OBSERVATION XXI
M. X.(36), fondeur en caractères depuis vingt-trois ans, a eu plusieurs co¬
liques de plomb ; une fois, entre autres, il a été retenu trois semaines à l’hôpital pour s’en faire traiter. Sa femme, âgée de 16 ans au moment du elle est entree à la fonderie, avait 24 ans lorsqu’il l’a épousée. Elle n’a pas eu d’accidents saturnins.
Elle est devenue enceinte cinq fois.
La première fois, elle a eu un enfant qui est mort a 9 mois.
La deuxième fois, elle a eu un enfant qui est mort a 9 jours.
La troisième fois, elle a eu un enfant qui est mort a 6 ans.
La quatrième fois, elle a fait une fausse couche d’un mois et demi.
Et la cinquième, elle a fait une fausse couche de cinq mois.
Résumé. 5 grossesses qui ont donné 2 fausses couches, 1 enfant mort à 9 mois, 1 à 9 jours, et 1 à 6 ans; pas d’enfant restant .vivant.
Total des sept observations précédentes; résultat des grossesses survenues pendant le maniement du plomb.
Observations. Avortements.
Total.
Sur 32 grossesses.
Ce tabieau donne également un résultat remarquable; on peut voir que, dans chacun des cas, il y a eu avortement. En voici du j’este le résumé :
Sur 32 grossesses survenues pendant le travail , 12 enfants sont morts avant terme, c’est-à-dire qu’il y a eu 11 avortements et t mort-né.
Sur 20 enfants venus au monde vivants ,
S sont morts dans la première année,
4 dans la deuxième,
5 dans.la troisième,
1 seul au delà de ce terme.
Des deux qui restent vivants sur 32 grossesses, 1 a 20 ans, mais l’autre n’a encore que 21 mois.
L’influence du plomb, transmise par le père à l’enfant, est tout aussi réelle que quand c’est la mère qui s’est exposée ; elle est peut- ■êire un peu moins malfaisante; j’en ai donné plus haut la raison: cela tîen! a ce que, chez la mère, l’intoxication produit son effet sur l’organisme non-seulement au moment de la conception, mais encore pendant toute la durée de la grossesse et de l’allaitement.
S il s agissait d un virus, et non d’un poison, il serait intéressant de rechercher à quelle époque de I évolution de la maladie arrive la mort du fœtus. Mais ici la question est bien différente ; c’est à un poison inorganique que j’ai affaire. Si les préparations de plomb m’ont pas amené la cachexie métallique spéciale, ce qui est presque «ne maladie constitutionnelle, elles n’ont,d’action que pendant un temps dont la durée est limitée, et s’éliminent si l’absorption ne s en fait pas tous les jours. Le résultat dépend surtout de la quantité de poison qui a pénétré dans l’économie. Il faut qu’au moment de sa fécondation , et pendant la grossesse, s’il s’agit d’une femme, l’individu soit, si je puis dire ainsi, en puissance du plomb.
Ces conditions variables expliquent comment la mort du fœtus arrive à des époques différentes, et peut même manquer.
On a déjà pu voir, par les observations qui précèdent, qu’il n’est pas nécessaire, pour que la mort du fœtus arrive, qui! y ait eu une intoxication profonde.
Je vais montrer que la mort du fœtus pourra être la seule manifestation de l'intoxication saturnine chez des individus où le liséré existe.
Je vais du reste m’expliquer sur la valeur que je donne a ,pe liséré.
La plupart des médecins qui ont étudié 1 intoxication saturnine, et Tanquerel-Desplanches lui-même, l’ont regardée comme un symptôme de l’intoxication. Seul, M. Grisolle s’est demandé si ce ne serait pas un simple accident local, et il a eu recours pour cela à l’expérimentation. Il est arrivé à démontrer que le sulfure de plomb qui constitue ce liséré se forme de la manière suivante : les particules plombiques qui sont transportées par I air pénètrent dans les voies aériennes par le nez et la bouche ; mais il existe dans le produit de la sécrétion du périoste alvéolo-dentaire de l’acide sulfhydrique qui donne un sulfure de plomb sur place, et dénote la présence des molécules de plomb qui se sont déposées autour des dents. Ce plomb n’est donc pas absorbé, puis éliminé par les gencives , il est seulement déposé en cet endroit.
J’ai répété cette expérience de mon côté ; j’ai choisi quatre femmes n’ayant jamais été exposées à contracter des accidents saturnins, et dont les gencives étaient nettes, et ne laissaient autour des dents aucune crasse.
Je leur ai appliqué à chacune, au lieu d’élection du liséré, une goutte d’extrait de saturne, en ayant soin d’éviter pendant quelque temps qu’elles ne l’enlevassent avec leurs lèvres ou leurs genres , puis je leur ai permis de se rincer la bouche avec de l’eau. Le lendemain, le collet des dents était noirci, et le bord de la gencive commençait à avoir trace de liséré. J’ai répété la même expérience quatre jours de suité, et j’ai obtenu des lisérés des plus nets, qui ont persisté pendant une duréequi a varié de un mois à six semaines.
€ette expérience est doncdes plus sensibles. II est inutile de dire que, chez ces malades, il n’est survenu aucun signe d’intoxication saturnine. J’ai essayé de reproduire la même expérience sur des animaux, mais je n’ai pu obtenir le même phénomène. Un cochon d’Inde, auquel j’ai fait boire, pendant un mois tous les jours, 1 centimètre cube de solution saturée d’acétate de plomb cristallisé, est mort atteint d’un peu de paralysie de la patte postérieure droite, sans avoir rien eu aux gencives.
Si je signale dans toutes les observations I état des gencives, ce n’est pas comme un symptôme d’intoxication que je le donne, mais comme une preuve que le malade a été exposé aux émanations saturnines, et qu il a dû en absorber par les voies respiratoires. Cette remarque a toute sa valeur pour les observations qui suivent, où la mort du fœtus a été le seul, ou presque le seul accident saturnin.
Sixième série d’observations.
Pour que le foetus vienne à mourir, une faible quantité de poison, ne pouvant déterminer que des accidents légers, suffira-t-elle? mourra-t-il chez des individus exposés à une forte dose, mais qui, par des conditions personnelles, échappent aux accidents graves?
Les observations suivantes prouvent qu’il n’y échappe pas.