Mahabharata. — Adi — Parva
CONSIDÉRATIONS SUR L’IIISTOIRE.
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de ses dieux, il fut polythéiste sans être idolâtre. Le codede Manou renferme des menaces à l'adresse de ceux qui feraient voir des idoles .au peuple, et les Grecs qui ont visité l’Inde en ces âges anciens ne disent pas qu’ils aient rencontré nulle part de figures sculptées ou peintes des dieux dont ils font mention. Mais lorsque dans une période postérieure les prêtres de Bouddha eurent élevé des temples et figuré Bouddha aux yeux, l’idolâtrie gagna le brahmanisme, s’étendit et fit rage au sein de l’élément populaire. C’est de cet élément qu’ont émergé ces divinités multiformes et multicolores, aux têtes, aux yeux, aux bras innombrables, monstres divins qui étonnent la raison et choquent le goût, prodigieuses créations où l’art de l’Indou enfin délivré du frein scr donne carrière dans l’excentricité. Le peuple a gagné sa cause, et dans ce débordement le brahmanisme ne voit plus d’autre remède que de livrer sa barque au courant: elle n'en est plus sortie et c’est dans une mer de puérilités monstrueuses qu’elle s’est perdue.
L’ascète, au temps de l’apogée, est le vrai roi de la spciété brahmanique, la royauté et les dieux eux-mêmes s’inclinent devant lui. Il est le porte-sceptre de l’Inde qu’il gouverne en gouvernant ses maîtres. « Sur les bords du Mâline que sillonnent en se jouant de nombreux couples de cygnes éclatants de blancheur, le roi Douchmanta aperçoit un bocage consacré qu’il juge, par tout ce qui frappe ses regards à l’entour, devoir servir de retraite à quelque saint personnage, et -cet heureux coin de terre renfermait en effet dans son sein l’ermitage paisible de l’illustre descendant du grand Casyapa, le prophète Canoua. De distance en distance, le long du
fleuve, des groupes d’yatis 1 , de vénérables mounis2, se livraient à leurs exercices pieux ; et de divers points s’élevait majestueusement dans les airs la flamme brillante du sacrifice.
« Rempli d’un saint respect, le roi Douchmanta dépose ses insignes, et, après avoir donné ordre à son cortège de l’attendre, pénètre, accompagné seulement de son ministre et de son grand prêtre, dans le bocage où l’air retentit de toutes parts du chant mélodieux des Védas. A chaque pas qu’il fait dans cette religieuse enceinte, semblable à la demeure du céleste Brahma, il sent croître en lui le plus vif enthousiasme. Ici ce sont des brahmanes :‘ qui dissertent avec profondeur sur les passages obscurs de leurs livres sacrés; là, de vénérables gourous3 initient leurs pupilles aux rites des sacrifices; plus loin, d’habiles pandits 4 cherchent à porter la lumière dans le ténébreux dédale de la plus subtile métaphysique; ailleurs, des poètes inspirés chantent en vers sublimes les exploits des héros, tandis que d’innombrables rapasouis5, dans le dessein d’anéantir la fougue de leurs sens, ou s’infligent les peines les plus dures, ou, plongés dans la plus . haute contemplation, immobiles, sont déjà confondus en esprit dans l'incorruptible essence de Brahma. »
Ce tableau du Mahabharata résume l’Iude brahmanique dans ce seul mot : ascétisme.