‹ Considérations sur la France (volume 4)Chapitre 6 sur 26 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1^ la âtttniclioo violeiite de l'eipèce hnmaioej

Il n'avait malheureusement pas si tort ce roi de Dahomey, dans l'intérieur de l'Afrique , qui disait il n'y a pas longtemps à un Anglais : Dieu a fait cemondepour la guerre ; tous les roynumes , grande et petits^ Fpnt pratiquée dans tous les temps , quoique sur des principes différents (i)«

L'histoire prouve malheureusement que la guerre est l'état habituel du genre humain dans un certain sens ; c'est4-dire , que le sang humain doit couler sans interruption sur le globe, ici ou là ; et que la paix , pour chaque nation , n'est qu'un répit.

On cite la clôture du temple de Janus, sous Auguste ; on cite une année du règne guerrier de Charlemagne ( l'année 790 ) où il ne fit pas

^(1) Tli« hÎAlory of Dahomey, by Arckibald Daltel, Bihliolh. Brit. liai 1796, vol. 2. ii** 1 , p'>g. 87.

34 coHsiDiiaATioirs

la guerre (i). On cite une courte époque après la paix de Ryswick^ en 1697, et une autre tout aussi courte après celle de Carlowitz , en 1699, où il n*y eut point de guerre, non-seulement dans toute l'Europe, mais même dans tout le monde connu.

Mais ces époques ne sont que des monu* ments. D'ailleurs , qui peut savoir ce qui se passe sur le globe entier à telle ou telle époque?

Le siècle qui finit ^commença, pour la France, par une guerre cruelle, qui ne fut terminée qu'en 1714 par le traité de Rastadt. En 17199 la France déclara la guerre à l'Espagne; le traité de Paris y mit fin en 17217. L'élection du roi de Pologne ralluma la guerre eu i733; la paix se fit en 1736. Quatre ans après, la guerre terrible de la succession autrichienne s'alluma, et dura sans interruption jusqu'en 1 74^. Huit anuées de paix commençaient à cicatriser les plaies ^e huit années de guerre, lorsque l'ambition de, ^'Angleterre força la France à prendre les armes, La guerre de sept ans n'est que trop connue.

Après quinze ans de repos , la révolution d'Améirique entraîna de nouveau la France dans une guerre dont toute la sagesse humaine ne pouvait prévoir les conséquences. On signe la

(I) Histoire éè Charlemagoe « par M. GaiUard, tome II» lifre t^ diap. Y.

SUR LA FKAHCE. 35

paix en 1782; sept ans apràs , la révotution commence : étle dure encore ; et peut-être que dans ce moment elle a coût^ trois miHious dliommes à la France.

Âlnsi^ à ne considérer que la France, voilà quarante ans de gueire sur quatre-vingt-seize. Si d^autres nations ont été plus heureuses, d^autres Tout été beaucoup moins.

Mats ce n'est point assez de considérer un point du temps et un point du globe; il faut porter un coup d'œil rapide sur cette longue suite de massacres, qui souille toutes les ps^es de l'histoire. On verra la j[uerre sévir sans întèrraption, comme une fièvre continue marquée par d^efTroyables redoublements. Je prie ië lecteur de suivre ce tableau depuis le déclin dé la république romaine.

Sbrios extermine, dans une bataille, deux cent a^Ue CSmfores et Tei^ons. Mithridate fait égorger quatre^vingt mifle Romains : S^Ua lui tue quatre-vîngt-dîx mille hommes , dans un combat livré en Béotie , où il en perd lui-mé^ie dit îcnille. Bientôt on voit les guerres civiles et les proscriptions. César à lui seul fait mourir un million d'hommes sur le champ de baitaîlle (avant lui Alexandre avait eu ce funeste honneur) : Auguste ferme un instant le temple de Janus; mais il Fouvre pour des siècles, en établissant un empire électif. Quelques bons prin-

