XIII. Erreur de croire la volonté de se convertir
Et vous devez d'autant plus trembler , que votre plus redoutable ennemi, dans cette grande affaire , est vous-même. C'est votre propre volonté, qui jusqu'ici, ou foible, ou rebelle, peut et doit toujours continuer de l'être. Je suppose , ce qui est si incertain , que le temps fixé par vos désirs vous soit accordé , étes-vous assuré d'avoir la volonté d'en profiter : et je dis une volonté ferme, résolue , eflicace, la seule dont il puisse être question : puisque c'est la seule capable d'opérer votre réconciliation.
Et comment pouvez-vous compter sur cette volonté : puisque jusqu'à présent, malgré la conviction de sa nécessité , malgré tous vos
DE LA PÉNITENCE. l4$
désirs , vous ne l'avez jamais eue. Oui , quoique vous disiez , quoique vous protendiez , je vous soutiens que jamais vous n'avez voulu vous convertir. Et la preuve en est évidente : c'est que votre conversion est encore à faire. Dieu vous tendoit les bras , vous appeloit , vous invitoit , vous engageoit à revenir à lui. Repassez dans votre esprit toutes les grâces de tous les genres, dont sa bonté n'a cessé de vous combler, même depuis vos péchés. .Remords de conscience , dégoût du vice , sentimens affectueux, lectures salutaires, bons exemples , avertissemens particuliers, exhortations publiques , occasions de retour ménagées , obstacles mis à vos passions , afflictions et disgrâces provenant même souvent de vos désordres : la miséricorde divine n'a rien négligé, rien épargné, pour vous ramener à elle. C'est vous , pécheur obstiné, qui vous êtes constamment refusé h toutes ses instances. C'est de votre côté , c'est par le fait de votre résistance, que votre conversion a toujours échoué. C'est donc le défaut, disons mieux , c'est l'opposition constante de votre volonté, qui a jusqu'ici empêché votre pénitence. Vous avez bien eu quelques velléités; mais jamais une volonté réelle. Votre cœur a pu former quelques désirs. Votre esprit n'a jamais pris une résolution solide.
l5û SUR LE DJÎ-LAI