NaxOancker, HiiMrtdt l’anliguilé
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nous ne voyons pas qu’ils aient été plus mauvais observateurs que d’autres, bien que leur religion parallèle n’aille pas au fond des choses et ne reflète en son miroir que des apparences. Mais quelle religion ne s’y est laissée prendre, laquelle subsisterait si elle cessait de croire au mal comme à une puissance indépendante ennemie du bien? Il existe, en effet, dans la nature comme une puissance diabolique et une puissance angélique. Elles semblent se partager le monde, elles luttent dans notre âme. Le ^ualisme n’est-il pas sensible déjà sur les confins où la vie commence à poindre, comme s’il était la loi même de la vie et renfermait en soi les deux pôles indispensables de son mouvement? Depuis en bas jusqu’en haut, n’est-ce point un combat sans trêve d’êtres cruels et méchants que possède la haine, d’êtres bons et bienfaisants que possède l’amour? Dans l'ordre végétal, il y a les plantes empoisonnées, espèces de serpents végétaux, et les plantes salutaires. Le monde animal place la violence près de la douceur, l’astuce près de la loyauté, la tyrannie brutale ,à côté de la fidélité et du dévouement. Dans l’ordre humain, le contraste va s’accentuant davantage : quels monstres sataniques et quelles célestes créatures se détachent sur le fond de médiocrité qui dans le mal comme dans le bien est le lot général 1 Un Tibère et un Jésus, une Messaline et une Jeanne d’Aré, la nature humaine renferme tous les extrêmes qui se coudoient dans l’histoire. Et ceux d’entre nous qui ne sont ni des démons ni des anges, qui ne sont ni les pires ni les meilleurs, ne connaissent-ils pas la profondeur de cette parole de Diderot : que le cœur humain est tour à tour un sanctuaire et un cloaque? 11 semble impossible d'altri-
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buer ces contrastes à un même principe, d’autant plus que la conscience humaine repose sur la distinction radicale du bien et du mal, et. que les notions difTérentes qu’elle s’en est formées ne les lui ontjamais fait confondre ni dans leur nature ni dans leur origine.
Et pourtant cette vue des choses est superficielle, n’étant que relative. Sans qu’il soit nécessaire de forcer le secret des choses qui est si bien gardé, nous remarquons que certains poisons n’en sont pas pour tous les êtres, que même des poisons pris à faibles doses ou bien associés à d’autres substances se changent en remèdes. De même qu’il n’existe pas de fumier pour la nature dénuée de nerf olfactif, il n’y a pas non plus de poison à son égard ; il n’en existe qu’envers nous physiologiquement constitués de telle sorte que certaines substances nuisent à notre corps quand d’autres lui sont avantageuses. Les animaux s’entre-dévorent, à l’exception des herbivores qui mangent des plantes, et cela nous parait cruel; il n’y a là toutefois qu’une transsubstantiation de matière : les animaux sont tous féroces puiscju’ils se mangent tous, et nul animal ne l’est puisque tous sont condamnés à s’entremanger pour vivre, et que cette loi, qu’on pourrait appeler la solidarité de la chair, ils ne l'ont point faite. L’appétit et la soif sont le besoin qu’éprouve la créature vivante de réparer sa chair et d’en combler le déficit; l’appétit sexuel est un besoin que la nature éveille en elle pour la perpétuation de son espèce. Ces besoins corporels inhérents à toute vie ne sauraient être condamnés dans l'homme à moins qu’on ne lui prêche le suicide et l’extinction de son espèce. Ils peuvent néanmoins devenir le point de départ des vices de la chair et ruiner l’esprit
quand ils dégénèrent par l’abus en gourmandise, en goinfrerie, en ivrognerie, en lubricité. Où trouver le vice qui n’ait sa souche dans une propriété légitime soit de notre nature physique, soit de notre nature morale? Le désir du gain, stimulant du travail individuel et moteur du monde économique, s’il passe certaine limite devient la cupidité pernicieuse ; l’épargne, chose louable, en s’exagérant devient la parcimonie et quelquefois l’avarice qui sont choses mauvaises. Le désir de l’approbation aisément tourne à la vanité, le désir trop vif de l’influence verse dans l’ambition et la domination. Nulle qualité qui ns côtoie son défaut et n’y tombe. Le mal est la rupture de l’équilibre, il trouve accès dans toute organisation où des forces et des propriétés diverses se combinent sous une loi d’existence collective. Celle qui enfreint la loi de l’ensemble empiète, et se nuit en môme temps qu’elle nuit à ses associées. Le mal toujours est l’usurpation. Même la plus effroyable perversité ne nous montre que l’exaspération d’une force humaine s’essayant 'follement à confisquer l’homme à son profit exclusif et le détruisant. Chaque individualité est une balance d’organes et de facultés ; quel homme ne penche pas, et lequel ne risque point de tomber du côté où il penche? Que chacun surveille ses penchants. Beaucoup naissent en rupture d’équilibre, le plus grand nombre incline tour à tour dans un sens ou dans un autre ; les plus favorisés réussissent difficilement à maintenir leur aplomb physique et moral. La santé du corps est l’ordre dans le corps, résultant de l’équilibre de ses organes ; la santé de l’esprit est l’ordre dans l’esprit, résultant de l’équiübre de ses facultés; l’équilibre des citoyens par le droit est la santé ou l’ordre
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des sociétés, celui des peuples et des sociétés est la santé ou l’ordre dans l’humanité ; l’équilibre enfin des mondes et des systèmes constitutifs de l’univers est la santé ou l’ordre dans l’univers.
