‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 1 sur 78 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Discurrcrc pcr negotioruin celsitudines, non humilium minutias indagarc causaium.

Amm. MarCELL. XXVI, i

Dans la plupart des grandes histoires que l'on écrit ou qu'on récrit de nos jours, au récit détaillé des événements politiques et militaires que l'on continue de regarder comme le fond de l'histoire, il est d'usage de joindre, par forme de complément ou d'appendice, une esquisse des progrès de l'esprit humain dans les sciences, les arts, l'industrie, durant la même période de temps. Pourquoi ne pas suivre quelquefois une marche inverse, en prenant pour le fond de son sujet le travail de l'esprit humain, et pour accessoire ou appendice, comme dans un éloge académique, ce qui n'est en quelque sorte que de la biographie sur une plus grande échelle, la biographie d'un peuple ou celle du genre humain? On ne manque pas non plus d'exemples qui déjà autorisent ce renversement d'ordre, et l'on peut dire qu'il est prescrit, dès que l'on s'élève de la considération des choses qui passent à celle de leur raison immuable. Si l'homme n'est qu'une bien petite partie du grand tout, et si à ce point de vue spéculatif la con-

Il . PRÉFACE.

naissance de l'économie générale du monde doit primer celle de l'économie de nos sociétés, pourquoi ne pas tenir compte, dans le tableau des progrès de la connaissance humaine, de l'ordre qui subsiste effectivement entre les objets de nos connaissances? Serait-ce pour se régler sur l'utilité pratique? Mais à ce compte il faudrait donc, dans une revue historique des progrès de l'esprit humain, faire passer la médecine avant l'astronomie et la physique, car les progrès de la médecine nous intéressent plus sensiblement que la connaissance des mouvements des corps célestes ou des lois de la physique. C'est pourtant là ce qu'on ne s'est jamais avisé de faire dans les revues dont nous parlons; et pareillement, de ce que les dogmes religieux et les institutions politiques ont en pratique bien plus d'importance directe pour les individus et les peuples, que les sciences et la philosophie n'en peuvent avoir, ce n'est pas, dans l'ordre de la pure spéculation» un motif suffisant de leur donner le pas sur la science et la philosophie.

L'histoire même se charge de manifester à la longue la subordination théorique du particulier au général. Nous ne sommes pas encore à une très-grande distance du dix-septième siècle ; et déjà Galilée, Descartes, Pascal, Newton, Leibnitz intéressent la grande famille humaine bien plus que toutes les querelles religieuses ou politiques du même temps. Deux nations seulement, l'xVngietcrre et la France, pourraient encore hésiter à souscrire à cette décision du sens commun des nations, en songeant, celle-là à sa révolution politique, si féconde en grandes conséquences, celle-ci à l'éclat qui a rejailli et qui, après tant de calamités, rejaillit encore sur elle de la splendeur du grand règne. Mais, plus on avance, plus la trace lumineuse du grand siècle semble appartenir à un autre monde que le nôtre, plus l'établissement politi-

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