‹ Considérations sur l'étude des causes et de leurs rapports avec la spécificité pathologique et thérapeutiqueChapitre 2 sur 2 · A M. DELILE · texte numérisé non relu

A M. DELILE

Chevalier delà légion d’honneur. Membre correspondant de l’Institut, Professeur de botanique à la Faculté de médecine de Montpellier, etc., etc.

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in 2016

https ://arch i ve . O rg/detai Is/b22341 02x

Je n’ai jamais cm que, dans la pratique de la vie, on pût se soustraire aux influences philosophiques qui ont agi sur les sociétés. J’ai toujours pensé que, sans le savoir, peut-être sans le vouloir même , on obéissait à une pensée qui s’était fait jour dans les intelligences. Ces croyances, qui m’ont long-temps agité , m’ont fait sentir le besoin de m’attacher d celles vers lesquelles m’attirait mon attraction individuelle. Ce choix vacilla avec les influences attractives de ma propre spontanéité , avec celles du milieu qui m’entourait; mais toujours, dans mes études, je portai les pensées que je m’étais appropriées. L’idée philosophique qui domine donc dans ce travail est le fruit d’une conviction que j’ai élaborée auprès de son auteur , et je puis dire que la première perception que j’en ai eue a été pour moi intuitive; car j’avais instinctivement désiré ce que M. Ribes a si glorieusement ' proclamé. En appliquant journellement le PRINCIPE d’association J en apprenant aussi combien il est fécond en résultats , comment tous les faits que la science nous révèle viennent se grouper pour le corroborer , sans craindre que l’affection qui me lie à M. Ribes rende mon enthousiasme trop exclusif, je suis en droit d’affirmer que cette doctrine seule donne aux phénomènes appelés jusqu’ici physiques, chimiques et physiologiques , proprement dits, la signification la plus satisfaisante.

3e mis bien loin, en adoptant celte maniire de voir de jeter anaMme sur les actres concepi.oss au’o’n enseigne dans notre École ; car la doctrine e/ue nous cherchons à répandre apporte une Im de conanation mi m’a fait comprendre la face jusu ftab e de tous tes travaux, loin de m’enseigner à les combattre D’ailleurs, s’il est une Ecole dans laquelle les combattans scienlift^ues soient forcés d’exprimer après la lutte, les uns pour les autres, des sentimens

d'une estime profonde et d’une admiration sincère

pour leurs titres réciproques , n est-ce pas cette dan laquelle on peut journellement entendre les Dubrueil

tes Dugès, tes Lordat, les Ribes, etc.? Comme on l'a dit à satiété, notre époque est une époque de transition. La victoire resterait-elle, pour accomplir nos destinées futures, aux partisans d’une pensée philosophique exclusive ? Dans tout les cas. tenter d arrêter ta lutte, d’amener une conciliation entre les belligerans , est encore un rôle assez beau, d autant qu i

n’est pas sans danger Comme Us philosophes

du l8- siècle, qui combattaient un passé insu/lisant

à leurs besoins, notre opiniâtreté est invincible, notre

■conviction complète, et, comme eux, nous avons foi ■ que la raison finira toujours par avoir raison.

L’ÉTUDE DES CAUSES ET DE LEURS RAPPORTS A\TEC LA SPÉCIFICITÉ PATHOLOGIQUE ET THÉRAPEUTIQUE.

■ itTirr ■

La Science est depuis de longs siècles sous l’influence de pensées abstraites , de conceptions générales qui dominent les théories , et qui , par leurs divergences, séparent en plusieurs camps les hommes d’études. Ne vous imaginez pas que ces dissidences ne sont réelles qu’à la surface !..... Travaillez donc avec persévérance pour arriver à une perception satisfaisante des phénomènes dont la signification exige des forces intellectuelles qui seront utilisées avec d’autant plus de fruit qu’elles seront plus près de s’unir. Nous le croyons avec conviction; et procédant à nos investigations d’une manière réfléchie et progressive , nous allons examiner certaines conditions des corps inférieurs pour arriver par fdiation à celles qui régissent les êtres supérieurs dans leur état normal et pathologique.

COBPS IRPÉBIEVBS A L’hOUMS,

' Les Savans de tous les temps ont voulu connaître, autant que possible, à quoi les corps doivent les phénomènes qu’ils présentent , quelle est la CAUSE de l’action qu’ils exercent les uns sur les autres. C’est de cette proposition que sont nées les hypothèses ou les principes qui ont surgi en foule , et qui, à chaque époque, ont donné une explication en rapport avec les besoins et les croyances du temps , mais que chaque siècle a vu se modifier. Ne nous occupons pas maintenant des principes qui sont trop antérieurs à notre temps, mais bien de ceux qui ont encore puissance comme vérités.

D’après les physiciens et les chimistes , les corps agissent les uns sur les autres en vertu de certaines lois numériques déterminées, ou d’après leurs propriétés électriques. Il nous est difficile de croire à cette première hypothèse : car si les principes élémentaires des corps qui, d’après nos classifications absolues, rentrent dans les substances inorganiques, ne s’associaient qu’en vertu de ces lois, nous trouverions constamment, dans l’analyse végétale ou animale, des exemples qui viendraient confirmer la règle admise ; tandis que nous ne voyons qu’un démenti continuel (Raspail, page y6). L’hypothèse des fluides élastiques , comme cause

d’action, me paraît aussi difficile à admettre. Mou esprit craint de s’égarer en disant que les corps doivent leurs propriétés à une cause abstraite , Yélectricité , à une cause autre que leur constitution même de corps agissant sur d’autres corps. Cai*, en réalité, je ne vois que des êtres agissant sur des êtres par la propriété qu’ils ont comme substances associées d’après un mode individuel.

