‹ Considérations sur l'esprit et les moeursChapitre 59 sur 67 · DU BON TON ET DU RIDICULE · texte numérisé non relu

DU BON TON ET DU RIDICULE

Ce qu'on appelle le bon ton, est essentiel à la classe des gens médiocres.

Cf. Duclos, op. cit., cap. viii : « Toute question importante, tout raisonnement suivi, tout sentiment raisonnable, sont exclus des sociétés brillantes, et surtout du bon ton. Il y a peu de tems que cette expression est inventée, et elle est déjà triviale, sans être mieux éclaircie : je vais dire ce que j'en pense.

Le bon ton, dans ceux qui ont le plus d'esprit, consiste à dire agréablement des riens, et à ne se pas permettre le moindre propos sensé, si l'on ne le fait excuser par les grâces du discours ; à voiler enfin la raison quand on est obligé de la produire, avec autant de soin que la pudeur en exigeait autrefois, quand il s'agissoit d'exprimer quelque idée libre.

L'agrément est devenu si nécessaire, que la médisance même cesseroit de plaire, si elle en étoit dépourvue. Il ne suffit pas de nuire, il faut surtout amuser ; sans quoi le discours le plus méchant retombe plus sur son auteur que sur celui qui en est le sujet. »

Le ridicule est inventé par les esprits frivoles.

Cf. Duclos : « Le ridicule ressemble souvent à ces fantômes qui n'existent que pour ceux qui y croient... Le ridicule est supérieur à la calomnie, qui peut se détruire en retombant sur son auteur. La malignité adroite ne s'en fie pas même à la difformité du vice ; elle lui fait l'honneur de le traiter comme la vertu, en lui associant le ridicule pour le décrire ; il devient par là moins odieux et plus méprisé.

Le ridicule est devenu le poison de la vertu et des talens, et quelquefois le châtiment du vice. Mais il fait malheureusement plus d'impression sur les âmes honnêtes et sensibles que sur les vicieux, qui depuis quelque tems s'aguérissent contre le ridicule ; parmi eux on en donne, on en reçoit, on en rit.

Le ridicule est le fléau des gens du monde et il est assez juste qu'ils aient pour tyran un être fantastique. »

Le ridicule présente l'image de ce tiran de la faite, qui faisait coucher ses hôtes sur son lit, et coiipoit ou allongeait les pieds de ceux qui se trouvaient plus grands ou plus petits.

Cf. Duclos : « Je ne vois que les sots qui puissent gagner à un travers qui abaisse à leur niveau les hommes supérieurs, puisqu'ils sont tous alors assujettis à une mesure commune où les plus bornés peuvent atteindre. »

Le plus grand des malheurs est celui où vient se mêler le ridicule.

Cf. La Rochefoucauld : a Le ridicule déshonore plus que le déshonneur. »

COMMENTAIRE 2yS

Page 1