Le mal est, à tous les degrés, ce qui menace l’ordre. Mais il n’eiiste que par l’ordre, il suppose l'ordre qui ne le suppose pas. Plus l’ordre existe, plus à sa lumière le mal apparaît. Grâce à l’esprit, dont l’ordre est l’instinct, la nature et l’histoire émergent peu à peu de la confusion, se débrouillent et s’organisent, chaque force prenant sa place et son rang dans l’ensemble. Cette aurore lente et pénible, sujette à de constantes perturbations, reste menacée par l’abus que les forces multiples fout de la force et la tendance qu’elles ont à sortir de leur sphère et à se supplanter au lieu de se grouper selon leurs aptitudes. L’ordre ne se relève pas moins des plus violentes secousses dans l’histoire et dans la nature, car l’esprit demeure qui ne cesse d’y tendre de tout son être : la crise la plus terrible n’est pour lui qu’une victoire ajournée, il ramène au combat contre la puissance usurpatrice, élément, homme ou nation; les énergies vaincues, il en suscite de nouvelles pour détruire ce qui lui résiste et le remplacer. Toutefois ce labeur, ni dans la nature ni dans l’histoire, ne se heurte jamais à aucune puissance radicalement mauvaise, à aucun Satan qui lui barrerait le chemin de parti pris : il ne se heurte qu’à ses propres erreurs, et à la diversité vivante dont les premiers conflits sentent le chaos mais qui deviendront, sous sa loi déjà présente, des auxiliaires de plus en plus soumis, des coopérateurs volontaires de l’ordre, son ouvrage.
Quiconque envisagera les choses de ce point de vue
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apercevra la diversité dans ruiiilé, mais non la dualité des principes au fond de l’univers ; il verra comment Ormuzd se transforme en Ahriman, le Lien eu mal, et combien il est facile de passer de l’un à l’autre en passant de l’usage à l’abus; il ne verra pas dans le mal un principe, il n’y verra qu’une déyiation, une infraction à la loi d’ensemble qui gouverne les choses et qui leur permet d’exister simultanément. Cette loi n’est pas douce toujours, et pourtant il se trouve que tout être la chérit pai’ce qu’il chérit son existence qui ne s’en peut détacher ; isoler un élément, une force, un être c’est les réduire à l’impuissance, sinon d’exister, du moins de manifester leur existence — et n’est-ce pas la même chose? Les Perses comme les chrétiens, surtout les chrétiens calvinistes, croient à un mal fondamental. S’ils n’entendaient par là que l’imperfection inhérente à la nature en tant que finie, multiple et relative, je souscrirais à leur opinion ; mais ils veulent qu’il existe dans la nature une volonté directe du mal, une puissance dont le génie est d’aspirer au désordre, à côté d’une autre qui tend nécessairement à l’ordre ; c’est ainsi qu’ils sont dualistes radicalement, et non pas seulement à la façon de ceux qui reconnaissent dans le fini et l’infini les deux aspects nécessaires de la nature considérée sous l’aspect de la multiplicité et sous l’aspect de l’unké. Les Perses néanmoins, en assurant à Ormuzd, principe du bien, la victoire définitive sur Ahriman, principe du mal, font cesser le dualisme à l’avantage du premier. — Voltaire, qui termine ses éloquentes tirades sur le tremblement de terre de Lisbonne par un acte de foi et s’écrie ; tout n’est pas bien aujourd’hui, mais un jour tout sera bien,
parle et pense comme un disciple de Zoroastre, et chose plus surprenante, Zoroastre et Voltaire se rencontrent en ce point avec Joseph de Maistre aflirmant « que le mat n’est rien de substantiel, que le mal ne peut créer. » — - Il ne peut que détruire, en effet, et son triomphe serait la destruction de l’univers : runivers en se maintenant pronve que le mal n’est pas son principe. Si profond, si pénétrant, si général que le désordre nous paraisse, il n’en atteint que la surface.