Si, pour justifier la crainte que j’ai de rechercher la cause J je prends un ejcemple , peut-être me sera-t-il plus facile de faire percevoir ma pensée. Aussi je m’arrête cà ce fait comme à un point d’appui inébranlable : une combinaison chimique quelconque, le sulfate de fer, a des propriétés déterminées sur d’autres sels ; il a une action sur ma langue, qui le caractérise. Et, certes, cette dernière puissance sur mes organes, il ne la doit pas à une autre cause qu’à lui-même dans sa totalité. En effet, peut-on rapporter à l’acide sulfurique ses qualités comme sel? Non, sans doute, pas plus qu’il ne les faut rapporter à sa base. Aussi , quand j’examinerai ses propriétés, je prendrai ce corps tout entier , résultat de l’ association intime ( ces mots embrassent l’arrangement et la composition , qui sont deux aspects de l’être) de l’acide et du fer , et je dirai que c’est cette individualité chimique qui est cause. Dans ce cas, les mêmes chimistes, les mêmes physiciens qui, tout à l’heure, pour expliquer la combinaison , en ont recherché

la loi nécessaire dans certains nombres ou dans une cause abstraite , sont forces de dire avec moi cjue les qualités du sel ne dépendent pas il une cause qui lui soit étrangère, ni de ses élémens constitutifs isolément , mais du sel comme combinaison.

Si mes lecteurs sont pénétrés de ma pensée, nous voilà déjà eu dehors des causes' purement métaphysiques ou forces indépendantes de lêtre , mais en dehors aussi de l’idée qu’un corps doit son action à un de ses principes exclusivement aux autres ; et s’il en est ainsi , la signification qu’on attache au mot cause doit changer.

Ilainteuant poursuivons notre pensée , et arrêtons-nous quelque temps devant cette question : Un corps doit-il les propriétés dont il jouit ^ c’està-dire la puissance qu’il exerce sur un nombre déterminé de corps formant sa sphère d’activité à un principe spécial, à ce qu’on a appelé Jusqu’à présent un ou quelques-uns de se sélemens constitutifs?

Nous savons d’une manière positive que cette question se résout négativement pour tout ce qui a rapport à l’action des combinaisons de substances dites inorganiques; car, par celte opération chimique., la nouvelle individualité créée n’a souvent aucun rapport d’action avec les composans élémentaires. Mais ce qui est admis comme irrécii-

sable aux yeux des analyseurs, cesse de 1 etre alors qu’il s’agit d’un corps qui ne ressort pas du règne minéral ; et de notre temps , où ils se sont exercés avec une persévérance opiniâtre sur à peu près toutes les substances végétales ou animales , ils posent comme un axiome que c’est par lé morcellement qu’on parvient à trouver la cause en vertu de laquelle les corps agissent sur l'économie vivante de l’homme. Voilà donc où tendent tous les matériaux amoncelés depuis quelques années , travaux qui ont peuplé la science de terminaisons en ine , et sur le ridicule desquels nous nous appesantirions peut-être si la forme logique' et concise de notre travail n’excluait ce genre d’attaque.

Examinons , les faits en main , s’il est possible de déterminer, dans les substances médicamenteuses, le principe qui donne puissance à chacune d’elles, de modifier d’une manière thérapeutique Y association de nos organes j de fixer la cause exclusive, spéciale do leurs vertus.

Il n’est pas hors de propos *peut-être de nous arrêter un moment sur la dénomination donnée par les chimistes aux principes actifs des végétaux. Ces substances, baptisées du nom de principes immédiats, semblent, d’après l’expression . significative de ce mot, se trouver de toute pièce formées dans le végétal d’où on les relire. Si l’on examine les précipitations et dissolutions nécessitées pour les extraire , on reste convaincu que ce

sont de véritables créations qu’opère le chimiste et qu il donne le produit de ses manipulations comme un travail de la nature. Et si toutefois on se refuse à l’évidence, il faudrait avouer au moins que ces prétendus corps immédiats peuvent bien altérer leur pureté en passant par toutes les voies que le chimiste leur fait parcourir avant de les rendre propres à un emploi thérapeutique. jMais si ces corps alcaloïdes étaient en réalité la partie active , le principe agissant de la substance médicamenteuse , i“ ils seraient un sous le rapport de leurs caractères physiques ; 2° leur mode d’action serait toujours en rapport, bien qu’à un degré plus intense , avec le corps dans lequel il était contenu. Si nous voulons retrouver ces conditions dans ceux qui sont journellement employés en médecine , nous demeurons convaincus qu’aucun ne se présente d’une manière absolue ; car le principe immédiat du quinquina , d’après lequel la chimie nous apprend , revêt deux faces bien tranchées dans la quinine et la cinchonine ; et les alcaloïdes extraits de l’opium sont bien loin de posséder une action qui soit la concentration active de cet extrait, puisque quelques grains de celui-ci produisent des accidens qu’on est loin de remarquer dans une dose énorme ^'acétate de morphine. Ces considérations , et beaucoup d’autres d’une haute importance, mais que nous ne pouvons relater ici , ont porté Haspail à ne considérer ces

substances que comme des mélanges des produits de la manipulation chimique , peut-être des sels à base d’ ammoniaque J mélangés avec des corps résinoides. L’expérience désintéressée nous démontre donc que les nouveaux corps , donnés comme des principes actifs , ont des propriétés communes peut* être a ceux dont ils dérivent j mais aussi particulières à leur mode d’être. Ces démonstrations, qui sont rationnelles sans doute pour prouver que c’est dans Yensemble de circonstances qui environne le corps dans lequel réside la cause active , ne suffisent pas, à nos yeux, pour prouver que, sans changer ses parties constituantes , un corps acquiert des propriétés spécifiques par ce mode d’association moléculaire : je vais tâcher de rendre plus sensible ' ma pensée.

