Xénophon. GouvernemenI det Athtnifni
S. Descbanel, Arutophant.
LA GRÈCE
Il voulut le peuple libre atiu de le mieux dominer, le peuple maître afin de devenir le maître du peuple. Le peuple n’eut pas à s’en repentir, car Périclès est le vrai grand homme athénien, la personnification la plus solide en même temps que la plus brillante de ce peuple brillant mais inconsistant. Périclès avait un droit de naissance à gouverner Athènes. Si l’on veut étudier les Athéniens dans leurs qualités, il faut les voir en lui, dans Alcibiade si l’on veut comprendre leurs défauts. Mais les peuples sont comme les individus, ils préfèrent généralement ceux qui les représentent dans leurs défauts à ceux qui les personnifient dans leurs qualités, leur admiration n’étant guère que de la complaisance envers eux-mêmes. Aussi le héros qui coupa la queue de son chien pour faire parler de lui, qui conseilla la désastreuse expédition de Sicile pour flatter une faiblesse du peuple, et qui, banni par le peuple, se jeta de dépit dans le camp des ennemis de sa patrie, ne fut qu’un vaniteux séduisant, séducteur des femmes et de la multitude. Enfant gâté de celle-ci, il eut le sort commun de ses favoris : le flux et reflux de la vague populaire le ballotta du triomphe au bannissement, jusqu’au jour où il le brisa définitivement sur la grève de l’exil. Périclès fut davantage le chef du peuple que de la multitude, et le pouvoir qu’il exerça plutôt subi que chéri : il gouverna le peuple par son ascendant et le dompta. C’est à lui que peut s’appliquer cette parole pénétrante de Xénophon que Montesquieu eût signée : « 11 y a des hommes qui sont réellement du peuple, mais qui n’ont pas les instincts populaires. » Périclès, ambitieux, aimait sa4>atrie et travaillait pour elle, il se servait du peuple parce que
le peuple était le gouvernement d'Athènes, mais il le jugeait, s'il ne le méprisait pas, alors que son ascendant le maîtrisait. Le peuple n’aime pas qu'on le dépasse même dans son intérêt ; il en voulait à Périclès secrètement de sa supériorité qui accusait son infériorité et la lui faisait sentir ; n’osant toutefois s’en prendre à lui, car l’homme d'État l’intimidait, il s’en prenait à ses amis, au philosophe Anaxagore, par exemple, au sculpteur Phidias, à la belle Aspasie. Périclès était un chef du peuple et un serviteur de la démocratie. Quand les hommes d’Êtat, au lieu de le conduire, se laissent conduire par le peuple qu’ils exploitent, c’est de la démagogie. La pente est facile à descendre. « Puissant par sa dignité et par sa sagesse, signalé par son extrême intégrité, Périclès maîtrisait le jieuple par son extrême franchise, et il le menait plutôt qu’il n’en était mené, attendu que n’ayant pas acquis sa •puissance par des moyens illicites, il ne le flattait pas en ses discours, mais il le contrariait même quelquefois avec un ton d’autorité et de colère • . »
Cette instabilité du gouvernement populaire qui improvisait ses chefs, les élevait et les précipitait, renfermait un principe de désorganisation. Mais quel système de gouvernement ne renferme le sien? La démocratie incline vers la démagogie, l’oligarchie vers la plutocratie, la monarchie vers la tyrannie; chaque système, comme Aristote le démontre, menace de tomber du côté où il penche. N’est-ce pas également Aristote qui disait qu’il n’aimait pas la démocratie parce qu’elle fait égaux ceux que la nature a faits inégaux, ni l’aristocratie parce qu'elle fait