‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienne (volume 2)Chapitre 39 sur 157 · XLI. Fausse honte · texte numérisé non relu

XLI. Fausse honte

La cause principale du défaut, soit d'intégrité , soit de sincérité dans la confession , est la honte que Ton ressent de révéler à un homme qui n'est pas son confident ordinaire , de qui on désire l'estime , ses foiblesses les plus humiliantes, ses désordres les plus criminels, ce^ qu'on voudroit cacher h tous les regards, et sur quoi on n'ose porter les siens (3). On n'eut pas honte de commettre le péché; on a honte de l'avouer, On n'a pas rougi du mal; on rougit de s'en délivrer. Le sentiment de la honte est un dey dons de notre Créateur. Sa bienfaisante providence l'a placé dans nos cœurs, pour être , et le préservatif, et le remède du péché; pour

(1) Non coçnovit quoniam oculi Do mini multo plus lucidiorcs super solem ; circumspicientcs omnes Tias hominum y et profundum abyssi et bominum corda intuentes in absconditas partes. Eccli. xxm. 28.

(2) Deus, tu scis insipientiam meam, et délie ta mea aie non sunt abscondita. Psalm* lxviii. 6.

(3) Non confundaris conûteri peccata tua. Eccli. iv. 3.

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nous rendre lenls à la faute, ardens au repentir; pour nous retenir avant le crime, pour nous convertir après ; pour nous arrêter sur la route du vice par le scrupule , pour nous en ramener par le remords. Mais le cœur corrompu communique son infection même aux inclinations vertueuses qui lui avoient été données. Le sentiment de honte qui lui avoit été donné pour l'éloigner du crime , il le fait servir h y persévérer. Il sut bien le secouer quand il voulut pécher : il l'exagère, ou plutôt il le dénature quand il s'agit de se repentir. A Dieu ne platse cependant que nous voulions, pour garantir les pécheurs de cette extrémité , les faire tomber dans l'excès contraire. Ils ne sont véritablement pénitens ni ces hommes effrontés, qu'à l'arrogance avec laquelle ils se présentent, on croiroit plutôt se vanter de leurs désordres, que lçs accuser (i ) : ni ces personnes sottement timides, qu'une crainte pusillanime et criminelle empêche de reconnoître leurs fautes.

Que les pécheurs ne perdent donc pas ce sentiment, qui leur est si nécessaire; mais qu'ils le dirigent , qu'ils le fassent porter sur le péché, et non sur l'aveu du péché. Qu'ils conservent précieusement cette confusion salutaire qui ouvre les cœurs au regret , et sans laquelle il

(i) Frons mulieris mcretrici» facta est tibi : noluisti ciubescere. Jerem. ut. 3.

n'y a pas de repentir; mais qu'ils surmontent avec courage la confusion pernicieuse qui ferme la bouche» et avec laquelle il n'y a pas de confession; qu'ils se pénètrent de celle qui leur sera un motif de pénitence, un principe de mérites , un titre à la gloire suprême ; qu'ils se délivrent de celle qui aggraveroit leurs péchés , et les conduiront , par l'impénitence , à leur entière ruine (i).

Car que peut être cette peine de quelques instans, que vous causera ta déclaration sincère de vos fautes , comparée aux malheurs éternels auxquels va vous exposer et vous livrer votre réticence? Il n'y a pas de milieu : ou un moment de confusion dans le tribunal , ou des supplices sans fin dans l'enfer. Vous avez honte de dire vos péchés? c'en est une bien plus grande de les taire. Vous en aurez une tout autre à subir, si vous ne les révélez pas avec exactitude , quand Dieu dans le grand jour les manifestera , non plus h un homme , mais au genre humain assemblé (2). Non , ce

(r) Pro anima tua non eonfundaris dicerc verum : est enim confusio adducens peccatum , et est confusio adducens çratiainet gloriam. Eccli. îv. 24,

(2) Eccè ego ad te, dicit Dominus exercituum, et revelabo pudenda tua in facic tuâ , et ostendam gentibus nuditatein. tuam, et regnis ignominiam tuam. Dfahwn. m. 5.

Quoadusquè veniat Dominus , qui et illuminabit abscondita tenebraruro, et manifestabtt consilia cordium. 1. Cor. îv. 4-

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n'est pas révéler votre opprobre , que de le découvrir dans le tribunal sacré; c'est le couvrir, l'effacer, l'anéantir, le précipiter dans un éternel oubli. Si le principe de l'humilité, qui doit animer tout pécheur, ne peut vaincre votre misérable crainte , triomphez-en du moins par une crainte plus forte et plus raisonnable.

C'est à un homme, il est vrai, que vous allez confier vos fautes; mais que pouvez-vous redouter de lui ? Quelque graves que soient les péchés que vous déposerez dans son sein , ils ne le surprendront point. Il connoît toute l'étendue de la fragilité humaine : il fut souvent le confident de désordres plus criminels encore ? peut-être même les a-t-il connus par sa propre expérience; il en sent du moins dans lui le germe empesté, le dangereux penchant. Ses efforts pour s'en défendre, lui -montrent la facilité d'y céder : la peine qu'il éprouve à vaincre, lui inspire l'indulgence pour ceux qui sont vaincus. Vous craignez son mépris ; ce sera sa tendre piété que vous exciterez. Plus il vous verra coupable , plus sa miséricordieuse charité sera émue. Il sera , non pas scandalisé des fautes que vous avouerez, mais édifié de la sincérité de votre aveu. Il admirera votre humilité, plus qu'il ne blâmera vos péchés; et ce qui cause votre honte vis-à-vis de lui, sera pour lui h votre égard un sujet d'estime. Non , n'imaginez pas trouver en lui un juge sévère; c'est un père

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sensible qnc vous allez trouver, ua père clément qui tend les bras h l'enfant prodigue. Il est homme ; mais il est le représentant de Jésus- Christ , de ce maître indulgent qui recevait avec tant de bonté les pécheurs de toute espèce : il est son représentant dans L'exercice de sa miséricorde. Ce ne sont pas les idées de Thomme qu'il porte sur le tribunal; ce sont les pensées , les sentimens du maStre qui , en lui confiant ses pouvoirs , lui ordonne de les exercer comme il le feroit lui-même. Pensez que c'est h Dieu que vous vous adressez, dans la personne de son délégué. Que l'impie se repente de ses iniquités , dit-il par son prophète, et je ne m'en ressouviendrai plus (i). En périssant dans la mémoire de Dieu , nos péchés périssent de même dans celle de son ministre. Ensevelis dans son sein , ils ont disparu pour jamais. Aussitôt qu'il les a remis , il les a oubliés. Une loi sévère munie du sceau de toutes les puissances ecclésiastique et civile, sanctionnée des peines les plus rigoureuses du temps et de l'éternité , l'astreint à un silence religieux , absolu , inviolable. Sur le tribunal , il a dû tout savoir; sorti du tribunal, il est tenu de tout ignorer.

(i) Si autein impius eçerit poenitentiara ab omnibus pecca-

tis suis quee operatus est omnium iniejuitatum ejus quas

operatus est non recordabor. Ezech. xvm. ai , i>..

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