'L’ arrangement moléculaire d’un corps constitue principalement ce qu’on appelle les caractères physiques ; cet arrangement moléculaire , altéré par une cause mécanique , par un mode opératoire qui n’altère en rien ces principes élémentaires, a de l’influence J suffit même pour exalter ou anéantir la force agissante. Celte vérité toute matérielle, qui se démontre par la trituration qu’on fait subir à presque tous 'les corps pour activer leur action , est bien plus sensible encore par le mode de manipulation employé pour obtenir certains produits pharmaceutiques. Appliquons celte vérité aux ^trois préparations mercurielles

coanues sous le nom générique de proto-chlorure (le mercure , se spécialisant sous les noms de mercure doux, selon la méthode anglaise, précipité blanc , mercure doux par sublimation. Dans ces trois préparations d’identique composition , nous retrouvons une action analogue sans doute, mais jamais semblable , et toujours appréciable aux yeux du praticien : d’où dérive ce changement d’action dans une préparation qui n’a rien de différent avec son congénère , si ce n’est d’avoir été obtenu sous d’autres influences extérieures?

Maintenant, si nos propositions sont logiques, en résumant ce que nous avons dit dès le commencement de ces quelques pages , nous devons pouvoir tirer déjà quelques conclusions.

Nous avons vu que la cause d’action d’un corps réside dans le corps lui-méme pris en totalité ; que la combinaison de deux corps crée une individualité qui n’a rien de commun avec chacun séparément de ceux qui lui ont donné naissance; que les principes immédiats des végétaux sont loin d’avoir exclusivement le caractère des agens actifs; que l’association moléculaire , résultat de la manipulation , variant dans une substance , ces propriétés sont altérées.

Pour la théorie que nous tendons à prouver , et pour la pratique médicale qui s’y rattache , nous tirons ces conclusions : qu’il n’y a pas de cause exclusive qui fasse l’action d’une substance médica-

menteuse ou d’un corps quelconque ; qu’il devra ces propriétés à un ensemble de conditions , à une ASSOCIATION DE PARTIES; quc les manipulations sont un objet indispensable, représentant une influence des plus puissantes, dans la préparation pharmaceutique; qu’un corps étant donné pour la guérison d’une maladie, on ne saurait le remplacer dans aucun cas par une substance identique dans sesef* fcts, mais tout au plus analogue , et que ce corpsest lui par son mode d’être spécial , bien que semblable à d’autres ; que l’addition d’une individualité médicamenteuse à une autre donne naissance à un être dont les propriétés ne peuvent être assignées avant que l’expérience ait prononcé sur son action ; il doit être étudié à la fois directement et par comparaison. Et , appliquant cette dernière conclusion aux formules médicales, nous remarquerons que si l’union de deux remèdes ne donne pas toujours lieu à des combinaisons bien dissemblables par leur action à l’action des substances unies, c’est que ces rapproehemens sont plutôt des mélanges que des associations ; que ces combinaisons s’opèrent avec plus d’intensité en rapports numériques d’un, deux , trois, dans les substances élémentaires associées déjà, que dans celles de l’organisation.

DE l’homme a l’État physiologique.

Maintenant, si procédant du simple au composé , si m’acheminant du connu à l’inconnu , je viens , étayé des preuves que m’a fournies , dans l’étude des corps inférieurs, la recherche de la cause active, parler de la manière dont je suis disposé à comprendre les phénomènes du corps vivant de l’homme , tant dans l’état sain que dans l’état malade , les Savans de tous les ordres , chimistes, physiciens, physiologistes, médecins , voudront , j’espère , écouter des propositions , résultat coordonné de nos premières investigations.

Les partisans des causes abstraites métaphysiques ont supposé que le corps vivant doit les actions qu’il produit, les fonctions qu’il exerce à un ou deux principes actifs qui dominent tous les appareils qui frappent les sens , ou l’ensemble de ce mécanisme , que l’analyse par le sealpel , le microscope, le réactif, me font matériellement apprécier. Est-il besoin , dans la conception que je m’approprie en ce moment , de cette dénomination arbitraire et abstraite pour expliquer ce phénomène ? Non , et je n’ai pas plus besoin de l’invention de ces causes que je n’ai besoin d’autres causes prétendues matérielles : l’électricité , le calorique , qui ne sont que les précédentes dé-

guisées sous d’autres noms. Car l’hypothèse d’un Principe vital , x ou Y, pour mettre en mouvement l’organisme, ou dominant l’organisme lui-même, est une pensée spiritualiste faussée par une époque matérialiste ; et si on supposait c}ue nos tendances philosophiques entraînent mon jugement à une interprétation inexacte , je rappellerais que î’illu stre de iîaistre, poursuivant de sa logique de fer le créateur du Yitalisme , le serrant dans un écrou , n’obtenant plus de réponse à ses pressons argumens , jeta sur sa métaphysique équivoque ce dernier cri , arraché par la conscience de la victoire obtenue : il a pelrü Mais, d’un autre côté, les partisans de la cause électrique , se réfugiant dans Vimpojulèrablcj, cause semi-matérielle ou spirituelle, ne sont que des matérialistes arrivant à tâtons , sous un vêtement déguisé, au spiritualisme; et, pour nous en convaincre, leurs livres en font foi.

Pour moi, je me défie de ce que jusqu’ici on a appelé la cause par tout . ce que j’ai vu précédemment dans l’examen des corps inférieurs à l’homme ; j’aime mieux rechercher V ensemble des conditions qui sont efficientes des phénomènes ou fonctions du corps humain.

J’ai démontré que les conditions d’association moléculaire du corps inorganique étaient cause d’action. La combinaison organique qui constitue l’homme ne serait-elle pas comparable, quoique de loin, à la base et à l’acide, qui, combinés,

forment un sel d’une action déterminée? Je dij comparable, nul ne soupçonne que )e veuille ici établir des analogies prochaines ou des rapports d’identité, car je sais très-bien à quelle distance sont les deux êtres qu’en cet instant je rapproche.

