I. — Pronostic
- Dans le chapitre précédent, nous avons vu qu’un fragment métallique logé dans les tissus oculaires ne pouvait être qu’exceptionnellement toléré, et que toujours au bout d’un temps plus ou moins long, il provoquait l’apparition de lésions tardives graves.
Pour supprimer cette éventualité, il importe donc de pratiquer l'extraction le plus vite possible ; l’on évite ainsi la sidérose, l’ophtalmie sympathique, l’on enraye les suppurations, la panophtalmie commençante.
Le corps étranger a été extrait, voyons ce que deviennent les lésions qu’il avait provoquées.
Lorsqu'il était implanté dans le segment postérieur, il est possible de distinguer schématiquement des lésions des membranes et des lésions du vitré. Pour les premières, lorsque le fond est redevenu éclairable, au bout d’un certain temps l’on peut découvrir le décollement rétinien en partie réappliqué, les hémorragies, — et en suivant leur évolution on peut voir qu’elles n’ont pas, en général, un pronostic grave quant à la vitalité du globe.
Pour les lésions du vitré, l'observation montre que les hémorragies se résorbent relativement vite et que les exsudats floconneux disparaissent peu à peu ; l’on constate « le reflet jaune de l’hyalite hyperplasique, sclérose du corps vitré, qu’on pourra suivre à l’éclairage oblique et parfois à l’ophtalmoscope, si le segment antérieur permet. le passage des rayons lumi-
neux >».
Lorsqu'il y a eu des phénomènes inflammatoires dûs aux germes infectieux apportés par un corps étranger septique, et que la phagocytose est insuffisante pour entraver l’évolution microbienne, il se forme un abecès qui grandit rapidement et dont le pus, gagnant de proche en proche, peut envahir les membranes. À ce stade, l'infection peut encore s’arrêter, et les exsudats purulents se résorber : le globe alors s’atrophie, c’est la phtisie de l’œil. Sinon, c’est la panophtalmie, avec son pronostic fatal pour la vie de l'œil et l’énucléation.
Les lésions du segment antérieur offrent en géné- . ral un pronostic moins sévère pour l'avenir, si l’on excepte les poussées aiguës d’irido-cyclite. Et encore, cette affection, comme l’iritis, peut passer à l’état chronique, et provoquer l’apparition d’adhérences cicatricielles rétrécissant l’orifice pupillaire jusqu’à l’occlusion ; l’on observe alors de très curieuses formes de synéchies. Des exsudats peuvent encombrer le champ pupillaire, de véritables ponts semble unir la face postérieure de l’iris à la cristalloïde antérieure : la baisse de l’acuité visuelle sera alors considérable.
Les lésions cristalliniennes ont un pronostic d’évolution analogue à celui des cataractes ordinaires. Enfin, celles de la cornée donnent des cicatrices banales.
Le pronostic des blessures oculaires par éclats magnétiques, après l’extirpation, est donc variable suivant la pénétration de ceux-ci. Il n’est pas très grave, s’il n'existe pas d'infection, pour la conservation de l’œil. Par contre, le pronostic de la conservation de
NIET Que
l'acuité visuelle doit être très réservé, quand il s’agit de lésions destructives causées par des éclats volumineux. D’après nos recherches, nous devons établir une distinction très nette à ce sujet, entre les résultats opératoires des blessures de l'œil par les éclats industriels et ceux des blessures par éclats de guerre, traitées à la Clinique. |
Nous savons, en effet, que le volume moyen et le poids moyen des éclats de guerre sont plus considérables que ceux des éclats industriels: ils produisent donc des blessures plus graves, d'autant plus qu’il semble qu’ils soient beaucoup plus septiques.