‹ Considérations sur divers points de la morale chrétienneChapitre 152 sur 281 · XII. L'impureté conduit à l'incrédalité · texte numérisé non relu

XII. L'impureté conduit à l'incrédalité

Il est un crime entre tous les autres , le crime qui dis • tingue notre malheureux siècle , le crime qui attaque Dieu le plus directement , dont l'impudicité est le principe le plus général. Ce n'est pas l'impie , c'est son cœur qui a dit : Il n'y a point de Dieu (1). Là raison resterait sans difficulté soumise à la foi , si la volupté ne l'entraînait pas dans sa révolte. Celui-là renie son Dieu , à qui il serait utile qu'il n'y en eût pas. Celui-là rejette la religion , dont la religion gène les passions. Or , de toutes les passions , l'impureté est celle qui est le plus gênée par la religion. Dans toutes les autres on cherche des prétextes , on invente des sophismes pour se justifier. L'ambitieux allègue la dignité de son rang , le vindicatif colore ses ressentiments par des motifs de justice , l'avare rejette sur Téconomie ses gains sordides. Mais l'impudique ne peut pas avoir même ces fausses ressources. Quelque idée atténuée qu'il se fasse de son état , il lui est impossible , tant qu'il conserve un reste de foi , de se justifier , de

(r) Dixit insipiens in corde suo: Non est Deas. Psalm. i3 ; i.

SDR l'impureté. 267

se rassurer entièrement, d'étouffer tout reproche intérieur. Sa conscience lui dit comme Jean-Baptiste à Hérode : Il ne t'est pas permis (1). Et de même que ce prince incestueux fit mourir le saint précurseur, l'impudique cherche à détruire ce censeur intérieur si incommode. Que toutes les lumières de la foi s'éteignent , puisqu'elles font voir un Dieu armé contre cette passion. Les païens , pour autoriser leurs dissolutions , s'étaient fait des dieux impudiques. Dans l'impuissance d'ôter à son Dieu sa sainteté et sa justice , le chrétien prend l'affreux parti de le nier. Ne pouvant en même temps croire et se satisfaire , il s'efforce d'arracher de son esprit l'idée de la Divinité. Tels ces infâmes vieillards qui avaient entrepris de corrompre Suzanne , commencèrent par détourner les yeux , afin de ne plus voir le ciel , et de perdre toute idée des jugements divins (2).

Page 1