DE LA POLITESSE
Dans chaque siècle, sous chaque règne, on vante la politesse des vieux Seigneurs, on reproche aux jeunes gens de manquer d'égards et d'attentions.
Cf. La Bruyère : « L'on parle d'une région où les vieillards sont galants, polis et civils ; les jeunes gens au contraire durs, féroces, sans mœurs ni politesse. »
La Rochefoucauld : « La plupart des jeunes gens croient être naturels, lorsqu'ils ne sont que mal polis et grossiers. »
Plusieurs persomtes sentent mauvais... C'est l'antithèse de Pascal : « le Respect est : incommodezvous. »
On est presque toujours dupe de la politesse et des expressions qui ont le moins de valeur réelle, parce que Vanwur-piopre est aveuglément porté à tourner tout à son avantage.
Cf. Duclos. Considération sur les mœurs, chap. III : « Les hommes savent que les politesses qu'ils se font, ne sont qu'une imitation de l'estime. Ils conviennent en général que les choses obligeantes qu'ils se disent, ne sont pas le langage de la vérité, et dans les occasions particulières, ils en sont les dupes. L'amour-propre persuade grossièrement à chacun que ce qu'il fait par décence, on le lui rend par justice. »
La Rochefoucauld : « La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notre vanité.
DES RÉPUBLiaUES ET DES MONARCHIES
Le gouvernement monarchique convient à Vhonime mûr qui prise davantage le repos et la paix.
Cf. Helvétius. Pensées et Réflexions : « L'état monar-
chique n'est pas la patrie des ambitieux ni des talens ; c'est la patrie où les hommes communs sont plus heureux. Les grands seigneurs n'y ont d'autre part à prendre que d'être sots et ignorans. Avec l'âme grande et éclairée, ils seraient ambitieux et trop à craindre. »
Une monarchie tempérée est la constitution qui approche le plus de la perfection.
Cf. Montesquieu. Esprit des Lois, m, 5 : « Dans les monarchies, la politique fait faire les grandes choses avec le moins de vertu qu'elle peut ; comme dans les plus belles machines, l'art emploie aussi peu de mouvemens, de forces et de roues qu'il est possible. »
La crainte et Tàbsence du sentiment d'honneur sont ce qui caractérise particulièrement les Etats despotiques.
Cf. Montesquieu, Esprit des Lois, m, 10: «Dans les états monarchiques et modérés, la puissance est bornée par ce qui en est le ressort ; je veux dire l'honneur, qui règne, comme un monarque, sur le prince et sur le peuple ».
T>ans une République, on dépend des lois plus que des personnes.
Sénac en est resté à la conception idéale de la République. Montesquieu voyait mieux : « L'avantage d'un Etat libre est qu'il n'y a point de favoris ; mais quand cela n'est pas, et qu'au Heu des amis et des parens du prince, il faut faire la fortune des amis et des parens de tous ceux qui ont part au gouvernement, tout est perdu ; les lois y sont éludées plus dangereusement qu'elles ne sont violées par un prince qui étant toujours le plus grand citoyen de l'Etat, a le plus d'intérêt à sa conversation. » Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, chap. iv.
La politesse est dans les Cours une qualité caractéristi-
que et indispensable. Elle y est le supplément des vertus qu'on n'a pas.
Cf. Saint-Evremond : « On ne s'étudie qu'à plaire dans les cours des rois, parce que l'on y fait sa fortune en se rendant agréable ; de là vient que les courtisans sont ordinairement si polis. Dans les villes, au contraire, et dans les Républiques, comme les hommes ne font leurs affaires qu'en travaillant, le dernier de leurs soins est de plaire, c'est ce qui les rend plus grossiers. »
La politesse qui n'est qu'une imitation des vertus sociales :
Cf. Duclos, op. cit , III : « La politesse est l'expression ou l'imitation des vertus sociales ; c'en est l'expression, si elle est vraie, et l'imitation, si elle est fausse : et les vertus sociales sont celles qui nous rendent utiles et agréables à ceux avec qui nous avons à vivre. Un homme qui les posséderoit toutes, auroit nécessairement la politesse au souverain degré.