‹ Considérations sur la France (volume 5)Chapitre 27 sur 33 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La politique , qnî est peut-être la plus épieuse des sciences , à raison de la difficulté u jours renaissante de discerner ce qu'il y a de stable ou de mobile dans ses éléments, présente un phénomène bien étrange et bien propre â faire trembler tout homme sage appelé à Tadministration des Etats : c'est que tout ce que le bon sens aperçoit d'abord dans cette science comme une Térité évidente , se trouve presque toujours , lorsque rexpérience a parlé , non-seulement faux , mais funeste.

A commencer par les bases , sî jamais on

ÎV PRÉFACE.

n'avait ouï parler de gouvernements , et que les hommes fussent appelés à délibérer , par exemple, sur la monarchie héréditaire ou élective, on regarderait justement comme un insensé celui qui se déterminerait pour la première. Les arguments contre elle se présentent si naturellement à la raison, quil est inutile de les rappeler.

L'histoire cependant , qui est la politique expérimentale , démontre que la monarchie héréditaire est le gouvernement le plus stable, le plus heureux , le plus naturel à Thomme, et la monarchie élective, au contraire, la pire espèce des gouvernements connus.

En fait de population , de commerce , de lois prohibitives , et de mille autres sujets importants , on trouve presque toujours la théorie la plus plausible contredite et annulée par Texpérience. Citons quelques exemples.

Comment faut-il s^y prendre pour rendre

PRÉFACE. r

un état puissant ? et 11 faut avant tout favoriser ce la population par tous les moyens possi- « blés. » Au contraire , toute loi tendant directement à favoriser la population, sans égard à d'autres considérations, est mauvaise. Il faut même tâcher d'établir dans TEtat une certaine force morale qui tende à diminuer le nombre des mariages, et à les rendre moins hâtifs. L'avantage des naissances sur les morts établi par les tables , ne prouve ordinairement que le nombre des misérables, etc. , etc. Les économistes français avaient ébauché la démonstration de ces vérités, le beau travail de M. Malthus est venu l'achever.

Comment faut-il préi^enir les disettes et les famines? — « Rien de plus simple. Il faut ce défendre l'exportation des grains. « — Au contraire, il faut accorder une prime à ceux qui les exportent. L'exemple et l'^utor

YJ PRÉFACE.

rite de TAngleterre nous ont forcés d'e/îgloutir ce paradoxe.

Comment faut-il soutenir le change en faveur d'un pajs, — ce II faut sans doule c< empêcher le numéraire de sortir; et, par ce conséquent , veiller par de fortes lois procc hibitives à ce que TEtat n'achète pas plus ce qu'il ne vend, m Au contraire , jamais on n'a employé ces moyens sans faire baisser le change, ou, ce qui revient au même, sans augmenter la dette de la nation ; et jamais on ne prendra une route opposée sans le faire hausser , c'est-à-dire , sans prouver aux yeux que la créance de la nation sur ses voisins , s'est accrue, etc. , etc.

Mais c^est dans ce que la politique a de plus substantiel et de plus fondamental, je veux dire dans la constitution même des empires , que l'observation dont il s'agit revient le plus souvent. J'entends dire que les phi-

PRÉFACB. Vij

losophes allemands ont inventé le mot metapolitique pour être à celui de politique ce qtae le mot métaphysique est à celui de physique* 11 semble que cette nouvelle expression esi fort bien inventée pour exprimer la métaphysique de la politique ; car il y en a une ^ et cette science mérite toute Tattention des observateurs.

Un écrivain anonyme qui s'occupait beau* coup de ces sortes de spéculations , et qui cherchait à sonder les fondements cachés de Tédifice social, se croyait en droit, il y a près de vingt ans , d'avancer, comme autant d'axiomes incontestables , les proposition* suivantes diamétralement opposées aux théories du temps.

1 " Aucune constitution ne résulte d'une délibération : les droits du peuple ne sont jamais écrits, ou ils ne le sont que Cdmme de simples déclarations de droits antérieure non écrits,

vil) PRÉFACE.

T L'action humaine est circonscrite dans ces sortes de cas , au point que les hommes qui agissent ne sont que des circonstances.

3° Les droits des peuples proprement dits , partent presque toujours de la concession des souverains , et alors il peut en conster historiquement : mais les droits du souverain et de Taristocratie n'ont ni date ni auteurs connus.

4° Ces concessions même ont toujours été précédées par un état de choses qui les a nécessitées et qui ne dépendait pas du souverain.

5° Quoique les lois écrites ne soient jamais que des déclarations de droits antérieurs , \\ s'en faut de beaucoup cependant que tous ces droits puissent être écrits.

6° Plus on écrit, et plus l'institution est faible.

7" Nulle nation ne peut se donner la li-r

PRÉFACE. ix

berté, si elle ne Ta pas(1); Tinfluence humaine ne s'étendant pas au-delà du développement des droits existants.

8** Les législateurs proprement dits sont des hommes extraordinaires qui n'appartiennent peut-être qu'au monde antique et à la jeunesse des nations.

9° Ces législateurs , même avec leur puissance merveilleuse , n'ont jamais fait que rassembler des éléments préexistants , et toujours ils ont agi au nom de la Divinité.

1 0° La liberté , dans un sens , est un don des Rois ; car presque toutes les nations libres furent constituées par des Rois (2).

(1) Machiavel est appelé ici en témoignage : Un populo uso a vivere sotto un principe, se per qualche accidente diventa libero, con difficoltà mantiene la libertà. Disc. sopr. Tit. Liv. I, cap. XVI.

(2) Ceci doit être pris en grande considération dans les monarchies modernes. Comme toutes légitimes et saintes franchises de ce genre doivent partir du souverain, tout ce qui lui est arraché par la foi ;e est frappé d'ana-

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