SUR LETAT DU CHRISTIANISME EN EUROPE
Quelque prince a-t-il jamais imaginé de commander aux mathématiques? C'est néanmoins précisément la même chose. Dans tous les genres possibles, la vérité est invincible, indépendante et inflexible. Il ne faut donc pas appeler audace ou désobéissance ce qui n'est que la loi naturelle des choses.
Il est dit , dans l'Évangile , que les peuples qui entendaient la prédication du Sauveur étaient étonnés, parce qu'il ne leur parlait pas comme leurs docteurs, mais comme ayant la puissance.
La religion vraie (il ne peut y en avoir qu'une), n'étant que la prédication continuée de ce même Homme-Dieu, doit présenter absolument le même caractère. Elle doit parler, enseigner, ordonner comme ayant la puissance, celle qui n'a pas ce ton est humaine. Qu'elle ne s'avise point de nous parler du ciel : elle vient d'ailleurs.
La suprématie russe ou anglaise s'accommode mieux sans doute d'une religion souple qui se prête à tous les mouvements de la volonté souveraine ; mais cette suprématie peut être sûre qu'elle tient l'erreur sous sa main.
Ce n'est pas, au reste, que la. suprématie civile ne soit très bonne où elle est, car sans elle les religions nationales ne pourraient conserver leurs formes. Dès qu'elles ne sont*plus animées par l'esprit divin, il faut bien que le bras de chair les soutienne ; mais la religion vraie, et par conséquent unique, n'a pas besoin de ce secours; elle marche seule, parce que sa force lui appartient.
Mais cette religion , qu'on croit hautaine parce qu'elle est haute, est cependant celle qui dit, enseigne et prouve invinciblement, et perpétuellement, et invariablement :
« Que la souveraineté ne vient point des hommes, et « qu'il n'est pas vrai du tout qu'il n'y a des souverains « que parce que les hommes ont voulu qu'il y en eût »
(ce que la philosophie elle-même démontre jusqu'à l'évidence, quand elle n'est pas ivre);
« Qu'un mauvais souverain ressemble à une grêle
qui tombe d'en haut, et qu'il faut laisser passer;
« Que personne n'a droit de le juger, et que rien ne « peut briser le serment qu'on lui a prêté. »
Ce n'est pas si mal, comme on voit; mais il y a quelque chose de plus : non seulement l'Église catholique prêche ces maximes , mais elle les persuade et les fait observer ; elle seule peut se rendre maîtresse du cœur de l'homme et lui commander. L'honnête simplicité dit sérieusement : Est-ceque nous n enseignons pasla mêmechose? Premièrement, non. Mais quand l'assertion serait vraie, il ne s'agit pas de parler, il s'agit de persuader; il ne s'agit pas d'écrire sur du papier, il faut écrire dans les cœurs. Or, si quelque homme dit qu'une autre religion que la catholique peut s'emparer du cœur de l'homme, le maîtriser, le christianiser et le faire mouvoir suivant l'ordre, en vertu du principe divin, cet homme ne sait rien, ne voit rien, et ne comprend rien.
Mais c'est encore ici qu'il faut emprunter des paroles à l'Écriture pour s'écrier : Ouest le sage? ouest V écrivain puissant? où est le véritable démonstrateur de notre inconcevable siècle? A qui a-t-il été donné une voix assez forte pour arriver jusqu'aux princes, et pour leur faire entendre la plus incontestable des vérités, qu'ils ne peuvent maintenir les trônes que par la religion, ni maintenir la religion que par le principe catholique?
Veulent-ils attendre que tout soit perdu , qu'il n'y ait plus en Europe de principe sacré et consacré , et qu'une jeunesse effrénée répète dans toute l'Europe le désolant spectacle de l'Allemagne? C'est cependant le point où nous tendons, s'ils ne se hâtent de retenir l'esprit humain pai' le se.ul frein quïi puisse recevoir