Je n’ai pas f>lus de foi dans les procédés des partisans du morcellement anatomique, car ces procédés sont analogues à ceux que suivent les analyseurs des substances organiijues. Ils recherchent le principe actif du corps vivant , la source exclusive ^ tous les actes, dans un de ses principes constituans, un système d’organes, aux dépens des autres, comme les chimistes ont recherché la cause active du végétal dans l’alcaloïde. D’ailleurs ils n’ont pas donné au mot cause son véritable sens. Il est vrai que , dit moins , ils attachent cette cause à une partie constituante du corps vivant luimême; mais qu’importe! l’abstraction faite en faveur d’un principe conduit à subalterniser les autres, à tenir à peine compte de leur influence; et dans l’application , il est tout aussi indirTérent d’être dans le monde vague des causes métaphysiques. Ainsi les uns ont fait de l’abstraction en faveur de l’esprit, les autres de la matière ; et aucun d’eux n’a saisi la réalité, qui, par l’association, est à la fois esprit et matière.

Le spiritualiste qui abandonne Vûme pour le système nerveux, le matérialiste qui préfère mettre dans le système vasculaire la cause de tous les

actes du corps vivant , sont de part et d’autre dans un vice radical , puisqu’ils donnent à la vie une cause exclusive ; ils élèvent le système vasculaire aux dépens du système nerveux , ou le système nerveux aux dépens du système vasculaire : c’est toujours le principe actif, pierre philosophale du chimiste analyseur, qu’on poursuit dans ce cas. — Mais de même qu’une substance médicamenteuse agit par tout ce qu’elle est, ainsi le corps vivant fonctionne moyennant [association de toutes ses parties. Ainsi, à mes yeux, système nerveux et système vasculaire, unis dans et par te système cellulaire qui leur est comynun^ me représentent, je le répète, acide et base combinés et constituant un sel. Or, les propriétés du sel ne sont pas la somme des propriétés de l’acide et de sa hase. Ce n’est pas une addition, un mélange que J’effectue ; les facultés ou qualités du corps vivant ne sont pas la somme des facultés nerveuses et vasculaires. Et ce que je dis des systèmes d’organes , je le dis au même titre des organes pris séparément : ils sont une association des molécules , ou parties à la fois intégrantes et constiîa nites. Et chacun concourt à sa manière à la vie de l’être ; et tout en vivant de la même vie , il vit de sa vie propre.

Je veux aller même plus loin : l’ensemble des circonstances extérieures , constituant ce qu’on appelle un milieu, est un tout coordonné à sa ma-

nière, comme riiomme lui-méme, que nous venons

de voir être constitué à l’état de combinaison

llaisonnons donc à l’égard des agens externes , comme nous avons raisonné déjà pour l’association des molécules des corps inférieurs à l’homme, comme nous avons raisonné pour les corps organisés ; et -nous serons forcés d’admettre que toute influence extérieure est une coordination, une combinaison de circonstances , de corps , d’êtres qui s’harmonisent pinson moins et diversement avec l’homme, par exemple , puisqu’il est surtout question de lui dans ce moment. Changer une circonstance, c’est changer le milieu tout entier de la même manière que si, dans l’association constituant le corps humain, un des associés est modifié, tout le corps est modifié.

Ainsi , jetant un rapide coup d’œil sur l’enchaînement qui lie les exemples que nous avons choisis , pour frapper plus vivement les convictions rebelles, si nous voulons en tirer des conclusions, en quelque sorte aphoristiques, nous dirons :

La cause vitale de l’être réside dans le mode d’association de ses parties : une seule cause et plusieurs causes à la fols , ou diverses influences combinées, engendrent les phénomènes physiologiques, ou fonctions du corps vivant.

L’association organique emporte avec elle l’obligation de solidarité entre les organes constituans. L’individualité n’est pas seulement dans le mode

d’être organique isolément, mais encore dans ses rapports d’association avec le monde extérieur.

La modification du milieu agit sur l’agrégat vivant, le modifie , en est modifié. Ainsi , d’après cela, l’homme n’est pas une intelligence servie par des organes , sa vie n’est pas une résistance au monde qui l’entoure ; ce n’est pas non plus une matière inerte mise en mouvement par les agens extérieurs', mais il est une combinaison organique associée à ce qui l’entoure, modifiée et modifiant tour <à tour selon les prédominances.

La Vie, ou les conditions normales de l’être sont dans la combinaison harmonique de chacune de ses parties entre elles avec ce qui constitue son milieu.

DE l’homme a l’état PATHOLOGIQrE.

Et maintenant il nous faut prouver que cette manière de voir, introduite dans la pratique de l’art de guérir , est essentiellement rationnelle. Nous abandonnons ces croyances métaphysiques, qui rendraient étrangères à nos perceptions les moindres circonstances accessibles aux sens. A nos yeux rien n’est inactif, tout porte son influence; dans nos recherches minutieuses , nous donnons pleine attention à tout ce qui peut agir sur l’étre et dans l’être. D’autre part, nous estimons autant

les faits où la réflexion a plus de prise; nous regardons comme également positives toutes les circonstances où ressortent le lien , 1 association , le concours d’action , l’harmonie des parties : c’est là l’autre face de la vie.

On nous a dit naguère que l’étude de l’hômrae, telle que nous l’entendons, est impossible, qu’elle suppose un ensemble de connaissances , une persévérance d’observation et de réflexion qu’il est extrêmement difficile de réunir. Nous avouons qu’il est plus aisé d’étudier l’homme, soit anatomiquement , soit d’après une abstraction métaphysique. Mais si nous avons cherché à prouver que des recherches ainsi dirigées sont fausses par l’exclusivisme qui les dirige; pour obtenir une conclusion qui puisse satisfaire toutes les exigences , il faut bien entrer dans une autre voie, quelque difficile quelle nous paraisse. D’ailleurs, pourquoi s’effrayer de cette multitude d’objets sur lesquels l’observateur doit porter son attention? L’exagération qu’on exprime à cet égard témoignerait plutôt chez quelques-uns peut-être mauvais vouloir, chez d’autres insuffisance; car, enfin, nous n’en sommes pas, comme quelques-uns des illustres devanciers des professeurs de notre École, à refaire l’astrologie , à examiner les conjonctions planétaires pour tirer l’horoscope d’un état pathologique, pour conseiller l’administration d’une substance médicamenteuse'..... Nous demandons qu’on tienne compte des modifications du monde exté-

rieur, autant que des modificatious spéciales de l’homme , et dans celui-ci de ce qui est propre à chaque organe comme de ce qui appartient à tous. — Je sais que déjà on est prêt à me dire que personne ne nie l’importance de ces investigations : je le crois; mais songe-t-on que ces influences ont une importance égale"^ y songe-tron dans l’application , après avoir été forcé d'en reconnaître la valeur en théorie? Non, car on continue à n’avoir en vue exclusivement qu’un organe lésé ou un principe souflrant. D’ailleurs la pensée la plus vraie a souvent besoin d’une formule concise, et ce n’est que par là souvent qu’elle est mise en pratique. Cherchons une définition de la maladie.

