‹ Considérations sur 255 éclats intraoculaires extraits à l'Electro-aimant géantChapitre 24 sur 36 · ES. JEUN · texte numérisé non relu

ES. JEUN

Il s'agissait, en effet, de blessés dont les yeux étaient largement perforés par des éclats volumineux animés d’une énorme vitesse de projection, à grande puissance massique, hérissés d’arêtes vives, creusés d’anfractuosités facilitant la stagnation de la rouille et du pus et, d’autre part, de composition souvent irritante (aciers au phosphore). Ces projectiles produisent de véritables dilascérations des tissus oculaires, ‘entrainant une anarchie complète dans le fonctionnement délicat de l’œil, ce qui nous explique les 41 % de résultats fonctionnels nuls.

Ou bien alors, l'infection s’installait chez ces blessés qui n'avaient pu recevoir à temps les soins indispensables, et dont l’organisme, épuisé par les fatigues et les privations de la guerre, ne réagissait plus pour juguler le développement des agents infectieux : telles ont dû être les causes des 20 % d’énucléations.

Il semble aussi bien établi que les résultats fonctionnels sont très nettement influencés par la précocité de l'intervention. Plus de la moitié des blessures par éclats industriels dont nous connaïssons les résultats opératoires ont été traitées dans les trois premiers jours : elles ont été suivies de résultats satisfaisants dans la proportion de 50 %; dans l’autre moitié des cas, l'extraction a été tardive et n’a donné que 20 % de résultats favorables. L'importance de la valeur de cet écart est encore accrue par ce fait que la majorité des extractions tardives ont porté sur de petits éclats, jusque-là plus ou moins bien tolérés. En effet, le poids moyen des éclats, pour la majorité des extractions tardives, n’atteint pas 5 milligrammes, tandis que

pour la majorité des précoces, il dépasse 8 milligrammes.

Ces chiffres, qui démontrent l’impérieuse nécessité d'une intervention rapide, nous permettent de conclure qu'il ne faut jamais hésiter ou attendre pour extraire même les plus petits éclats, étant donné l’extrème innocuité de l'extraction conduite suivant la technique de M. le Professeur Rollet, et l'impossibilité où l’on se trouve de pouvoir affirmer qu’un éclat magnétique intraoculaire sera ou restera toléré.

A la clinique de M. le Professeur Rollet, cette intervention se fait dans tous les cas à l’aide de l’électro-aimant géant, qui, grâce à un rhéostat qui dose sa force portante, permet d'agir faiblement sous 3 ampères et énergiquement sous 25 ampères. Dans un premier temps, le malade est soumis à l’aimant et l’instrument permet de faire le diagnostic, d’abord par la douleur due à la mobilisation de l'éclat intraoculaire, ensuite par l'hémorragie de la chambre antérieure symptomatique parfois du cheminement de l'éclat; et enfin par le bombement oculaire ou attraction du globe, signe caractéristique.

Dans un deuxième temps, interruption du courant. On procède en dehors de tout champ magnétique à la kératotomie et à l’iridectomie préliminaires, si l’accident est un peu ancien. Si non, on utilisera la voie d'entrée au projectile.

Dans un troisième temps, l'électro-aimant est placé à nouveau au contact du globe oculaire et l’on pratique l'extraction.

Ainsi, l'intervention a compris trois temps : l’ai--

mant diagnostique, l'opération (kératotomie, iridectomie) avec arrêt du courant, l'extraction proprement dite à l’aimant,

L'examen de nos éclats, si souvent petits où rhinuscules, démontre que seul un gros aimant peut les attirer. Si un petit aimant peut enlever un gros corps étranger intraoculaire, seul un gros aimant, et spécialement l’électro-aimant géant, peut extraire les petits éclats. Le rhéostat le démontre surabondamment car le malade, soumis à laimant géant sous une faible puissance, ne ressent pas la douleur caractéristique qui n’apparaît seulement que sous 25 ampéres, si l’éclat intraoculaire est petit; et, d'autre part, une série de nos observations concernent des blessés chez lesquels un petit aimant, ou même le gros aimant mural de Wolkmann (2 malades adressés de Paris par M. Morax) n’ont pas permis l'extraction, qui à été simple avec l’électro-aimant géant du service.

Et cela peut être résumé en cet aphorisme: à gros éclat, petit aimant; à petit éclat, gros aimant.

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