ces laissent respirer Tétat; mais la guerre ne cesse jamais^ et sous l'empire du bonTiimsix cent; mille hommes périssent au siège de Jérusalem. La destruction des hommes opérée par les ar* mes des Romains est vraiment effrayante (i)« Le Bas-Empire ne présente qu'une suite de massacres. A commencer par Constantin ^ quelles guerres et quelles batailles ! Licinius perd vingt mille hommes à Cihalis, trentequatre mille à Andrinople^ et cent mille à Chrysopolis. Les nations du nord commencent à s'ébranler. Les Francs, les Gotbs, les Huns, les Lombards, les Alains, les Vandales, etc.| attaquent l'empire el le déchirent successive-* ment. Attila met l'Europe à feu et à sang. Les Français lui tuent plus dedeux cent millehommes près de Châlons; et les Goths, Tannée suivante, lui font subir une perte encore plus considérable. En moins d'un siècle, Rome est prise et saccagée trois fois; et dans une sédition qui s'élève à Constantinople , quarante mille person-* nés sont égorgées. Les Goths s'emparent de Milan, et y tuent trois cent mille habitants. Totila fait massacrer tous les habitants de Tivoli, et quatre-vingt-dix mille hommes au sac de Rome. Mahomet parait j le glaive et l'alcoran

(I) Montesquieu . Esprit des Lois» livre XXm, chapitre XIX.

parcourent les deux tiers du globe. Les Sàrra* sins courent de l'Euphrate au Gtiadalquivir. Ils détruisent de fond en comble Timniense ville de Syracuse; ils perdent trente mille hommes près de Constantinople , dans un seul combat naval; et Pelage leur en tue vingt' mille dans une bataille de terre* Ces pertes n'étaient rien pour les Sarrasins; mais le torrent rencontre le génie des Francs dans les plaines de Tours , où le fils du premier Pépin , au milieu de trois cent mille cadavres ) attache à son nom l'épithète terrible qui le distingue encore. L-isIamisme porté en Espagne^ y trouve un rival indomptable» Jamais peut-être on ne vit plus de gloire; plus de grandeur et plus de carni^e. La lutte des chrétiens et des musulmans ^ en Espagne^ est un combat de huit cents ans. Plusieurs expéditions^ et même plusieurs batailles y coû* tent vingt, trente, quarante et jusqu'à quatrevingt mille. vies.<

.Charlemagne monte sur le trône, et combat pendant un demi-siècje. Chaque année il dé' crête sur quelle partie de l'Europe il doit envoyer Ja mort. Présent partout et partout vainqueur, il écrase des nations de fer comme César écrasait les hommes-femmes de l'Asie. Les Normands commencent cette longue suite de ra-« vages et de cruautés qui nous font encore frémir. L'immense héritage dé Charlemagne est

38 coifôin&AZioiss

déchira : Fan^ilioià Je cowrMde sang» et k nom. fk& Fmo^ d^pan^t. à: k bfttailk dttFoa*^ teuy. L'ÛalkeiidèireestaMooagfée pàrksSansi^ SID&, Unditf i|ue.les Monoftodftf les Ikndbs et Im. Uoagroi» xay^eakot 1^ France^ la Holknde.^ rÀDglotarjDd, rAUemagoe eft ia ^i^..Les aa-:

lions bfloi^ans s^ëldUissent enfin et«!appriyofli«. sent» Cette iiteine ne doome plus de^ aèngp; une autre a'oQvxe à Tûistant ; k» eMÎMdes om»*.

m^uiceoi*: L'Emope entîèye se précipite sb», rAaie; oot m compte plus que par mjxwdm le nombre des yiotimes. Gengid^Ua et ses fils.

