‹ Considérations sur la phase prodromique des délires aigusChapitre 20 sur 33 · OBSERVATION VIL · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIL

Mile Es. 24 ans, étudiante, entre à Sainte-Anne, le 9 décembre 1931. Le certificat d'internement du D‘ Heuyer est ainsi conçu : « Agitation anxieuse. Idées délirantes polymorphes. Appels au secours. Affirmation de sa foi. On veut la faire passer pour folle, lui faire du chantage, la violenter. Probabilité d’hallucinations psychomotrices. «On'change ses paroles ». Etat confusionnel. Dysmnésie. Désorientation. Obtusion. Anxiété. Turbulence nocturne. Atrêtée à Notre-Dame : troublait l'Office par ses propos et par ses gestes. Tachycardie. Souffle HARTARE d'insuffisance mitrale. Scoliose ancienne. |

‘A l’entréé, le tableau est absolument celui de ces épisodes d’agitation à ihèmes multiples constitutifs des états d'excitation passagère des dégénérés. On note alors toute une séméiologie qui concorde avec ce tableau : anxiété, regards craintifs, marmottements, mutacismés. Réponses difficiles, rares, courtes, imprécises, sans adaptation aux questions. Par instant! au milieu de cette présentation de ton triste, des éclats de rire.;Le lendemain, on l'interroge

Nos

plus attentivement ; elle raconte en termes volubiles, mais en recommençant nombre de fois son récit, son arrivée toute récente à Paris, les détails du voyage, de l'installation, elle n’en sort pas, piétine, cherche à préciser ses souvenirs. Pleure, s’excite et tape du pied si on fait mine de ne pas l’écouter. Les précisions qu'elle donne sur la scène ayant entrainé l'arrestation sont particulièrement puériles ; elle parle, de sa montre très précise, de sa pendulette très juste qui a une demiheure de retard, etc.., etc... À Notre-Dame, elle a entendu une voix effrayante qui criait : ne sait plus ce que disait la Voix... CE

Sur la constatation de cet ensemble de signes le pronostic porté est très favorable, l’agitation rappelait si bien l'excitation des bouffées polymorphes, et aucun élément inquiétant ne pouvait attirer l’aitention.

Mais le lendemain, à cette présentation a succédé une autre : mutisme complet avec opposition, gesticulation désordonnée, mimique effrayée ; la température est à 3809, le pouls à 70. Les lèvres sont sèches et fuligineuses ; le relus d'aliments est absolu.

fe évolution se fera comme celle d'un Délire aigu typique et la malade meurt le 44 décembre. La famille, quelque peu revendicante, ne comprit pas pourquoi, cinq jours avant, on lui avait annoncé qu'il s'agissait d’une affection bénigne.

Il serait inexact de croire que le Délire aigu em— prunte toujours une symptomatologie de début à d’ autres espèces psychiatriques. Le cas n est pas ex ception nel où l'agitation confuse s s’accompagne d’emblée d’une fièvre élevée, :où la sitiophobie entraîne

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presque immédiatement une aggravation du pronostic. Nous en rapporterons une observation :

VA À OgsERvaTION VIII.

Mlle G..., 19 ans, entre à Sainte-Anne, le 45 novembre 1936. Le certificat est ainsi conçu : « Confusion mentale grave avec agitation incoercible. Refus d'aliments, tempé rature élevée. »

Dans le Service son état reste le même, FE nn elle déclame en breton, sa langue natale, et on obtient à peine d'elle qu’elle indique son nom. Elle a de grands gestes vides de tout contenu intellectuel, uniquement traduction de son excitation motrice ; ses membres, ses muscles en général sont dans un état de contraction fibrillaire qui provoque un parasitisme mimique, de petits mouvements des doigts, etc..., etc...Le refas d'aliments est absolu et on doit y suppléer par des injections de sérum glucosé et par l'alimentation artificielle. Dès l'entrée, la température est à 39, elle oscillera entre ce chiffre et 40°5 jusqu'à la mort qui survient le 2 décembre. L’urée sanguine était peu élevée à l’entrée : 0 gr. 90 ; huit j jours plus tard : 0 gr. 85.

Notre malade était domestique, estimée de ses patrons lorsquelle tomba malade, deux fois nous eûmes la visite de sa maîtresse qui nous donna tous les renseignements désirables : Mlle G... a accompli parfaitement son service jusqu’au 8 novembre ; attentive, bien intentionnée, elle a donnée toujours entière salisfaction, et ces temps derniers ne font nullement exception à ce sujet. Le matin du 9 novembre elle né descendit pas de sa chambre et d’autres ‘domestiques occupant des pièces voisines vinrent avertir

nee qu'on l’entendait crier : « Telle vous la voyez sur son lit telle nous l'avons « trouvée en montant là-haut », dira sa patronne ; elle a seulement beaucoup maigri ; mais « c'est la même agitation, les mêmes cris». Nous pouvons ajouter la même fièvre car dès le début la malade avait une température à 38°5.

En résumé, le Délire aigu peut survenir, soit d’emblée, -— c'est le cas le plus rare sans être exception- Hél soit comme complication brutale d’un état maniaque, mélancolique, confusionnel, de bouffée délirante, d’un état atypique et composite évoluant depuis très peu de temps et qui brusquement s’aggrave. En présence d’observations de ce genre, Beauchesne s’est attaché à démontrer que l’on pouvait d'emblée faire le diagnostic d’état confusionnel sousjacent. Certes, et nous n'avons pas manqué de le souligner au passage, l'excitation, la dépression de ces malades s’assortissent parfois d’une obnubilation et aussi de conceptions oniriques qui imposent le diagnostic, mais il n’en est pas toujours ainsi et nous avons vu dans l'observation 7, des maîtres éminents porter des pronostics qui sont Join de s'être justifiés.

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