Hiirudote
L'ORIENT
de toute société théocratique, sous n’importe quelle latitude. Il est cependant une chose qui, sous n’importe quelle latitude aussi, l’emportera sur le reste tant qu’il existera des hommes, — c'est le succès. Tous les rois de TÉgypte ne sortirent pas méthodiquement d’un conclave de prêtres ou de guerriers; il y en eut qui n’eurent à se réclamer que d’eux-mêmes. Tel fut cet Amasis qui dit un jour aux habitants de Sais prosternés devant la statue d’un dieu : « Cette statue est faite avec un bassin qui servait à laver les pieds. Cependant elle est l’objet de votre culte. Ma destinée est toute semblable : j’ai été d’abord un simple plébéien ; aujourd’hui je suis votre roi et j’ai droit aux honneurs que je vous prescris de me rendre. » Les parvenus joueront toujours un rôle dans l’histoire, on ne supprimera pas le succès, parce que le succès consiste à réussir. Une société légale fait rentrer dans la ' loi par leur descendance les favoris de la fortune et les élus du hasard ; une société théocratique par la main des prêtres les ramène bientôt dans le réseau dont ils n’ont réussi que momentanément à traverser les mailles.
Le sacerdoce égyptien, c’est l’hiéroglyphe.
L’hiéroglyphe est une espèce de rébus. Il exprime les choses par l’aspect, en déposant dans leur figuration un sens caché; il les découvre et les voile en même temps. L’on a dit de Platon qu’il était un peintre d’idées, la langue hiéroglyphique forme une peinture des idées; mais qui donc n’est pas, sans le savoir, un peintre d’idées, et quel mot pris à sa racine n’est pas une traduction du monde intérieur à l’aide du dehors? Toute langue, métaphorique en sa souche, est une figure ; elle se compose
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d'images emprualées aux phénomènes tangibles pour exprimer les phénomènes intangibles de notre àme, sensations, pensées, émotions. Le dehors et le dedans se rejoignent, ils se pénètrent dans le langage. De là vient que chaque race, peuple, ou individu, révèle dans le sien son âme en même temps que la nature qui l’enveloppé. L’hiéroglyphe met à nu le secret du langage. Il existait sur la porte d'un temple de la ville de Sais une inscription gravée sc composant d’une figure d’enfant à côté de celle d'un vieillard, suivies de l’image d’un épervicr, suivie elle-même de celle d’un poisson, auquel succédait' un hippopotame. L’épervier signifiant la divinité, le poisson la haine, l’hippopotame le mal ou l’injustice, leur assemblage dans cet ordre voulait dire : « Jeunes gens et vieillards. Dieu hait l’injustice. »
Cette méthode par l'aspect, populaire à son origine et dans son esprit, ne le resta point ; elle devint au contraire le moyen dont se servirent les prêtres pour éloigner du temple les multitudes profanes. Le langage deshiéroglyphes insensililement se transforma par abréviation en langue sacrée, sorte d’algèbre inabordable au vulgaire. Les prêtres s’abritèrent du peuple derrière ces rébus dont seuls ils avaient gardé la clef : c’était celle de leur pouvoir. Il leur fallait 1e mystère qui grandit et qui tient à distance, ils surent en tirer parti avec un art consommé, avec une profonde intelligence de sa portée en matière religieuse. Reconnaissons d’ailleurs qu'ils semblent avoir possédé eux-mêmes ce sentiment de respect délicat qui est comme la pudeur des choses divines et qui redoute pour elles les grossiers maniements d’un dogmatisme vulgaire. Leurs dieux gardèrent un côté inaccessible par où ils se