siibjugMeat et mi^agenlï le globe depiinslaCbine ju$qu^à la BoMvae. JUa Français qui. stétaieflâ croisés eontreles oausulilians secaeoiaenti»atre les, béretîcpies : |;o«lnne eraelle. deS; AflHgeoia. Q^taiUe de Bouvines^ eiikilr«ite mille hommes perdeiat la yîa. Cin^ ans après quaiipeHnngr mille Sarrasins périssent: au: si^ dfe Damielte. Les Guelphes et les Gibelins commencent oelle lutte qui devait ensaDglanteteiioiigtenipsf Italie. Le. flaiftbeati dea gumma ^ifae sfiallnitte en Âi^eleigre* Vêpree siciliennes. Sous, les vâgnes d'Edouard;^ de PbilippeKle^Valoi^ la Fratice et l'Ângleteffro se heurtent ptuB/viokœnietit que jamais^ et créent une nouveUe ère de eiartiage4 Massacre des Juifs (batatile de Poitiers; bataille de Nicopolis : le Tainqueur tombe sousles coups de .Taqfterlan qui répète Gengis-Kao. Le duc de

SUR I^ JP&AHCE. Sg

Boin^ûgcie Àii asBasàkier le duc d'Ori^anâ, 61

Gamlll0hcoJ|l^>saIlglante m^Jké des deux* ft*-

mîUtt. BttiwUe illAzioccmit. lias Hasâtes nuA^

tenta feuietàiHuigiiiieçBBnda.pariie do l'Àlkr

magne. Msduamet II r%qeBle(Hii]^ai.ti«tileatisJ

L'ÂjQgieterrei nepoossée dans ses liinîtfifi} se

décfatre; . de aes . poopies. mains, ^ Les maispnsi

d'Yoïvk el de Laucastre la baignent dans le

sang. L'itédlière àù fioai^gne porte des états

daiis la' maison d'An triebe; el dans ce amtpat

dm mariage ; il est éerit qne les tiooMoses s'^gor r

gerotttpendaiil trois siècles 9 de la fiskîqaeà la*

MédîkeymQjie* Découverte du KToifyeàÉb^MpBde :

c^ rarpétdemoiidelrois millions d'Indîpns.

Ghadlea ¥.eiBnaiçois.P paraiss«ilaur le ttuéà^

tie .dn. monde z diaqpe page de lena histoine est

neuge de sang hiUBoain; A^ne de fiollmanj

bataille; de MohatKf siège de Vienne;, sié|^ de

A^e^jele» JCais. c'est de l'ombee. d'un ^k»

q<^ aort mè. des plas gmods êémaeL du gânce bai-

imin^ Idolh^ panltç Cahiin loamt. Gmerre des

payaims^çueriiedeiffenleona; guerre civile de

France; «lasaaere des; Rai^rBas;: nsaasacre» d'Ir--

lande; massacre des Gévennes; journée de la

St. •Barihélemi ; meurtre de Henri III , de Heo-*

ri IV^de AI^ri^*Situart^ deCfaariesP'^etde oos

jowsenlin la ré voi-ution française^ qot part de'

la même source.

Je ne pousserai pas plus Iqid cet épouvanla^

4o CKHlSlIMilULTiOirS

ble tableau : D<Mve siècle et celui qui Ta précéda soni trop connus. Qu'on remonte jusqu'au ber* ceau des nations; qu'on descende jusqu'à nos jours; qu'on examine les peuples dans toutes les positions possibles, depuis l'état de barba* rie jusqu'à celui de civilisation la plus raffinée; toujours cm trouvera la guerre. Par cette cause; qui est la principale , et par toutes celles qui s'y joignent, l'effusion du sangbumain n'est jamais suspendue dams l'univers : tantôt elte est moins forte sur une jlhis grande surface, et tantôt plus abondante sur une sur&ce mcfiùs étendue; en sorte qu'elle est à peu près constante. Mais de temps en temps il arrive des événements extraordinaires qui l'augmentent prodigieuse^ ment, comme les guerres puniques, les trîum^ virats, les victoires de César, l'irruption des barbares, les croisades^ les guerres de religion, la succession d'Espagne, la révolution française , etc« Si l'on avait des tanles de massacres comme on a des tables mâéorologiques , qui s9Jit si l'on n'en découvrirait point la loi au bout de qudques siècles d'observation (i) ?

