‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 139 sur 156 · I. Sénèque, Kpitlolœ · texte numérisé non relu

I. Sénèque, Kpitlolœ

5iî CONSIDÉRATIONS SUR L’HISTOIRE.

ce favori do la fortune et des femmes, qui abusa de l’une et des autres, eut de son vivant le corps dévoré par la vermine : les vers n’attendirent point, ils s’attaquèrent à cet homme qui ne put lui-même attendre la mort et qui pourrit avant son trépas, environnéde baladins et de courtisanes, se survivant à soi-même après avoir trop vécu. Les ambitieux d’ordinaire ressemblent aux ténors, ils ne savent pas se retirer à temps pour leur propre gloire. Mais, comme ledit Plutarque à propos de Sylla, l’ambition reste jeune dans un corps usé, elle ne vieillit pas dans l’homme qui vieillit : ni l'ambition ni la vengeance, ce plaisir des (lieux et ce piège des mortels.

Elles étaient, l’une et l’autre, déchaînées dans Rome.

a Cette vieille passion, de tout temps enracinée dans le cœur des mortels, la passion du pouvoir, s’accrut parmi nous avec l’empire, et ses éclats furent terribles. Tant que la république fut bornée l’égalité se maintint facilement. Mais, après la conquête du monde, après la destruction des monarchies et des républiques rivales, lorsqu’on eut du loisir pour convoiter un pouvoir bien affermi, la guerre commença à s’allumer entre le peuple et les grands. TanUît des tribuns factieux, tant(jt des consuls tyranniques l’emportèrent : on s’essayait dans le forum aux guerres civiles. Bientôt Marins, le plus obscur des plébéiens, et Sylla le plus cruel des nobles, subjuguant la liberté par les armes, mirent à la place le pouvoir d’un seul. Après eux , Pompée fut plus dissimulé, non moins ambitieux ; et depuis, on ne combattit que pour se donner un m aître . »

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