être exprimée par un seul mot ; son action dans l’un et l’autre n’est pas double : c’est la perfection ; mais alors sa production des êtres est incompréhensible.

— La raison d’être, ou la loi du ciel et de la terre, est vaste en effet ; elle est profonde 1 elle est sublime ! elle est éclatante! elle est immense! elle est éternelle 1 !

Lao-tze, qui précéda de très-peu Confucius, est le seul philosophe chinois qui se soit aventuré aux limites de la métaphysique ; il s’exprime aiusi : « Avant le chaos qui a précédé la naissance du ciel et de la terre, un seul être existait ; immense et silencieux , immuable et toujours agissant : c’est la mère de l’univers. J’ignore son nom, mais je le désigne par le mot de raison... L’homme a son modèle dans la terre, la terre dans le ciel, le ciel dans la raison, la raison en elle-même â. »

Mais Confucius déclarait ne pas le comprendre; enthousiaste de la raison, et du devoir qui est sa loi dans l’homme, il n’allait pas au delà; les ailes de Platon sont

l. Ibid., 17.

1 2 . Aboi UcuiUftal, Mélanges asiatiques

L'ORIENT

absentes; il ne quitte pas terre. Le plus grand des Chinois reste chinois ; il résume l’esprit de la Chine en même temps qu'il en mesure la plus haute élévation ; ilen est comme la cime dernière, aisément accessible. La raison lui donne raison, il ne suilit pas au cœur ; et non-seulement il ne répond pas à la question de la destinée humaine qui se pose en chaque âme éprise de progrès et d’avenir, mais cette question est pour lui une question oiseuse : l’éternité ne s’ouvre nulle part devant lui, il n’en a que faire. Quelqu’un lui demandait ce que c’était que la mort. « Quand on ne sait pas encore ce que c’est que la vie, répondit-il, comment pourrait-on connaître la mort? »

Son lointain est derrière lui comme celui de tout Chinois. « Je ne naquis point doué de la science, dit-il : je suis un homme qui a aimé les anciens et qui a fait tous ses efforts pour acquérir leurs connaissances *.

Un peuple qui a produit un tel sage, n’est pas un peuple barbare. Avec le je ne sais quoi de divin dont parle Cicéron et qu’il dit être l’inspiration secrète de toute grandeur, ce serait un grandpeuple. Faute de ce quelque chose, ce n’est qu’un peuple aussi aride que cultivé.

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