Une maladie n’est pas un mode affectif de la cause métaphysique , comme dirait un partisan de Barthez ; ce n’est pas la lésion d’un organe ou d’un système d’organe séparément, comme le veut un disciple de Bichat. Une maladie, selon nous , i’St un organe fonctionnant pathologiquement ou d’une manière anormale ; et comme, dans une association, il n’y a pas une partie isolée des autres dans son action, c’est comme si nous disions qu’il y a lésion , qu’il y a malaise, état pathologique dans tous, lorsque quelqu’un n’est pas dans sou état naturel. Toute maladie est donc à la fois générale et locale, d’un organe et de tous : toute affection est à la fois nerveuse et vasculaire. Et cela ne veut pas dire que l’organe lésé ne soit souvent, surtout s’il

est influent dans l’association , principalement lésé et plus particulièrement souffrant que les autres ; et cela ne veut pas dire que l’affection ne puisse être essentiellement nerveuse ou essentiellement vasculaire, car ce sont les prédominances qui individualisent l’état pathologique, qui lui imposent la signification spéciale. On nous dira sans doute encore ici que jamais on n’a. pensé autrement : c’est plus que douteux : quand une proposition nous paraît parfaitement vraie et répond aux besoins intellectuels que nous éprouvons , nous nous imaginons que nous l’avons toujours eue ; mais cela avait-il jamais été positivement formulé? Voilà la question que nous adressons à notre tour, et à laquelle on ne répondra pas d’une manière affirmative.

Une maladie ou organe vivant malade est un composé ; il faut le connaître ou savoir le plus possible ce qu’il est, ce qui le constitue, pour le traiter. Jetons un coup d’œil sur les méthodes d’investigation , sur le mode employé pour arriver à cette connaissance.

En présence 'd’un cas pathologique, les uns seront préoccupés de l’élément spécifique qui doit le caractériser. Ils diront , par exemple , que l’état fluxionuaire rhumatismal ne doit réellement ses caractères qu’à l’état spécifique de ce nom, qui n’est point la fluxion elle-même ; que , dans la goutte , les différentes affections simples dans les-

quelles elle se résout, sont constamment dominées et caractérisées , parce qu’il y a avec elles l’état spécifique goutteux. Ainsi , dans cette recherche, ils procèdent à leur tour comme le chimiste analyseur qui est à la poursuite du principe actif d’une substance. Comme lui, le médecin met, dans ce cas, la qualité fondamentale de l’état morbide dans un principe spécial, dans un élément prinpal, dans une cause particulière. La nature propre de l’affection est mise sur le compte d’un élément , de préférence à tous les autres. Toutefois, comme nous devons prendre certaines précautions contre quelques interprétations, nous devons dire que nous reconnaissons que cette méthode analytique a rendu de grands services à la thérapeutique, et que celte dénomination ù’élémens spécifiques fut nécessitée pour se soumettre aux exigences de la classification nosologique, et pour exprimer des différences réelles ; mais nous verrons comment le morcellement et l’unité, considérés d’une manière absolue , sont , dans une classification pathologique , incomplets et de peu d’utilité.

Dans la doctrine dont nous venons de parler , le médecin qui donne la prééminence à la réflexion , et qui fait peu de cas du témoignage des sens, ne veut pas que l’observation matérielle fournisse les données qui caractérisent , spécifient la nature d’un état morbide. Il distingue radicalement la forme ou manifestation morbide de cet état

morbide lui-même qui en serait le fond. I-a d.vcrsilé des formes symptomaliqucs correspond , daprês lui , û une diversité ,,/feetire , à des modes d'ctre et d'agir do la Cause cincicute ou vivifiante. I.cs formes ou manifestations symptomatiques étant très-nombreuses , les affeclions ou modes spé^ciaux de la cause active le sont beaucoup aussi. Enhn , ce qui fait la spécification , c'est l'état a/Teet"/ de la cause ou \'idccmorbif„iue de Van-Hclmont ; car la forme peut varier et le fond être le meme, ba nature du mal réside, par conséquent, dans le mode affectif de la cause métaphysique, seu e vivifiante on efficiente. Autant d'espé« distinctes quelle modes affectifs... l.'observation inatcriellc, l'anatomie pathologique, n'apprennent rien au Mtalistc pour cette spécification. Tout cela, comme

■ vous voyez , est en rapport avec ce que lui donna l'observation poursuivie à l'aide de sa concepuon ,

■ de son hpolldsc, de sa pensée première. Ce qui spécifie est métaphysique , est une cause abstraite non matérielle ; les efl'ets de cette cause pouvant se traduire do diverses manières, ce n’est donc pas le résultat pathologique , l'état qui résulte de l'action spécifique de ralfeclion morbide qu'il faudrait combattre , mais , si l’on veut être conséquent , c'est l'état affectif spécifique Itii-inémc. — Sans doute, une face de celte manière d’opprécier le fait existant est rationnelle. Mais l'expérience clinique dil-cllc de s’arrêter là? Que veut-elle qu’on

fasse des circonstances matérielles, prétendus effets des lésions observées? La curation serait simplifiée si, dans tout cas, le spécifique médicamenteux, qui se trouve en rapport avec l’état qu’il faut anéantir, devait seul être recherché.

