‹ Considérations sur cinq fléauxChapitre 13 sur 28 · DU DANGER DES CORSETS TROP SERRÉS · texte numérisé non relu

DU DANGER DES CORSETS TROP SERRÉS

Les figures 1 et 2 représentent une esquisse de la Vénus de Médicis, considérée à juste titre comme une des plus parfaites expressions de la beauté d'une femme ; le squelette laisse voir les os dans leur position naturelle.

Les traits de la figure 3 représentent une demoiselle qui a voulu être mince au delà du vœu de la nature, et a moulé sa taille dans un corset; la figure 4 montre la triste disposition de sa charpente osseuse.

En vérité, le dernier de ces dessins ne laisse dans l'âme que de mélancoliques pensées. Respiration embarrassée

et fréquente, palpitations de cœur; sang mal aéré, et par suite débilité des organes; inflexion de l'épine dorsale et dérangement de la taille; digestion pénible; finalement, maladies pulmonaires : voilà quelques-uns des inconvénients des corsets trop serrés. Nous ferons grâce à nos lectrices de plus de détails; les gravures leur parleront assez clairement; au besoin, leurs docteurs en diront davantage.

Mais il nous sera permis de déclarer ici avec les formes les plus polies et les plus respectueuses que nous puissions employer, que les femmes sont dans une parfaite erreur lorsqu'elles s'imaginent ajouter à leurs grâces naturelles en donnant à leur taille une roideur et en même temps une frêle apparence pénible à voir. Beauté et santé, sont deux qualités intimement unies. Une taille trop menue fait disparate avec le reste du corps ; elle perd d'ail-

leurs, sous la compression barbare de la baleine ou de l'acier, la mobilité et le laisser aller qui lui donnent de l'expression; car la vie et le sentiment sont pressés sous ces armures inanimées et mécaniques, et ne se manifestent que par un mouvement machinal et saccadé, semblable à celui d'un automate mis en jeu par la vapeur. Et enfin, les mères ne sont-elles pas responsables envers leurs enfants de la vie qu'elles leur donnent; ne craignent- elles pas de ne leur transmettre qu'une faible santé ? Elles emploient leurs plus belles années à les soigner dans leurs berceaux, nous le savons ; mais si par ces sacrifices auxquels elles se condamnent, elles remplissent leur devoir de mère, pourront-elles racheter le vice de constitution dont elles laissent le triste et douloureux héritage?

(Extrait du Magasin pittoresque .

Page 1