Les Perses sont de moins grands métaphysiciens que les indous, ils sont de plus grands métaphysiciens que les Égyptiens; mais avant tout ils sont psychologues, car ils ramènent au monde intérieur leurs conceptions empruntées aux phénomènes matériels, et par leur culte de la pureté ils ont devancé le christianisme qui leur est d’ailleurs redevable de tant de choses : sans Zoroastre et sans Platon, comment l’Évangile serait-il sorti de Moïse? Seuls, les Juifs ne l’eussent point enfanté; ils le prouvent assez en le reniant.
Le Zend-Avesta est, comme l’Evangile, foncièrement spiritualiste.
« La richesse et la plus grande pureté sont pour le juste .qui est pur. Celui-là est pur qui fait des œuvres pures. Je prie avec la pureté de la pensée, avec la pureté de la parole, avec la pureté de l’action. »
Telle est aujourd’hui la prière du Perse à son réveil. Épicbarme, le pythagoricien, disait : « Si l’esprit est pur, le corps est pur. Une vie pure est le meilleur viatique pour les mortels. » Héi’odote raconte des Perses qu’ils enseignent à leurs enfants deux choses entre toutes : à bien tirer de l’arc et à ne pas mentir. La fourberie, la
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fraude, le détournement, sont considérés par le Zend- Avesta comme les plus grands crimes ; la violence ouverte et le vol flagrant sont moins punis que l’escroquerie, parce que rescrofjuerie est un vol frauduleux et que la fraude contient le mensonge. Quiconque calomnie commet un outrage envers Mithra, dieu du soleil et de la lumière, dieu de la pureté qu’ürmuzd a fait semblaLle à lui-même. Le roi Darius appelle ceux qui s’élèvent contre l’autorité des « menteurs contre le royaume. » Le monde, a dit quelqu’un, ne vaut pas un mensonge; Zoroastre aurait ratilié cette parole. Le démou Agramant, l’un des princes du mal, et qui prend souvent la figure du serpent, est comme celui de l’écriture, le père du mensonge, il rampe dans l’hypocrisie.
Quand Zoroastre annonça la loi qui protège contre les mauvais esprits, ceux-ci, racontent le Vendidad, se rassemblèrent, sortant des cavernes et des goulTres, sur le sommet de l'Arezura. Ils s’assemblèrent en hâte et dirent : « Hélas I Zoroastre le pur est né dans la demeure des Pouroushaçpa, il est l’arme avec laquelle on bat les dévas, il ravit au déva de la mort et du mensonge sa force; comment le tuerons-nous? » Alors Ahriman, venu des contrées septentrionales du nord, se précipita, lui qui est plein de mort, le déva des dévas, et s’écria qu’il fallait tuer Zoroastre le pur. Mais Zoroastre vit en esprit les dévas qui conspiraient sa mort. Il se leva et se montra, portant dans sa main des pierres énormes qu’il tenait du créateur Ormuzd, il exalta les eaux de la bonne création et la loi des adorateurs d’Ormuzd et prononça une prière sur la manière dont il convient de servir le souverain maître. Les dévas tournèrent autour de lui, et puis
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se détournèrent, chagrins, et le déva de la mort dit au démon Agramant qui torture ; Je ne vois pas de mort en lui, en Zoroastre le pur. Et Zoroastre dit à Ahriman qu’il ferait périr sa création et les siens par la parole sainte d’Ormuzd. Agramant lui répondit : Ne tué pas mes créatures, pur Zoroastre, tu es le lils de Pouroushaçpa et tu tiens la vie d'une mère. Maudis la bonne loi des adorateurs d’Ormuzd et conquiers le bonheur, comme l’a conquis Vadagbna, le maître des royaumes. Mais Zoroastre : Je ne maudirai pas la bonne loi, pas même quand mes ossements, mon âme et mes forces vitales seraient séparés. — Et les dévas rentrèrent dans les profondeurs de l’eufer.
