OBSERVATION VL
B.(Jean), 25 ans, journalier, travaille depuis six semaines à Clichy, entre
à Lariboisière, le 5 décembre, avec tous les signes de la colique de plomb. La constipation dure depuis trois jours.
Il a déjà le liséré des gencives, des douleurs arthralgiques modérées, de la constipation opiniâtre, des coliques violentes avec vomissement; un peu de fièvre.
On fait deux applications de glace sans provoquer de selles. M. Hérard ne veut pas prolonger l’emploi de la glace , et donne une goutte d’huile de croton qui. amène une évacuation abondante. Mais, les jours suivants, la constipation reparaît et est presque constante; les douleurs abdominales sont presque aussi fortes.
Le 14, nouveaux vomissements porracés et constipation. On donne 25 grammes d’huile de ricin, qui amènent une évacuation abondante; mais la constipation reparaît de nouveau, et le 19, il y a quatre jours que le malade n’a pas été à la
selle. Ou lui fait une application de glace de deux heures ; soulagement notable, diminution des douleurs.
Le lendemain 20 décembre, le malade a une dizaine de selles liquides. Depuis ce moment jusquà la fin de décembre ( douze jours), la constipation a cessé, le malade va à la selle régulièrement, et les douleurs sont beaucoup moindres. Il sort guéri dans les premiers jours de janvier.
Je dois ces trois dernières observations à la complaisance de mon ami Danjoy, interne chez M. Hérard pendant l’année 1860.
J’ai fait encore deux autres essais de traitement par la glace dans la colique de plomb, chez des malades où la fièvre prédominait, et, bien que j’aie associé la belladone à ce traitement, je n’en ai retiré aucun avantage, et depuis, un nouveau cas avec fièvre s’étant présenté, j’ai suivi les indications, et n’ai pas donné de glace.
Mais je crois que dans les cas sans fièvre où prédominent la douleur, ta constipation, les coliques ou les vomissements, on en retirera quelque avantage, et les observations 1, 3, 5 et 6, en sont une preuve.
Un des avantages de ce traitement est qu’en amenant des évacuations il ne ramène pas la constipation pour les jours suivants ; les selles, une fois établies, se sont en .général maintenues régulières.
Un second fait remarquable et qui est noté dans les observations, c’est la disparition prompte de la douleur, et non-seulement de la douleur du ventre, mais encore des douleurs des membres.
Je crois donc pouvoir proposer aux médecins de joindre ce nouveau moyen a ceux déjà nombreux que possède la thérapeutique médicale, espérant du reste en poser plus tard, d’une façon plus nette, les indications et contre-indications, et par là mettre chacun à même rien, tirer le p!us grand profit possible.
La manière dont je l’emploie est bien simple r je remplis une vessie de porc avec des morceaux de glace, et je la laisse appliquée deux ou trois heures, et je recommence soit dans la même journée, soit le landemain. Ce traitement est bien supporté par les malades même pusillanimes, ils me le trouvent pas trop pénible.
Un des avantages auxquels j’attache une certaine importance, c’est qu’il est d’un emploi facile et peut rendre des services trèsnombreux. Voici comment :
Tous les médecins qui ont été à même de voir un certain nombre d’ouvriers maniant le plomb, ou mieux encore les composés de plomb, savent qu’ils sont atteints fréquemment de coliques sourdes et de constipation qu’ils cherchent à faire partir en prenant du lait, d’autres de l’élixir de Garus, etc., et qu’ils restent quelquefois en repos un jour ou deux, sans pour cela demander leur admission à lhôpitah Je crois donc qu’en signalant ce traitement, on peut rendre dans ces cas de grands services; le moyen est simple et peu coûteux, et permettra peut-être à quelques-uns d être debarrasses très-promptement, au lieu d’attendre, comme ils le font presque tous, pour se soigner, qu’ils soient dans l’impossibilité de quitter la chambre.
Les chefs des établissements où les ouvriers sont exposés à contracter la colique saturnine pourraient donc, en indiquant ce moyen à leurs ouvriers, les mettre à même de se soulager promptement et à peu de frais.
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