Ce n’est pas tout : ces praticiens, après avoir prétendu que le mal était dans la modification, dans la manière d’être ou d’agir de la cause efficiente métaphysique , ont morcellé cet état lui-même; une aliéction est un tout plus ou moins composé dont il faut découvrir les élémens. Yoici comment ils ont procédé pour déterminer les composons élémentaires. L’inflammation est un composé : l’analyse élémentaire vous démontre la fluxion, la douleur, ta pklogose. L’inflammation est donc un composé renfermant trois élémens constitutifs; car la fluxion et la douleur ne sauraient constituer l’inflammation sans la phlogosc , car la supposition de ce dernier élément est la condition en vertu de laquelle cet état pathologique est constitué itifiàmimation, et non pas autre chose; et, en son absence, le composé binaire ne formerait qu’une simple fluxion. Dans un bubon syphiliticfuc , comme dans un phlegmon , il y a fluxion, sécrétion purulente, douleur ; mais ce qui différencie le premier du second, c’est qu’à la fluxion se joint Vclat syphilitique, élément spécifique, sans lequel il n’y aurait qu’inflammation commune : à l’ensemble des circonstances matérielles on joint un élément ou

principe métaphysique. D’après leur manière de voir, les sens ne donnent que des traits communs à toutes les maladies, et ces traits sont les moins importans. — Toujours partisan de l’abstraction qui élève l’esprit en abaissant la matière, le Vitaliste, par un travail intellectuel , fait de la qualité en vertu de laquelle une maladie est différente d’une autre , un être à part , et de là l’état spécifique. La fluxion goutteuse a une qualité qui la distingue de la fluxion inflammatoire ordinaire ; eh bien ! c’est cette qualité qu’il sépare par abstraction , et dont il fait l’élément spécifique goutteux.

Les antagonistes absolus de la doctrine dont nous venons d’exposer le vice radical, ont procédé en sens inverse. Pour eux les causes occultes, abstraites des Vitalistes, c’est-à-dire celles qui n’ontpuse démontrer aux yeux par les procédés de l’anatomie pathologique , ont été complètement niées. Sans cesse à la recherche de l’organe essentiellement souffrant, ne tenant nul compte de l’association, organique ou du lien , ils ont admis pour cause de toute maladie une surexcitation circonscrite de l’action vitale. Et celle-ci pour eux se traduit en une injection anormale du tissu capillaire sanguin. Et s’ils ont dit qu’un état pathologique pouvait résulter de l’asthénie , ce mot, à leurs yeux , ne représentait qu’un moindre degré d’excitation ou d’irritation. Ainsi, dans cette manière de voir, la cause morbide étant une injection sanguine qu’ils ont

appelée l’inflattiniatioii ou l’irritation , elle ne se spécifie que par sa localisation. Toute différence ne correspond qu’au siège , ou bien n’exprime qu’un degré d’irritation. Il n’y a qu’un état morbide plus ou moins intense , plus ou moins appréciable aux sens ou au scalpel . Une classification nosologique ici se réduit à une division par organes et systèmes d’organes. Voilà donc les deux principes cheminant, l’un dans les voies de Vunité , résultat d’une abstraction matérialiste , l’autre dans celles de la diversité spécifiée métaphy-

siquemenll Ne serait-il point temps qu’ils se

joignissent enfin? Caron peutcheminer long-temps dos à dos ; mais dans notre sphère scientifique comme sur notre globe , en partant d’un point commun, en marchant droit devant soi, il est toujours un moment où on finit par se rencontrer.

Qu’affirmons-nous à notre tour ? Nous affir-

mons d’une manière générale : que, dans toute maladie, les systèmes vasculaire et nerveux sont intéressés, bien que l’un puisse l’être plus que l’autre. Ces deux élémens constitutifs, réunis dans le fond commun cellulaire, sont, pour chaque état mor- T)ide, comme ils le sont dans l’état normal pour chaque organe , modifiés^ dans leur association ^ d'une manière qui spécifie la maladie. Le mode d’association , arrangement et composition à la fois des molécules , des parties solides et liquides , voilà ce qui fait la nature du mal : en d’au-

très termes, ce qui est cause qu’elle est telle et non pas telle autre, ou qu’elle est individualisée. Ainsi, constamment nous retrouvons notre point de départ , notre prinèipe général ; car une loi n’est vraie que lorsqu’elle s’applique à l’universalité des faits. Mode d’association dit : concours de condition. Voilà comment je comprends actuellement le mol cause, voilà comment il faut sortir de la spécificité morbide ancienne pour arriver à une autre spécificité. Une fluxion a qnaUlè goutteuse, qualité rhumatismale : tout ce que vous apprenez delà maladie, de sa curation , vous le dit ; mais cette qualité appartient à la maladie en totalité ou à l’organe vivant malade, en tant qu’associés aux autres, c’est-à-dire dans sa double face physique et métaphysique , sensible et rationnelle à la fois. Cette qualité est simultanément du ressort des sens et de l’intelligence, quant à son appréciation. Nous ne disons pas nous , que parce que les sens seuls ne vous apprennent point en quoi un corps diffère d’un autre, il faille recourir à une supposition qui nous jette en dehors de la réalité ou dans la métaphysique pure.