(t) B coÉste» par exemple-t^da rapport feit par le chirurgien enchef des armées de S. M. I. , que sur deux cent cinquante millt hemnes employés par Tempereur Joseph n contre les Turcs, depuisle l*' juin 1788 Jusqu'au l*' msà 1789 , il en était péri trente-trois ■Ole doq cent quarante -trois par les màlaidies , et quatrc-yibgf

Birffeo SI fort bien prouvé qu'une grande partie 4e^ aoÂimux esl destinée à mourir de mort vio* lente. U. aurait pu f suivant les apparences ; étendre sa démonstiation à l'homme; mais on peut s'en ■. rapporter aux faits.

Il y a lieu de douter, au reste, que cette destruction violente smt, en général , un aussi gr^nd mal qu'on le croit : du moins , c'est un de ces maux qui entrent dans un ordre de choses où tjout est violent et œnire naâure^ et qui produisent des compensations. D'abord lorsque Tàme humaine a perdu son ressort par la moUesse, l'inerédiiEté et les vices gangreneux qui suivent l'excès de la civilisation^ elle ne peut être retrempée que dans le sang. Il n'est ps^aiséy à beaucoup près, d'expliquer pourqqoi la guerre produit des effets différents, suivant les différentes circonstances. Ce qu'on voit assez clairement, c'est que le genre humain peut être, considéré comme, un arbre qu'une maip invisible taille sans relâche, et qui gagne souvent à cette opération. À la vérité, si l'on

mille par le fer. (Goseirc wakmaié ti étrangère dt 1790 , n^ 54.) Et l'on Toity par un calcoji approiimatif faSX en Allemagne» que k guerre actodle avait d^i coûté» au mois d'octobre 1795 » un mOliom d'homme à la France » et cinq cent mille aux puissances coalisées.. {Extrait ffunoutfrage périodique aOeaumii dont le Courrier de Frana: to du 98 octobre 179S» lo 296»)

4^ COUSiOBRATlOirS

toudiele bxmo^ ou' si" Poft ocmpe eiv /^<$ ^ ^iiii/0>^ 4'âriife peut jp^ir; maM ^i coMMilt ïtê UlnkêB pour l'arbre humalD^Ce que nouàsiitons, c'est que Feiitrénie carnage Vaille sotfVetir avec l'extrême popolatioû, cèmine oiFf a ini surteoft dass ie^ aaciefines tëpabliqneÉ greo qœs^ et e» Espagne sous la dcminâitkHi éeê Arabes (i). Les lieôx communs' mrla guerre 'ne siguifiei»^ rien s il -ne- faut pas être fort liabile pour sftvoir que plus on toc dlxcmtMs , et moins il en reste dans le mofETent; comme il esT vmiqaepluson coupe de branches , et moin^ il en reste sur Farbre; mais ce sont tes smtes de r<ipémtion qi!^)feut con^id^rer. Or^ en suivant toujours ta même comparaison , on peut obsérn ver que le jardinier babile dirigénioins la tkStë à'iav^tation absolue qu'à la ffiicttAcat^n dé l'arbre : ce sont ides fruits , et non du bois et des feuilles, qil'ii demande à la pfante. Or lest' véritables fruits de la natnre humaine^ les arts^ les sciettces, les grandes entreprises^ les bautes conceptions, les vertus mâles, tiennent sortefiif^

(1) L'EsfMifDe » à cette épo^e , a contenu jusqu'à quaranfe rnUCoot 4*Iiabitants; aujourdlini elle n'en a que dix« — Autrefois la Criée formait au »em des plus crueUes guerres; le sang y coulait à flots, et tout le pays était couvert tthonunes. il sen^lait, dit Machiavel ^ qv^a» wâUeu des meurtres , des proscriptions, des guerres civiles , mire repu- Hîqueen devînt plus puissante, etc» Rousseau» Contrat social 9 liv. III» cbap. X«