Les prières du Zend-Avesta ne le cèdent à nulles autres, elles sont de vrais élans de l’âme religieuse vers le Créateur :
« Amschaspands, pleins de pureté et de bonté, je vous confie mon corps et mon âme; toute ma vie vous soit consacrée 1 Dès ce Jour je suis pur en pensée, en parole, en action.
a Je t’offre à cette heure, Ormuzd, une prière qui est pure et fondée sur des œuvres de la bonté. »
« Loué soit Ormuzd, le saint — le pur — le grandi »
« Que toutes ces choses montent vei-s Ormuzd, le roi de la justice, rayonnant de lumière et de gloire, et vers les amschaspands. »
« Pardonne-moi, dit une prière adressée à l’amschaspand Afriu, à moi qui déplore mes péchés avec une force intérieure, pardonne-moi aussi les péchés de la penséel Comment ne serais-je pas pur eu pensée — en parole — eu action?
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« O roi du secours, toi qui réserves au mérite des hommes leur récompense, récompense-moi devant le monde entier, moi qui t’invoque en cet instant ! que je sois pur en ce monde et béni dans le ciel I Ame de Zoroastre, pur féruer, ûmes de tous les prêtres, de tous les guerriers, de tous les agriculteurs, de tous les artisans de la terre... venez au-devant de moi lorsque je mourrai... que mes bonnes actions s’augmentent I que la racine maudite du péché reste loin de moi! que la pureté et la sainteté s'accroissent à la fin ! >
Nous trouvons l’idée du péché exprimée aussi énergiquement dans le Livre saint des Perses que dans l’Évangile, le péché y est un phénomène de conscience que le repentir elîace et non les pratiques du dehors. L’expression de ce repentir pouvait être recueilli par les mages, la Perse a connu la confession avant le catholicisme. La liturgie, les observances, les minutieux préceptes n’y lurent pas non plus négligés, et le Zend-Avesta ne le cède guère de ce chef au code de Manou. Les mages, descendants de Zoroastre , paraissent avoir constitué du reste une tribu plutôt qu’une caste dans la rigueur du mot. Xénophon dit qu’ils présidaient aux sacrifices, qu’ils entonnaient avec le lever du soleil des invocations aux dieux et prescrivaient les jours où l’on devait sacrifier à telle ou telle divinité. D’après Diogène Laerte, leur opinion était que les sacrifices et les prières qu’ils adressaient aux dieux étaient seuls exaucés. Mais l’on peut déduire de cette opinion même que les sacrifices et les prières étaient aussi accomplis par les simples fidèles, exception très-caractéristique si l’on veut bien songer que nous sommes en Asie.
Les mages se distinguaient par le contraste de leur mise simple au milieu d’un peuple qui aimait en artiste les ornements de toilette, la richesse et l’élégance des vêtements : ils portaient robe blanche, un roseau leur servait de biton, la terre était leur lit, et comme la légende le raconte de leur maître durant sa retraite au désert ils ne se nourrissaient que de pain, de plantes et de fromage. Convenons que c’était là un sacerdoce de bon goût, et peu coûteux au peuple des croyants I Cette simplicité fépondait à celle du culte. Les Perses ne connaissaient point de représentations figurées de la divinité , et n’ayant point d'images ni peintes ni sculptées de leurs dieux ils n’avaient pas non plus de temples pour les loger : l’image lin bien et du mal restait dans la conscience, sanctuaire de l’idéal. Les cérémonies consistant en sacrifices et en invocations furent sans doute à l’origine accomplies parle père de famille. Nous trouverons dans les hymnes védiques le tableau charmant de ce premier culte dont le souvenir remonte sans doute aux jours où les Aryens, communs ancêtres des Indous et des Perses, vivaient encore confondus dans la « contrée des Sopt-Fleuves. » Le Zend-Avesta en a gardé l’empreinte ; « Lève-toi, dit le Vendidad, maître de la maison; revêts tes habits, lave tes mains; cherche du bois à brûler et apportele-moi. Fais-moi briller à l’aide du bois pur et avec tes mains purifiées. Azis, qu’ont ci-éé les dévas, pourrait venir à moi et me ravir au monde. » Voilà le père de famille sacrificateur et prêtre, comme il le fut à Rome * d’une autre manière, et vraisemblablement au