La différence des corps réside dans l’ensemble de leurs propriétés; et un corps isomère n’est pas plus semblable à celui qui n’offre avec lui que des rapports de composition , qu’un corps isomorphe n’est identique avec celui avec lequel il n’a que des rapports de forme; car, la forme différant, le corps est individualisé; et quelque identiques

que soient les propriétés physiques d’un corps, la composition atomistique le spécifie. Je devrais longuement insister sur l’étude de celte double circonstance ( voyez Berzelius ) ; parce qu’il n’y a pas de fait qui soit plus embarrassant pour les vieilles théories , et plus fovorabîe à la théorie d’association. Pourtant ce sont là des dilFérences que les sens ne peuvent apprécier à la première vue, et dans lesquelles les solutions qu’ils pour» raient donner seraient presque toujours en opposition avec la vérité. Ainsi, d’autre part, peuton dire, que parce que les sens ne distinguent pas en quoi consiste la différence qui spécifie une fluxion scrophuleuse d’avec une fluxion inflammatoire ordinaire, elles doivent être regardées comme identiques et confondues ? Non , certes ; et un anatomiste, jugeant exclusivement de son point de vue, peut seul soutenir ce paradoxe ; njais celui qui tiendra compte de toutes les qualités du corps , qui comprendra que les molécules s’influent les unes et les autres par les rapprochemens qui effectuent sa combinaison , s’élèvera à l’idée de différences réelles ou spécifiques , autres que la différence de plus ou de moins. Et on abandonnera la doctrine de l’Organicisme , qui nie toute spécificité , parce que le scalpel , qui écarte toute idée de combinaison et met en évidence la divisibilité, la prédominance, ne saurait l’atteindre. Une influence funeste qui a constamment pesé sur la mé-

decine, a été l’autorité d’une science à l’exclusion de toutes les autres. Dans ces derniers temps, l’anatomie est venue , en arbitre souveraine , dicter des arrêts. Sans doute l’anatomie est une partie des plus essentielles de la science médicale, c’est une des faces de la physiologie ou étude de la nature de l’homme ; mais peut-elle donner seule une signification aux objets qu’ont pour but ses investigations? L’anatomie, après la chimie, a été la science la plus envahissante ; mais il faut régler aujourd’hui la part d’influence qu’elles peuvent avoir l’une et l’autre dans l’explication des faits. On ne cesse de répéter que les sciences sont les rameaux d’un même tronc ; mais alors pourquoi négliger le tronc en faveur d’une branche? Ainsi, dans les travaux sur l’homme sain et malade, ce n’est pas en scindant nos connaissances dans une spécialité , que nous aurons le droit de donner leur signification à tous les faits. Comme le dit un homme que je me plais à citer, la nature n’est ni chimiste ^ ni physiologiste , ni botaniste j ni zoologue; elle n’est point partagée en compartimens scientifiques; elle ne procède point par classification , par systèmes artificiels; c’est une cause unique de combinaisons VARIÉES.

Il suit donc , de ce que nous avons dit précédemment , qu’une maladie est un ensemble de circonstances , simultanément physiques et métaphysiques, c’est-à-dire des sens et d’intelligence, co-

ordonnées suivant un mode qui îa spécifie. Prfir nons un dernier exemple pour mieux graver noire idée dans l’esprit des médecins qui sont sous l’influence des conceptions fondamentales du passé, dans la définition de X’être. Tout corps est une association fonctionnant pour un but délerininé. Une Faculté de Médecine n’est pas une Faculté des Sciences. Une Faculté de Médecine est ou doit être positivement une Association pour que son but soit rempli. Les membres qui la composent doivent fonctionner médicalement : ils doivent s’accorder, s’unir, se lier, s’harmoniser pour arriver à ce résultat.

Ils ont vie commune ou lien commun en vue du mçme but. Et pourtant chaque associé, tout en fonctionnant comme il convient au corps enseignant tout entier , fonctionne à sa manière , a sa spécialité scientifique. Supposez qu’il n’en soit pas ainsi , et qu’oubliant le but commun , qui est médical , le botaniste professe une botanique qui n’a pas qualité médicale, le chimiste de la chimie ordinaire, le physicien une physique qui ne tend pas aux fins que l’établissement s’est proposé ; que l’anatomiste , le physiologiste , etc. , professent séparément sans entente médicale commune; aurez-vous, dites-moi, un Corps véritablement meV/iea/? Non, certes; vous n’aurez que des spécialités distinctes, très-brillantes peut-être, mais qui n’atteindront pas le but qui leur avait été as-

signé. Ou, s’il était atteint, ce serait par hasard, car aucune d’elles n’y avait songé. Là, pas de vie coiumune, d’harmonie, d’association; il n’y a que multiplicité , spécialités pures. L’harmonie^ dans le but , ne saurait être la résultante ou la somme des fonctions des divers membres enseignons.

Association dit qualité commune à tous , par laquelle ils s’attirent ; elle dit aussi qualité pro^ pre ; elle embrasse la spécialité au lieu de l’exclure : chaque associé est lui tout en étant les autres. Il y a vie générale à la fois et vie particulière. Les parties constitutives du corps ne diff(^rent pas du plus au moins, mais par le mode foiéciionnel; et le mode fonctionnel ne les différencie pas radicalement ; car ils s’attirent pour le b^t commun.

Où est ici le principe actif, le principe vital ^ le fluide impondérable cause ?. ... H y a activité dans le corps entier simultanément et dans chaque partie. S’il y a association , il n’y a de passivité nulle part. 11 n’y a pas des instrumens et une cause active. Il n’y a pas un élément distinct ^ qui caractérise le Corps enseignant : mais une qualité vapparlonant à tous, la médicale ; c’est le

mode suivant lequel ils sont associés qui le qualifie ou spécifie.

Cela posé, toute maladie est elle-même, bien que plus ou moins analogue à d’autres : tout .cas patho-

logique est une individualité morbide qui ressemble à d’autres , et en diffère. Et ce ne sont pas les médecins qui, après une longue pratique, ont apprécié le vague, l’incei titude qui régnent dans la description nosologique, qui me contrediront à cet égard. Les dénominations génériques peuvent bien donner une idée de certains caractères; mais lorsqu’elles voudront descendre jusqu’à l’espèce , elles mentiront au jeune praticien qui aura trop de bonne foi aux distinctions classiques. Aussi, pour échapper à cet inconvénient, les uns se sont jetés dans la sphère idéale du monde vilnl , et ont peuplé la science d’observations vagues , auxquelles on doit donner l’épithète sacramentelle de cas rares. C’étaient en quelque sorte les caprices pathologiques du Principe immatériel lésé , et dont l’influence dominait les organes auxquels il commande. — Les autres, plaçant l’influence prédominante dans un organe central, ont fait la description d’une altération pathologique qui , dans ses diverses transformations, semble renfermer toutes les maladies. ^ Ils ont fait de la gastrite un Protée insaisissable ; mais on n’a pas attendu son sommeil pour lui jeter des chaînes : moins persévérant que celui de la Fable, il s’est évanoui après un long combat.

