‹ Considérations sur l'anatomie pathologique et le traitement du rein mobileChapitre 35 sur 70 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

LecGueu. Bulletin de la Société anatomique, juillet 1895, p. 565.

Quelques considérations sur l'anatomie pathologique du rein mobile.

Une femme de 27 ans morte de tuberculose pulmonaire. Pendant la vie le déplacement des reins était resté méconnu; il n’y avait eu aucun incident, aucune douleur sérieuse pour attirer l’attention de ce côté. Mon observation restera donc purement anatomique.

Ce n’était pas cependant un déplacement congénital ou du moins aucune anomalie des vaisseaux ne permettait de le supposer. Des deux côtés le rein quittait complètement la région lombaire et venait se placer dans la région ombilicale en situation transversale. C’est donc la mobilité complète; la mobilité au troisième degré: des deux côtés le même degré était atteint et je puis faire par conséquent une description d’ensemble pour les deux reins à la fois.

Les reins ne présentent par eux-mêmes aucune altération; ils sont normaux de forme, d’aspect, de volume : il n’y a aucune apparence d’hydronéphrose.

Sédille 5

Les particularités que j’ai notées et sur lesquelles je veux surtout attirer votre attention, ont trait aux vaisseaux, au péritoine, aux moyens de fixité du rein et enfin à l’uretère.

Vaisseaux. — Les vaisseaux du rein sont des deux côtés très allongés ; ils prennent naissance sur l'aorte à un niveau normal. Sion les prend dans leur ensemble, réunissant l’artère et la veine dans un même faisceau que l’on mesure de l'aorte au hile du rein, on trouve à droite une longueur de 11 centimètres, et à gauche une longueur de 13 centimètres. Sur un sujet normal, les mensurations pratiquées dans les mêmes conditions un peu schématiques, donnent à droite 5 centimètres et à gauche 7 centimètres environ. L’aliongement est done considérable et on ne peut s’en étonner. On a dit que l’allongement primitif des vaisseaux était la raison du rein mobile, le fait ne me semble pas prouvé. Il est tout aussi simple de comprendre l'allongement secondaire : le rein ne peut descendre sans exercer de tractions sur ses vaisseaux et ceux-ci s’allongent en vertu de leur élasticité. Et ainsi allongé, le rein oscille autour du point d'attache de ses vaisseaux à l'aorte et à la veine-cave. Quand on pèse sur l’extrémité supérieure du rein pour l’abaisser en mettant en jeu sa mobilité, il descend dans une ligne parallèle à la colonne vertébrale jusqu’au moment où les vaisseaux sont distendus, alors si l’on poursuit le mouvement, on voit l'extrémité inférieure du rein se porter en dedans de manière à décrire un arc de cercle autour du point d'attache des vaisseaux. C’est en somme la constatation anatomique de ce que l’on trouve au palper sur le vivant.

Péritoine. — Sous le péritoine, le rein s’est tracé

un canal, un trajet où il glisse facilement sans obstacle, n'étant arrêté que par la limite d’élasticité de ses vaisseaux. Le rein gauche peut être amené jusqu’à la racine du mésentère sous laquelle il s'arrête. Le rein droit s'engage dans le mésocôlon ascendant qu'il soulève, vient soulever aussi le duodénum à l’union de la jonction verticale avec la portion horizontale, au-dessous du pancréas. Il vient aussi toucher la racine du mésentère, où la laxité des tissus sous-péritonéaux semblant moins accentuée il s’arrête. 11 n’y a nulle part de vestige de pédiculisation et je n’ai rien vu qui ressemblât à une dépression du péritoine, dans laquelle le rein serait venu se loger pour s’en faire comme un méso. Partout, au contraire, la séreuse reste à sa place, simplement soulevée à chaque passage du rein et de suite après reprenant son rôle de feuillet pariétal.

Moyens de fixité du rein. — Si nous analysons maintenant l’état des enveloppes immédiates du rein, de celles qui plus ou moins ont un rôle dans sa fixité, nous avons des difficultés plus sérieuses pour retrouver les vestiges transformés de la disposition normale. La graisse périrénale fait absolument défaut: on n’en trouve aucun vestige ni en avant ni en arrière des reins ; il s’agit, ne l’oublions pas, d’une poitrinaire très amaigrie : il est donc très naturel de ne plus trouver de graisse.

Lorsque le péritoine est enlevé, on retrouve audessous de lui cette lame dite fascia propria qui forme la paroi antérieure de la loge même du rein et dont la description est au long dans les classiques : on sait qu’arrivée au bord externe du rein, elle se dédouble pour envelopper le rein, un feuillet passe en avant, un autre en arrière : en haut et en bas, ils

se rejoignent aussi et de cette façon est fermée la loge dans laquelle le rein est contenu à l’état normal.

Sur ma pièce, on retrouve sous le péritoine, les traces du feuillet antérieur de la gaîne, mais ce feuillet n’est épais et très apparent qu’en haut. En bas, au contraire, on ne trouve au-dessous du péritoine et en avant du rein qu’une gaîne celluleuse amincie et qui se continue en haut avec le reste de la paroi antérieure de la gaine. Comme le rein passe au devant de l’uretère, et que l’uretère siège dans le fascia propria, on voit que c’est la paroi antérieure de la loge qui à son extrémité inférieure a été distendue et amincie. La capsule du rein n’a pas changé de place, elle n’est pas mobile avee le rein, mais elle est agrandie aux dépens de la partie antéro-inférieure. Dans cette loge agrandie, le rein joue librement : il n’est retenu que par des tractus celluleux très lâches qui laissent libre cours à sa mobilisation.

Uretère. — J'en arrive maintenant à l’uretère et ce point a une réelle importance.

Quand on examine le rein à son état d’abaissement, on voit que l’uretère lui aussi s’est abaissé avec le rein, il a suivi le rein dans son abaïissement sans se replier sur lui-même. Il présente donc des courbures ou plutôt des coudures qui sont très mobiles, qui changent de forme, de situation avec le niveau du rein et qui pour un même degré d’abaissement, ne présentent ni la même disposition, ni la même situation exactes. Cette modification de l’uretère s'étend à une longueur d'au moins 6 à 5 centimètres. Au-dessous l’uretère a retrouvé sa fixité relative, il continue son trajet rectiligne.

Enfin un autre détail mérite d’être noté.

Lorsque après avoir mis le rein en situation trans-

versale, on examine ses rapports avec l’uretère, on voit que lextrémité inférieure du rein a passé au devant de l’uretère, sans le soulever, et au-dessous l'uretère décrit une courbure à petit rayon pour revenir à son point d'attache au hile.

J’ajouterai enfin que les capsules surrénales sont à leur place et que le côlon n’est pas déplacé.

Tous ces détails ont été notés d’une façon presque identique des deux côtés.

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