‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 17 sur 156 · I. liai*, Empire e/iinoü · texte numérisé non relu

I. liai*, Empire e/iinoü

CÜNSIDÉRATIÛ.NS SfU L’HISTOIRE.

La Chine cependant nous dit assez haut que l’inslructioii ne suiTit pas. La Chine est lettrée, elle est savante, elle met depuis longtemps au concours tous les grades; elle compte neuf degrés d’examens et de grades superposés. Le mandarinat y constitue une féodalité intellectuelle. « A Canton, des deux côtés d’une avenue de 300 mètres de long sont disposées à angle droit 9,238 niches carrées dans chacune desquelles un homme a juste la place'" pour s’asseoir. C’est là que, pendant huit jours, on enlèime tous les trois ans les candidats aux grands examens* . » Concours de bacheliers, de docteurs, de mandarins, concours universel 1 — « On peut dire que la Chine est comme une immense bibliothèque ; les inscriptions, les sentences, les maximes, ont tout envahi. On en rencontre partout écrites do toutes couleurs et dans toutes les dimensions. Les façades des tribunaux, des pagodes et des monuments publics, les enseignes des marchands, toutes les portes des maisons, l’intérieur des appartements, les corridors, tout est rempli des plus belles citations des meilleurs auteurs. Les tassesàthé, les assiettes, les vases do toute forme, les éventails sont autant de recueils de poésies ordinairement choisies avec goût et gracieusement imprimées. Les Chinois n’ont pas besoin de se donner beaucoup de peine pour se régaler des plus beaux morceaux de leur littérature. Ils n’ont qu’à' prendre leur pipe et puis courir à l’aventure, et la tète eu l'air, les rues de la première ville venue. Qu’on entre dans la plus pauvre maison du plus chétif village, souvent le dénûment y sera complet, les choses les plus

i . Ml de Beauroir^ Java, Siam, Oanlon.

L'ORIENT

nécessaires à la vie y manqueront; mais on est toujours sûr d’y trouver quelques belles maximes écrites sur des bandes de papier rouge * . »

Le môme auteur nous informe que l’enseignement est libre sans restriction en Chine, et qu’il ne s’étend pas seulement aux hautes sphères, mais se trouve répandu dans toutes les classes : « Il n’est paS de petit village, dé réunion de quelques ferniefe où l’ôn ne rencontre un instituteur, A quelques exceptions près, tous les Chinois' savent lire et écrire, du moins suffisamment pour les" besoins do la vie ordinaire. » Cependant la Chine reste' un pays desséché, aride d’esprit et corrompu : l’inspiration morale n’y est pas. Et que peut sans elle l’instruction pour soutenir ou relever les peuples! elle Sert plus à les gâter qu’à les améliorer, car elle fait des raisonneurs et souvent par l’abus du raisonnement des sophistes. La Chine bourdonne de raisonneurs et de raisonnements, et si le bonhomme Chrysale de Molière y fondait une dynastie, les motifs ne lui manqueraient certes pas de s'écrier :

Raisonner est l’emploi de looic ma maison,

Et le raisonnement en bannit la raison.

La Chine n’a pas d’uléal qui fasse battre son cœur, pas de pensée qui pénètre et creuse au fond de son être jusqu’à ce mystère de riufini où nous rencontrons Dieu eu nous. Elle est exclusivement cérébrale. Mais on ne vit que par l’àme, et l’;lme elle-même ne vit que par la foi en quelque chose de plus grand que l’homme, de plus grand

i Ilur, l'EmpiVe chinois.

us CONSIDÉRATIUNS SLR L’HISTOIRE.

que le présent. Hors de l’idéal l’esprit meurt d’asphyxie. Le Chinois, qui ne vit que du cerveau, s’il n’a pas échappé au fanatisme politique et révolutionnaire, a du moins échappé au fanatisme religieux : l’alx)minahle fléau n’a éclaté en Chine que grdce aux missionnaires bouddhistes ou européens ; encore n’a-t-on sévi contre ces derniers que parce qu’on soupçonnait en eux, sous l’apôtre, l’étranger venu pour attentér à l’existence politique et nationale du céleste empire. Le missionnaire Hue dit que le Chinois parle volontiers de la religion, mais comme d’une chose qui ne le regarde pas et n’est pas faite pour lui. C’est apparemment que le Chinois n’est pas fait pour elle. Il pourrait, s’il avait lu nos poètes, répondre simplement à ses convertisseurs ce que répondait certain héros à qui lui prêchait la vertu :

Nous n’ivons pas, dit-il, lo crànc fait de mümo.

Depuis quatorze siècles les missionnaires chrétiens palpent le crâne chinois, ils n’oiU pu y découvrir encore la lK)sse des choses divines. Ët la tolérance des Chinois les désole parce qu’elle n’est que de l’indifTérence ; indifférence qui résulte elle-même de l’incapacité du Chinois en matière religieuse, de son impuissance à rien voir, sentir, imaginer au delà de sa présente condition. Le problème de la destinée humaine, où git le problème religieux, n’existe pas pour lui; il n’étreint pas son âme et ne lui fait pas pousser le cri d’espérance ou de désespoir qui est la religion dans le cœur, il ne tourmente pas sou intelligence et ne lui fait pas engendrer ces conjectures diverses, ces hypothèses puériles ou giandioses qui sont

L'OIUEXT.

la i-elifîioii clans l’esprit. Le Chinois est positiviste sans elFort, il naît positiviste et n’a pas la peine de le devenir : son positivisme ne lui impose aucun sacrifice, il n’exige aucun contrôle du sentiment et de l’imagination toujours prêts à s’élancer chez d’autres vers l’inconnu. Il n’a pas hesoin de souffrir pour manquer de religion. L’empereur Tao-Kouang, avant son avènement au trône, adressa au peuple une proclamation dans laquelle il passait en revue toutes les religions connues de l'empire, y compris le christianisme : il finit par conclure que toutes étaient fausses, et que l’on ferait bien de les mépriser tou tes indistinctement. « Il est d’usage qu’on sc demande à quelle sublime religion on appartient. L’un se dit confucéen, l’autre bouddhiste, un troisième disciple de Lao-tze, un quatrième sectateur de Mahomet. Chacun fait l’éloge de la religion dont il n’est pas, la politesse le veut ainsi, et puis tout le monde finit par répéter en chœur : Poutoun-Kiao, toun-Iy, c’est-à-dire, les religions sont divei-ses, la raison est une, nous sommes tous frères L » — Voilà qui est dé.sespérantl Le catholicisme impoi tô échoue, l’opium envahit la Chine.

Malheureusement le Chinois, qui n’a pas inventé le catholicisme et qui s'y montre indilTérent, a découvert l’inquisition qu’il emploie, faute de religion, dans le mécanisme de la justice laïque. 11 lui faut un aveu; il l’extorque donc à la douleur. Condamner les gens sans preuve est injuste.

« Cinq baguettes de bois, longues de 20 centimètres, sont intercalées entre les doigts de chaque main et de

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