DE LA THÉbAPEDTIQL'E.

Et maintenant examinons suivant quel principe doit être dirigé l’emploi des moyens thérapeutiques. — La doctrine des élémens morbides dut nécessairement corroborer la croyance dans les spécifiques médicamenteux. La cause une, l’éléme*it spécifique étant donné , et la curation ayant appris la substance qui avait opéré victorieusement , tout était trouvé. Aussi le spécifique était-il défini une substance ayant la puissance de détruire directement et suivant un procédé inconnu une affection morbide déterminée ; et par quelques-uns un moyen qui doit toujours la guérir. Mais devant un plus sévère examen, cette promesse de la science fut considérablement restreinte ; bientôt même on fut complètement désabusé, car un Système médical opposé proclama qu’il n’existait pas de spécifique. Des raisons de doctrine matérialiste , le défaut de succès dans un grand nombre de cas , l’ignorance de la véritable étude à faire pour connaître le mode proprement spécifique d’unesubstance médicamenteuse, en furent cause. — Oui , nous le croyons , il existe des spécifiques. Mais un spécifique ne correspond pas à un élément morbide distinct, tel que l’ancienne École l’a compi is. Prenons pour exemple le mercure, une des substances à laquelle ladénomi-

uation de spécifique était le moins réfusée; et souvenons-nous que , dans un très-grand nombre de cas, les préparations de ce corps métallique, dirigées contre des affections vénériennes , ont complète- ' ment échoué, alors qu’on a obtenu un succès completavecles préparations aurifères, les préparations argentifères, etc. Ces faits n’ont pas été révélés seulement à la longue et brillante pratique de M. Chrestien , qui en cite de nombreux exemples ; nous en avons recueilli plusieurs de la bouche de MM. Lallemand, Serre, Yailhé. Ce n’est pas toutencore : le mercure lui-même, administré sous telle ou telle autre forme , a provoqué des accidens qu’on était loin de remarquer avec les autres combinaisons du même corps. Youdrait-on prétendre que l’efficacité dans l’action dépendait seulement de l’énergie de la combinaison employée? Cela pourrait être vrai s’il s’agissait d’une guérison obtenue par le deuto-chlorure , lorsque le protochlorure et les frictions avaient échoué; mais lorsque le contraire a lieu , comment expliquer ce résultat? N’oubliez pas ce que nous avons dit au commencement de ces quelques pages, sur la cause active des substances médicamenteuses : rappelez-vous que nous avons établi en principe que le mode de préparation était une des conditions d’activité, et que des corps de compositions identiques , obtenus par divers modes de manipulation, développent dans leur action des propriétés qui

les individualisent. Or , ici ce ne serait pas leur énergie qui serait cause ^ mais ce serait le mode d’association moléculaire plus en rapport avec le mode d’association organique; et ce n’est pas seulement le médicament qu’il faut rechercher, mais le mode sous lequel il doit être administré.

Nous allons nous occuper à présent de l’individualité médicamenteuse , comme nous nous sommes occupés tout à l’heure de la détermination de l’individualité morbide.

Nous avons dit qu’une maladie est un ensemble de circonstances coordonnées suivant un mode d’être qui la spécifie. Or , il faut chercher , pour la guérir, un ensemble de choses extérieures, une combinaison de moyens qui puissent lui correspondre ^ d’une manière favorable au retour vers l’harmonie normale. Par cet énoncé, je vais audevant d’une spécificité nouvelle au point de vue thérapeutique et diététique à la fois. Elle consiste à modifier le milieu ou ensemble coordonné de circonstances entourant le sujet, de manière à ce qu’il puisse reprendre l’équilibre de la santé, ou un mode vivant de plus en plus harmonique, en favorisant la tendance à l’ordre qui lui est propre. — Dans quelques cas, il suffit d’un agent extérieur, qui est une coordination de parties, ou d’une seule substance médicatrice, pour amener cet heureux résultat. Cette substance est spécifique, à la fois par son arrangement et sa composition :

c*est im mode d’ association de parties qui répondent avec justesse à l’état morbide et favorisent le retour à l’ordre le plus parfait. Le mode d’as-^ sociation des élémens çonstitijbtifs d’tm médicament , voilà ce qui en fait la spéciûeité , le mode propre d’agir. Oui , tonte substance médicamenteuse est un spécifique...^.,. 11 faut s'appliquer à connaître à quelle spécificité morbide répond chacun des agens que nous avons en notre puissance.

Voudrait-on nous opposer que cette manière de voir nous entraîne dans un empirisme grossier ? Ce que nous avons dit précédemment de l’étude de l’homme nous met à l’abri d’une telle accusation. Si nous avons reconnu que rien de ce qui l’entoure n’est étranger à sou mode d’être ; si nous avons admis dans son individualité des prédominances de système, c’est assez dire qu’il faut, dans l’administration des agens thérapeutiques, tenir compte de toutes les circonstances influentes, et les approfondir autant que possible. Dès lors, l’étude ne se bornera pas à l’observation d’un cas morbide guéri par telle ou telle autre substance. Mais on observera comment, sous telle modification, telle substance à agi; comment tel tempérament s’est associé telle ou telle autre substance médicinale; quelle est la forme la plus en rapport avec telle condition extérieure , etc. Généralement l’analogie, cette grande loi que beaucoup exaltent sans en faire une application de tous

les instans, sera le fil d’Ariane qui pourra nous guider dans ce dédale. Et de même que nous avons des notions d’autant plus rationnelles ou scientifiques sur chaque maladie, que nous déterminons mieux les conditions et leurs modes d’association; de même , nous avons d’autant plus de renseignemens sur l’action de chaque médicament , que nous avons mieux apprécié les influences auxquelles il doit sa forme et sa composition.

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