à l'état de gissnte* £hi. saiti^oeie» aatioofr ne parvû»»«»t jiim«is.a plus iiud: point xfe gtan^ deur <loiili«Ue& soDt suseeplildKS^'qu'aprcB'de longues tf sajiglantw> guerres.: ÂLosi le poiol nayonnaiit pour les Grecs fat Fépoque tendbifr de la gtterre du Peiapooese; leiàède d'AHgasle suîyii immëdiatemeot k guBorre mile^el^ les piPOSQiiptâox»; le génie français fut d(%rossi par la Ligue et poli par la FVoode : tous les grand» hcHumesÉ du siàdede la reine Jkone naquirent au mîlîeu des, eonuBOtions politk|«Bes. £o un^ ïDOt^ .oul dirait cpie le sang est l'engrais de cette plante qu'on appelle génie»

Je ne sais ^ l'on se .compirend bi^i ^ Ior»-> qu'on , dît que leMoria apui/mmù^ de lapaixm. Il faudrait iMi moins s'ttpliqueiv etiOiioonscrire k^ proposkioo; car je nte vois rien deinoins pact*fique que les sîèeîea 4 -Alexandre e& de Përidàs^ d'iAij^sIe^ de Léon £ e4 de François F^ y de Louis Xiy et de Ja reÂae Anne.

Serait-il possible que l'effusion du sang^bu^ maûa n'eût paa une grande cawe et de grands effets? Qu'on y réfléchisse : l'histoire et k fable, les découvertes de la physiologie moderne, et les traditions antiques , se réunissent pour fournir des matériaux à ces méditations. Il ne serait pas plus honteux de tâtonner sur ce point que sur mille autres plu6 étrangers a Thomme.

44 GOlfSIDBRATlOirS

Tonnons cependant contre la guerre , et tâchons d'en dégoûter les souverains ; mais, ne donnons pas dans les rêves de Gondorcet^de ce philosophe si cher à la révolution^ qui employa sa vie à préparer le malheur de la génération : présente , louant bénignement la perfection à nos neveux. Il n'y aqu^un moyen de comprimer le fléau de la guerre, c'est de comprimer les désoi'dres qui amènent cette terrible purification.

Dans 1& tragédie grecque d'Oreste, Hélène , Pun des personnages de la pièce, est soustraite par les dieux au juste ressentiment des Grecs y ^i placée dans le ciel à côté de ses deux frères , pour être avec eux un signe de salut aux navigateurs. Apollon paraît pour justifier cette étrange apothéose (i). La beauté d Hélène^ dit-il, ne fut qulun instrument dont les dieux se servirent pour mettre aux prises les Grecs et les Troyens, et faire couler leur sang^ afin J'étancher (a) sw la terre V iniquité des hommes des^enus trop nom^ breux{3i).

Apollon parlait fort bien. Ce sont les hommes qui assemblent les nuages , et ils se plaignent ensuite des tempêtes.

(1) JHgmuvMice nodua. Hoir. A. P. 191« (S) &ç AnoonXoh»»

CS)Emf. Qrest. 1655. — 58.

Ceit le courroux des rois qui fait armer la terre i CTest le oourroax des cîeux qui fait armer les rois.

Je sens bien que, dans toutes ces considérations y nous sommes continuellement assaillis par le tableau si fatigant des innocents qui périssent avec les coupables. Mais, sans nous enfoncer dans cette question qui tient à tout ce qu'il y a de plus profond, on peut la considérer seulement dans son rapport avec le dogme universely et aussi ancien que le monde, de la ré-versïbiliié des douleurs de ^innocence au profit des coupables.

