XIII. L'avai ice endurcit le cœar
Si cette passion détestable a la force de briser jusqu'aux barrières que lui oppose le ministère sacré, quels ravages ne fera-t-elle pas dans la religion des simples fidèles ? Tout vice est opposé à la religion : il n'y en a aucun que sa juste sévérité ne condamne, aucun qui ne combatte ses principes , qui ne fasse violer ses lois. Mais l'avarice étant celui qui attache le plus fortement le cœur, qui l'absorbe le plus entièrement, qui l'occupe le plus continûment, est nécessairement celui qui détourne et qui éloigne le plus efficacement de Dieu. Observez l'homme dominé par la passion de l'avarice. Comme il lui dévoue tous ses moments , il ne lui en reste plus à consacrer au service divin. Comme il lui donne toutes ses affections^ il n'a plus aucun sentiment pour celui qui devrait les réunir tous. Les instructions de l'Eglise , les lectures pieuses , la méditation des vérités saintes , la compagnie des hommes vertueux , les conférences avec les hommes instruits , la prière , la retraite , tous les moyens de salut sont absolument abandonnés par lui : ou , s'il fait encore usage de quelques-uns , c'est si rarement^ si négligemment , qu'ils ne peuvent lui être d'aucun avantage. Invitez-le à la fréquentation des sacre-
SUR l'avarice. 201
ments, il vous répondra comme les conviés de TEvangile, que sesaft'aires temporelles ne le lui permettent pas (1). Parlez-lui de réforme , il se moquera de vos exhortations, comme les pharisiens tournaient en dérision les discours de Jésus -Christ même, parce qu'ils étaient avares (2). La grâce divine descendant dans son âme , y tombe comme la semence dont parle le divin Sauveur dans une de ses paraboles , pour y sécher sur la pierre dure de son cœur , ou pom- y être étouffée par les épines et les ronces de ses désirs temporels (3). L'oubli de Dieu , voilà le premier effet de la passion de la richesse (4).
XïV. L'avarice est une sorte d'idolâtrie.
Mais hélas I ce n'est pas toujours le seul. Nous avons vu le grand apôtre déclarer que cette racine de tous les maux a porté dans quelque personne le fruit empesté de les faire errer sur la foi. Il nous dit positivement , et il le répète en plusieurs endroits , que l'avarice est une idolâtrie (5). Avant lui un prophète l'avait aussi formellement, aussi fréquemment déclaré. Leur argent et leur or , disait-il , sont les idoles qu'ils se sont forgées et qui les feront périr (6). Dans leur abondance ils ont multiplié leurs autels (7). Ephraïm a dit : Je suis devenu riche : je me suis trouvé une idole (8). Et ce ne sont pas
(i) "V. Luc. i4; i&etseq.
(2) Andicbant autera otnnia haec pharisaei , qui erant avari : et d&ridebant illnm. Luc. i6; 14.
(3) Y.Matth. i3; 3 et seq.
(4) Jaxta pascaa sua adimpleti snnt et saturati sunt, et levaveruiit cor sanm et obliti sunt mei. Osée i3; 6.
(5) Avarns, qnod est idolorum servitus. Ephes. 5; 5. Avaritiara, qua; est siinnlacrorum servitus. Coloss. 3; 5.
(6) Argentum suum et aurumbunmfecerunt sibi idola, ut intorirent. Oseei; 4.
(7) Secundnm multitadinemfructus sui , mulliplicavit altaria. ibid. lO; r.
(8) Et dixit Ephraïm : verumtainen dives effectus sura , inverii idolnm inihi./3/<f. la ; 8.