‹ Considérations sur la marche des idées et des événements dans les temps modernesChapitre 4 sur 78 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

Ions, sans être à chaque instant conduit à se demander comment les choses auraient vraisemblablement tourné, sans l'accident ou l'incident qui a imprimé un autre cours aux événements. L'historien s'abstient tant qu'il peut de poursuivre de pareilles hypothèses, de même qu'il s'abstient de prédictions pour l'avenir, et il a bien raison, car tel n'est point le but de l'histoire proprement dite. C'est déjà pour lui une assez grande tâche que d'être partout véridique et clair, en joignant quand il le faut autalent de raconter celui d'émouvoir. Mais, pour un genre de critiqua qui ne peut reposer que sur des inductions, l'hypothèse n'est vaine que là où l'induction fait défaut; et tant que l'induction soutient suffisamment l'hypothèse, celle-ci, qui n'est qu'un moyen de mettre l'induction dans son jour, se trouve suffisamment justifiée. C'est assez dire que la difficulté et le mérite de la critique se trouvent dans la juste et sobre mesure de l'induction et de l'hypothèse.

Pour l'histoire des temps modernes à laquelle s'applique notre essai de critique, nous n'avons ici qu'une remarque à faire. Chaque siècle de l'histoire moderne étant l'objet d'un tableau ou d'un /ivre à part, que faire de la Révolution française? Appartiendra-t-elie au dix-huitième ou au dix-neuvième siècle? Se partagera-t-elle ou s'intercalera-t-elle entre les deux? Nous n'avons pris ni l'un de ces partis, ni l'autre, et nous avons affecté à la Révolution française un dixième et dernier livre, après le dix-huitième et après le dix-neuvième siècle. C'est-à-dire qu'en tâchant de faire sur une grande échelle l'application des principes indiqués ci-dessus, nous avons préféré l'ordre qui nous semblait le plus propre à démêler autant que possible, dans les fails qui attirent depuis plus de trois quarts de siècle l'attention du monde, ce qui tient à des causes générales dont l'action se serait

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fait sentir, quand même on aurait pu prévenir ou réprimer en France la Révolution, et ce qui tient aux causes locales ou spéciales qui ont déterminé en France une crise révolutionnaire. Au point de vue de l'histoire pragmatique, comme disent les Allemands, ou, en d'autres termes, au point de vue de l'historien de profession, cette distinction peut sembler trop subtile, ou trop incertaine, ou trop dénuée d'utilité pratique. Elle nous paraît capitale au point de vue de la philosophie de l'histoire, et nous regretterions qu'on s'empressât de la condamner sur un essai trop imparfait.

Maintenant, nous demanderons la permission d'entrer dans quelques explications plus personnelles à l'auteur : car, s'il convient toujours que l'auteur se cache dans son livre, il ne lui est pas interdit de se montrer un instant dans la préface. Nous rappellerons donc que l'auteur du présent livre n'est pas, tant s'en faut, un débutant; qu'il a au contraire depuis longtemps soumis au public ses idées sur divers sujets de grande importance: idées qui procèdent toutes d'une certaine manière de philosopher à laquelle il doit naturellement tenir, comme tous les hommes tiennent à ce qui lésa attirés, fixés, amusés, consolés pendant tout le cours d'une longue vie. 11 faut donc s'attendre à retrouver ici les mêmes idées reprises à un nouveau point de vue, justifiées par de nouveaux aperçus, quelquefois exprimées dans les mêmes termes, quand on n'a pas cru pouvoir en rencontrer de plus clairs et de plus précis. Et par la même raison, il ne faut pas que l'auteur s'attende à plus de vogue que n'en ont eu ses premiers essais. Déjà, dans la Revue des Deux-Mondes et dans le Journal des D'abats, deux philosophes de "grand renom, MM. Vacherot et Taine, ont bien voulu dire « qu'on ne nous avait pas assez lu. » C'est ce que tout auteur pense de ses œuvres et ce qu'on ne lui dit pas tou-

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