Ce fut de ce dogme , ce me semble , que les anciens dérivèrent l'usage des sacrifices qu'ils pratiquèrent dans tout Tunivers, et qu'ils ju* geaiént utiles non-seulement aux vivants, mais encore aux morts (i) : usage typique que l'habitude nous fait envisager sans étonnement, mais dont il n'est pas moins difficile d'atteindre la racine.

Les dévouements, si fameux dans Fantiquité, tenaient encore au même dogme. Decius avait

(i) Ils sacrifiaient, au pied de la lettre , |M>trr le repos des âmes; et ces sacrifices ^ dit Platon , sent d^une grande efficace, û ce que disent des viïles entières, et les poètes enfants des dieux t et les prophètes inspires par les dieux. Plato » de Re|^Uc4 » lib. U.

Ifi cowsifn£RÀT?ioifs

la/ô/que le sacrifice de sa vie serait accepté par la Divinitë» et ^ù^it pouvait faire équilibre à tous les maux qui menaçaient sa patrie (i).

Lç christianisme est venu consacrer ce dogme, qui est infinrmeritiâatùrel à Fliomme, quoiqu'il paraisse difficile d*y arrivel* par le raisônneméni.

Ainsi j il peut y avoir eu dans îè coeur dé Louis XVI^ dans celui de la céleste Elisabeth 9 tel Q90uvemënt; telle acceptation capable de sauver la France.

dh demandé quelquefois à quoi servent ces austérités terribles, pratiquées par Certains ordres religieux , et qui sont aussi des dévouemepts; autant vaudrait précisément demander à quoi sert le christianisme, puisqu'^il reposé tout entier sur ce même dogme agrandi, dé Tinnocencé payant pour le crime.

L'autorité qui approuve ces ordreâ , choisit quelques hommes^ et les isole du monde pour en faire des conducteurs.

Il n'y a que violence dans l'univers; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui a dit que ioid est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que, dans un sens très-vrai, tout est

(1) Jnaeuhan êmids deonan ira» — Onmesmùms periculaque ak 4iU, tuptrU inferttquemsewmm vtrtfu TU. Un, Vm. 9 et 10.

SUR LA FnAlTGE* 4?

mûl^ puisque rien n'est à sa pbce. La note tonique du système de noire création ayant baissé^ toutes les autres ont bais^^ proportion^nellement^ suivant les règles de lliaraiotite. Tous les êtres géniissent{i)ei tendent^ âirec effort et dou<t leur^ vers un autre otdre de choses.

Les spectateurs des grandes calamités humai*nés sont conduits surtout à ces tristes méditations; mais gardons-nous de perdre courage :

il n^y a point de châtiment qui ne purifie; il n'y a point de désordre que Famour dsternel ne tourne contre le principe du mal. Il est doux, au miKeu du renversement général, de pressentir les plans de la Divinité. Jamais nous ne verrons tout pendant notre voyage, et souvent nous nous tromperons ; mais dans toutes les sciences possibles, excepté les sciences exactes, ne sommes-nous pas réduits à conjecturer? Et si nos conjectures sont plausibles , si elles ont pour elles l'analogie, si elles s'appuient sur des idées universelles, si surtout elles sont consolantes et propres à nous rendre meilleurs, que leur manque-t'-il ? Si elles ne sont pas vraies ,

(!) Saint Paul aux Romains , Vm. 22 et suiv.

I^ système de la Palingénésie de Charles Bonnet a quelques poînti de contact avec ce texte de saint Paul; mais cette idée ne l'a pas conduit à celle d'une dégradstion antérieive : elles s'accordent cependant fort bien.

48 COIfSIDKIlATIQlfS

ellejisont bonnes; ou plutôt, puisqu'elles sont bonnes^ ne sont-elles pas vraies ?

Après avoir envisagé la révolution française sous un point de vue purement noioral, je tournerai mes conjectures sur la politique, sans ou* blier cependant l'objet principal de mou ou« vrage.

BVft LA. VRÀKCB. 49

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