IMPRIMERIE-LIBRAIRIE DE H. GOEMAERE
prononcé n Ia «kéeiice de I» CI «une de» Lettres de l'Académie royale de Belgique . le 10 mal 18U4.
Messieurs ,
Appelé à l'honneur de présider ia séance publique de la Classe des lettres , je me sens porté à vous présenter quelques considérations sur l'histoire de l'ancienne université de Louvain.
En présence d'un sujet aussi vaste, je devrai, pour ne pas fatiguer l'attention même la plus bienveillante, me borner à caractériser l'esprit de cette école et à exposer sommairement les services qu'elle a rendus aux lettres et aux sciences.
De l'élude des faits qui se rattachent aux considérations que nous allons soumettre à votre appréciation découle
une conclusion nouvelle, mais incontestable, à savoir que l'Université, au point de vue des idées nationales, a rendu des services non moins signalés.
A ce double titre, elle a des droits à la reconnaissance; et certes, une école qui a nourri dans son sein presque tous les hommes que la Belgique de 1850 compte parmi les anciennes illustrations du pays mérite une place glorieuse dans les souvenirs de la postérité.
L ou vain est une des gloires de l'aiicienne Belgique. Ne renions jamais les gloires du passé ; de quelque côté qu'elles nous arrivent , nous devons les accepter avec empressement; car, comme il m'a été permis de le dire dans une autre circonstance, un peuple qui a foi dans son avenir aime et honore tout ce qu'il y a de grand et de noble dans son passé.
Si, dans la rapide esquisse que je me propose de tracer de l'histoire de l'université de Louvain , je tiens à rectifier des inexactitudes naguère énoncées dans cette même enceinte à l'occasion de la séance publique d'une autre classe de l'Académie (1), j'espère, Messieurs, que vous ne trouverez point dans mes paroles le cri d'un sentiment froissé, et encore moins un injuste regret de ce qui n'est plus. J'espère aussi que j'éviterai le reproche de m'êlre laissé conduire par une aveugle et partiale affection en faveur de mon sujet.
L'histoire trop peu connue de l'université de Louvain doit être l'objet non-seulement d'une respectueuse reconnaissance, mais aussi d'un impartial examen.
Je suis loin de me dissimuler que l'Université n'ait eu ses phases d'éclat el d'obscurcissement, de prospérité et de revers. Il en fui d'elle comme de toute autre institution humaine. L'organisation physique la plus heureuse et la plus lot ie a parfois ses moments de défaillance et de crise. Comment serait-il possible qu'un corps scientifique, qui vécut près de quatre siècles, ne ressentit aucune atteinte à certaines époques de sa longue existence?
Malgré ces crises, Louvaiu ne perdit jamais le caractère qui devait lui demeurer propre, celui d'une école qui a bien mérité de la science , de l'Église et de l'État.
Entrons en matière, en jetant d'abord rapidement un coup d'oeil sur ce qui a fait naître et grandir les universités en général.
Au moyen âge, dans un temps à peu près stérile pour les éludes, une des causes qui contribuèrent le plus au développement de l'intelligence humaine fut la création de grands centres d'enseignement, réunissant tout ce que le talent el la science avaient alors de plus illustre, et répandant ensuite des rayons lumineux dans toutes les directions. L'initiative en avait été prise par les souverains pontifes; partout, à une époque bien antérieure à celle qu'on s'est plu à nommer le siècle de l'émancipation intellectuelle, ils intervenaient dans la fondation des universités, ils leur accordaient des privilèges, les honoraient par d'éminenles distinctions.
Les franchises accordées aux communes tracèrent en
quelque sorte la règle à adopter en faveur de ces nouvelles corporations savantes.
Dans un temps où la centralisation administrative était entièrement inconnue, on sentit le besoin de détacher les universités des autorités locales et de les soumettre à une juridiction particulière, afin de maintenir l'unité dans les mouvements d'un grand corps enseignant. L'autorité des deux puissances y concourut efficacement ; le chef de l'État , en affranchissant les universités de la juridiction temporelle, et le chef de l'Église, en leur accordant des privilèges et des exemptions canoniques en vertu desquelles ces corporations n'étaient soumises qu'à l'autorité suprême du pape.
Dans l'ordre civil, il y avait une assimilation marquante entre la liberté de la commune et la liberté et l'indépendance du corps académique, qui jouissait en outre, dans l'ordre religieux et canonique, des prérogatives les plus étendues.
C'est un fait important dans l'étude de l'histoire des universités. En le perdant de vue, on s'expose à se former des idées bien inexactes sur ce qui n'est plus et, sous plusieurs rapports, n'a plus une raison d'être aujourd'hui.
Les universités, constituées comme nous venons de Je dire, présentèrent donc presque partout la forme d'une petite république régie par des lois particulières.
Lorsque le duc de Brabant, Jean IV, comprit l'avantage de fonder une université dans ses États, les règles
à suivre pour l'organiser étaient établies ailleurs depuis longtemps. De commun accord avec le clergé et le magistrat de Louvain, il invoqua l'autorité du souverain pontife.
Au mois de décembre 142o , Martin V donna la bulle d'érection de l'université de Louvain. Savez-vous, Messieurs, quels sont les motifs qu'il place en téle de ceux qui le déterminent? C'est, dit-il, le devoir qui lui est imposé comme chef de l'Église de dissiper les ténèbres de l'ignorance, — le devoir d'étendre et d'encourager, dans l'intérêt de l'ordre public, autant qu'il est possible, les sciences de tout genre (2).
Mais pourquoi , dira-t-on, avant de fonder une école dans nos provinces, recourir à une intervention étrangère? Pour réponse, je me borne a citer les paroles d'un de nos anciens confrères. « Quand on fondait une université, a dit M. de Reiflenberg (5) , on ne l'ouvrait pas seulement aux habitants d'une seule ville, d'une seule province, d'un seul pays, mais à tous les peuples : or, dans un temps où les rapports de nation à nation étaient encore imparfaits, qui pouvait détruire la méfiance, garantir la sécurité, si ce n'était un pouvoir suprême qui servait de lien à toute la société chrétienne, et qui en était la loi visible, la justice incarnée? » Ce pouvoir était seul capable de comprimer toutes les résistances, d'obliger les influences subalternes à se réunir dans un seul but et de garantir dans le domaine des croyances la pureté de la doctrine (4).
L'organisation interne de notre université se fit sur le