‹ Considérations sur l'histoire. Le monde antiqueChapitre 94 sur 156 · KiiriiiiJe · texte numérisé non relu

KiiriiiiJe

3èD CO.NSIDÉUATIO.NS SUR L'HISTOIRE.

part le dégoût de la terre. L’hadès des Grecs ne diffère pas l)eaucoup du scheol des Juifs : la vie des âmes y existe si peu! Quelle idée pénible nous eu donne le songe d’Achille évoquant l’ombre désolée de Patrocle ! Il nous fait entrevoir des fantômes plaintifs se mouvant dans une vague lueur, et notre impression répond entièrement aux tristes paroles d’Achille interrogé par Ulysse. Ce qui leur reste de vie est le regret delà terre ; ils flottent entre le néant et l’être, et n’appartiennent ni à l’un ni à l’autre. Les seules figures précises qui se détachent eu relief sur ce fond terne et crépusculaire sont celles d'Ixion, de Sisyphe et de Tityos, enchaînés à leurs supplices. De bienheureux, il n’y en a pas ; on n’y chante point de canti- (jues, on n’y, cultive pas de houris, on n’y récolte pas de céréales célestes. Quelle distance de ces images d’Homère au Phédon, au songe de Scipion, au tableau philosophique des enfers et des champs Élysées que nous propose Virgile !

Dans Les sept chefs devant Thèbes *, à la vue des corps d’Étéocle et de Polynice qu’on amène, le chœur des femmes fait entendre cette plainte :

« Mais le vent des lamentations s’élève, ô mes amies ; que les deux m.ains frappent la tête; cadencé comme le battement des armes, que le bruit propitiatoire se fasse entendre; bruit qui fait voguer sur l’Achéron la barque des gémissements. Théoride* aux noires voiles, et la pousse vers l’invisible terre que ne visitèrent jamais ni Apollon ni le jour; vers cette terre où tous les mortels trouvent leur place. »

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